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Tapis du Guergour, Bissat E’rrih ou tapis volant ?

jeudi 19 mars 2009, écrit par : A Nedjar, Sétif info, mis en ligne par : Boutebna N.

e tapis du Guergour, ça n’a rien de bissât E’rrih mais c’est devenu ce tapis volant qui vogue au grès des oubliettes.

Comme pour de nombreux métiers artisanaux, celui de la laine ou plus exactement celui du tissage a presque totalement disparu de nos foyers.

Naguère, cette activité était présente partout.

Rares étaient les familles qui ne réalisaient par elles mêmes ou par le truchement de la communauté, ses propres besoins en tapisserie d’intérieur, en hambel, ces couvertures familiales aux dimensions démesurées, ou bien en burnous savamment tissé .Il en était de même pour le fameux tapis du Guergour aux formes et aux couleurs multiples, né dans cette même région.

Le métier à tisser était une propriété commune .Le douar ou le village pouvait disposer d’un ou de plusieurs exemplaires mais aucune famille ne pouvait en revendiquer la priorité exclusive. C’était la règle ou plutôt c’était le trait d’union de cette solidarité soutenue et voulue.

Les travaux de tissage se réalisaient en commun. Tel un tableau de peinture, chacune des femmes apportait une touche et une ‘signature’ qui conféraient à l’ouvrage final une authenticité et une personnalité unique qui pouvait vivre et traverser les siècles.

Les travaux préparatoires nécessitaient un long processus et un long cheminement allant de la taille (djezza) jusqu’à la préparation du fil à tisser en passant par le nettoyage, le cardage, la teinte etc. Cela donnait lieu à des retrouvailles, des rencontres et mêmes des réjouissances à l’achèvement de l’ouvrage. Mis à part les femmes en couches, nulles autres ne pouvaient déroger à la règle de la participation. D’ailleurs, celles qui en étaient sollicitées le faisaient de gaité. Cela permettait de rompre de la solitude et la monotonie quotidienne, d’échanger les nouvelles ; un peu comme dans le café maure pour les hommes.

Je me revoie encore, jeune garçon, emporté dans mon sommeil par le frottement du Kardache (brosse à main à pointes métalliques pour fibre de laine), qui semblait dévorer des pans entiers. Délicatement, la cardeuse, générait une masse de petits plis de laine, égaux et superposés d’un blanc éclatant et semblait mesurer son œuvre par la finesse de ces mêmes plis en les tournant et retournant avant de les ranger définitivement.

Les plaintes de la Yazilla sifflent encore dans mes oreilles ou par le va et vient du rouet. Ferrrr ,ferrrr, ferrr ; répétait ce vieux et infatigable rouet manié avec dextérité par la plus expérimentée. Il berçait notre sommeil quand ce n’est l’élévation d’une voix lointaine d’une épouse ,d’une maman ou d’une tante ,derrière son métier à tisser, étonnant par le chant ;l’expression de son malaise de l’absence prolongée de l’époux ou du fils ou du frère ,parti au loin ,très loin en quête de subsides ou de cette vieille grand-mère à la voie rogue et enrouée poussant d’autres chants langoureux , plus tristes encore pour rappeler ces êtres bien aimés ,vivants ou disparus comme pour expier de ces souffrances aux marques profondes. C’était le temps de la guerre, de l’occupation, des maladies, des privations, et de la faim surtout. Oui tout le monde ou presque avait faim.

Comme pour les hommes dans les champs, les femmes s’associaient pour réaliser ces travaux de tissages dans cette œuvre commune appelée la Touiza.

La Touiza est cet acte volontaire ou chacun contribue à la vie communautaire par une présence physique ou un apport quelconque pour souligner son appartenance à la communauté. Rares étaient ceux qui ne pouvaient ou refusaient de s’y s’associer au risque de l’exclusion et parfois même de l’excommunication.

De nos jours, pour beaucoup d’entre nous, eu égard aux mutations profondes et transformation de notre société, ce ne sont plus que de souvenirs du passé.

Ainsi pouvait naitre le frêche Boufellou ou de Djebel Boutaleb, réalisés en alfa ou du fameux tapis du Guergour dont il est question .Tel ces animaux en voie de disparition, ce dernier, en vieil ambassadeur ou marqueur de nos traditions et de notre culture ancestrale, est en passe de disparaitre complètement.

Sa réhabilitation fut bien tentée dans les années 70 mais, l’implantation d’un grand complexe de production de fil à coudre à proximité et les salaires attrayants proposés avaient fini par assassiner l’unité rurale qui commençait à peine à réaliser un magnifique catalogue de produits aux exemplaires uniques, aux couleurs et aux dessins géométriques magnifiques.

La reconversion de cette unité en ateliers de confections communes et l’apparition de articles importés ont contribué hélas, mille fois hélas, à faire disparaître complètement ce métier qui, tel un fossile, retrace l’histoire de toute une région qui avait commencé il y des siècles pour être amélioré par l’arrivée et l’installation d’un vieux janissaire turc originaire de la lointaine Anatolie.

Aujourd’hui, plus qu’hier, dans la recherche de soi, pour la reconstitution de notre histoire et la refondation de notre personnalité, les autorités officielles, à commencer par la wilaya, doivent songer sérieusement à la sauvegarde de cet art avant qu’il ne soit enseveli sous les pans de l’oubli purement et simplement.

La sauvegarde peut se réaliser par à travers l’encouragement des coopératives de jeunes qui seront crées dans le cadre du dispositifs du bénéfice des locaux commerciaux réalisés à travers les communes en imposant un cahier des charges rigoureux mais en garantissant également un plan de charges par des achats publics au bénéfices des ces mêmes organismes.

Ainsi, on aura sauvé un métier ou des métiers artisanaux qui se définiront par eux mêmes plus tard en se développant et en s’améliorant constamment.

Pour sauver des activités face à la concurrence étrangère, des états puissants (récentes interventions des gouvernements américain et français pour le secteur auto) pratiquent aux bénéfices de leurs unités industrielles des crédits et des financements sur compagnes ou réalisent carrément que l’on appel communément ‘le dumping’. Pourquoi ne le fera-t-on pas au profit de notre artisanat pour préserver nos âmes et notre histoire et de créer par là des milliers d’emplois sédentaires au bénéfice d’une tranche de la population fragile ou fragilisée ?

Gouverner, c’est prévoir, organiser et coordonner, disait Henri Fayol pour ne pas se limiter à commander et à contrôler comme il en fit le constat lui même des ces seules préoccupations auprès des dirigeants.

Et si Farid El Attrache pouvait renaitre pour nous chanter sa fameuse chanson :Bissat Errih .On lui offrirait alors celui du Guergour pour survoler son monde. Il subsiste sa voix comme doit subsister notre tapis.

Ferrrr ,ferrrr, ferrr ,le rouet,pivotera toujours Il ne n’arrêtera pas de si tot.Nous l’espérons.


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6 commentaire(s) publié(s)
Setif :
Bravo pour cet article, effectivement on a oublié ce tapis surtout que les produits chinois ont envahis nos magasins merci à Mr Nedjar
ahlam :
Y-a-t-il quelqu’un qui peut nous citer des magasins pour acheter ce genre de tapis ? merci
sahra :
ce n’est ni bissate errih ni bissat el ahlam , il existe bel et bien ce magnifique tapis de Guergour !Il suffit de pénétrer dans les foyers des plus anciennes familles de cette magnifique station thermale livrée aux vandalismes des commerces ..la confection de ce tapis a disparu avec les anciennes qui guidaient les mains habiles des plus jeunes , les trames et motifs étaient expliqués au fur et à mesure du tissage , chaque tapis avait son histoire , les dernières femmes qui peuvent se taxer d’avoir tissé le tapis de Guergour avaient aussi travaillé à l’usine , beaucoup de gens de la region ne connaissent pas ce tapis et le confondent avec le haïk el mergoume , certes ce dernier est toujours tissé ainsi que le haïk blanc qui doit faire partie du trousseau de la future mariée de Hammam el Guergour . Le secret de la trame a disparu avec les anciennes . Certains ont essayé de le relancer pretexant pouvoir le faire revivre , mais qui pourra pénétrer dans ces familles conservatrices et en ramener (...)
A Nedjar :
J’ai eu l’occasion d’admirer ce tapis exposé dans le musée national des arts et traditions populaires dit palais :de Khadoudja ou K’daoudj El Amia ,situé au cœur de la casbah d’Alger mais j’ai eu l’agréable surprise de recevoir aussi gracieusement d’un lecteur la photo d’ un tapis du Guergour,patrimoine familiale, exposé au musée du Louvre en 1930.Je demanderais l’autorisation au propriétaire pour le mettre en ligne prochainement. Pour le titre,comme pour vous ,c’est certainement mon dépit et ma tristesse devant l’inaction et notre amnésie qui m’ont poussées à choisir ces images pour toucher le lecteur. De nos jours,ressusciter cet art ou cette tradition ne sera pas une mince affaire,les amoureux de la chose comme vous sont bien nombreux,ils pourraient s’associer pour redonner vie à ce patrimoine (...)

Réponse de sahra :

En fait la dynamisation de ce tapis se trouve lié à l’histoire des familles détentrices de ce trésor , elles se comptent de nos jours sur les doigts de la main et pour le remettre à jour ce n’est pas évident, je ne dis pas ça par pessimisme ni par défaitisme , La réalité actuelle fait que l’histoire de hammam guergour s’est repliée sur elle-même en enfouissant ses vestiges sous des tonnes de béton comme quoi la vie moderne est l’exterminatrice de la créativité artisanale ainsi que les regroupements de ces femmes qui à l’époque faisaient du tissage un moment de fête , car ce tapis ne se vendait pas , il était réalisé pour ses propres besoins et je me demande si sa tentative d’industrialisation ne l’a pas tué , car comment expliquer que les autres haïk el margoume et le haik blanc , ainsi que le -boucheligue- sont encore tissés dans certaines familles qui le confectionnent sur commande ? PS : le boucheligue est un -tapis- tissé avec des bouts de chiffons aux couleurs multiples (...)
moussib b :
je m’attendai, à lire le titre de l’article,à savoir plus sur ce tapis qui est unique dans tout le maghreb, par ses couleurs ,ses motifs et surtout le nombre de points au metre carré(jus qu’a 400 000.c’est enorme on se croirait en iran.au 19éme siecle des industriels du textil de france sont venu au guergour chercher l’origine des couleurs de ce tapis qui sont extraite à partir de plantes locales pour leur industrie.dans les annees 70 l’unite tapisserie de cherchell a confectionné le tapis du guergour.quant à son origine,il parait que c’est les turcs installès à zemmoura puis au guergour pendant la colonisation qui ont introduit cette façon de tapisser.merci

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