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L’avenue Port Saïd, centre de Sétif : Revoilà la tarha

mercredi 22 novembre 2006

Depuis quelques mois, les arcades de l’avenue Port Saïd, situées au centre de Sétif, font un bond en arrière dans le temps. Dans les années 1970 et 1980, ces arcades étaient un marché d’affaires venues de l’autre côté de la mer. On pouvait y acheter un jean, un parka, des boots, des… arrivées en cabas de France surtout.

C’était déjà cher à l’époque. Ce commerce était exercé par ceux qui, aujourd’hui, sont montés un peu plus haut dans l’avenue et sont devenus des cambistes de renom. Aujourd’hui, les lieux sont réinvestis par les vendeurs à la sauvette. Ils en délogent les cambistes. Dès 16, 17 h, la marchandise est étalée : vêtements, chaussures, montres, lunettes, autoradios, appareils photo numériques… tout est « marka », « griffa », « original », selon les vendeurs. Tout n’est pas neuf, on peut y trouver de la fripe et des effets usagers. Quant aux prix, y a pas à dire, ce n’est pas donné. De vieilles godasses à 3000 DA, des tennis à 2500 et 3000 DA et même plus. Les vendeurs sont tous les jours les mêmes, ils se connaissent, lient des amitiés et des inimitiés, des jalousies et des compassions. Celui-ci est père de famille, il n’a plus de travail, le pécule du départ volontaire que lui a donné son entreprise est parti en fumée dans un projet foireux. Cet autre a fui la maison paternelle, il ne pouvait plus supporter les remarques du « vieux » sur son inutilité, la journée, il essaie de vendre quelques effets que lui donne un ami commerçant et le soir, il est gardien de parking pour avoir où dormir. Ils s’approvisionnent chez les fripiers ou encore au souk de Tadjenanet ou à celui de Dubaï. Les commerçants du coin ne voient pas leur présence d’un bon œil, dès que le premier morceau de toile est posé, ils se mettent à verser de l’eau pour les chasser, les accrochages sont fréquents. Ces vendeurs sont parfois chassés par la police, ils changent de trottoir, le temps que la maréchaussée ait terminé son service et ils reviennent, comme les mauvais souvenirs.

Nabil Leulmi
El Watan

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