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Histoires autour d’un Imam limogé à Bougâa

mercredi 23 janvier 2008

Il a un compte en suisse, c’est un danger public. Il est innocent, ils veulent se venger de lui, son contrat d’imamat est terminé… » L’imam de la mosquée Aboubakr Essedik, connue dans la région par Jamaâ Nos, est le sujet de toutes les conversations et de tous les ragots, ces derniers jours, à Bougaâ.

L’histoire tourne autour de la décision de limogeage de cet imam de son poste pour des raisons que la population juge illégales et inexplicables. L’affaire remonte à la deuxième semaine du mois en cours, quand l’imam, se préparant à mener la prière du maghreb, a été surpris par un inspecteur de la direction des affaires religieuses le sommant de quitter la mosquée, avec, à la main une décision de fin de fonction, et ce pour installer le nouveau responsable de la mosquée. Fouad, le jeune imam dira, à ce propos : « Je me suis préparé comme d’habitude pour la 4e prière de la journée, et voilà qu’un inspecteur m’en empêche. Le motif en serait l’expiration de mon contrat de travail, et je devrais quitter les lieux. J’ai pris mes bagages, mais les citoyens ont protesté contre cette décision que je considère, comme eux, injuste ». Et d’ajouter : « Je suis vraiment étonné, je cherche encore les causes de cette décision. L’unique réponse obtenue est que la durée du contrat a expiré et que je dois chercher un autre boulot. Je suis ici depuis 5 ans, et chaque année je renouvelle mon contrat pour un misérable salaire de 3 500DA par mois. Beaucoup de bruits courent sur mon salaire et ma fortune : j’aurais un compte en suisse et je serais même classé 2e après Bill Gates. Pour d’autres, mon licenciement serait dû à des raisons de sécurité, je n’ai rien compris ». Les citoyens de la commune ont protesté après la prière de vendredi dernier, ils ont même demandé à l’inspecteur de ladite direction des affaires religieuses, qui venait installer le nouvel imam, de faire réintégrer le jeune Fouad, à qui ils réitèrent confiance et solidarité. Ils ont annoncé qu’ils refusaient un autre prêcheur. Une pétition, de plus de 500 signatures, a été adressée au premier responsable de l’exécutif, l’exhortant d’intervenir en faveur de l’imam. Un quinquagénaire, étonné qu’on destitue un imam qui fait son travail, dira : « Nous demandons sa réintégration, nous sommes disposés à le payer de notre propre argent. Il sait parler ; nos petits enfants on pu, grâce a lui, apprendre la religion, et c’est la même chose pour nous ». Contacté par nos soins, les responsables de la direction des affaires religieuses ont été très avares en explications, ils ont refusé de donner plus de détails sur la situation. « Le sujet de l’imam est clos, il était contractuel, et son travail est terminé chez nous », déclarera le directeur des affaires religieuses de Sétif. A signaler que l’imam en question est âgé de 26 ans, et est en train de préparer une thèse de magistère en Histoire de l’Islam à l’université de Bouzaréa. Grâce à ses discours simples et convaincants, il a pu créer des liens avec les différentes catégories de la population de la région et en obtenir la confiance. En attendant la réponse finale des autorités concernées, Bougaâ se couche et se réveille sur l’histoire de l’imam.

L. H. El Watan

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