Accueil > Sétif profond

El Eulma : Gâcheurs de flâneries

dimanche 25 février 2007

Pour décompresser du « stress » de la capitale et prendre congé, ne serait ce que le temps d’une escapade, du volumineux agenda, un ministre décide de prolonger son séjour (coïncidant avec le week-end) du côté de Aïn El Fouara.

A l’occasion, le membre du gouvernement, qui se départit de la voiture de service et de sa garde rapprochée, s’offre une flânerie à travers les principales artères qu’on bichonne. A la quête d’un dépaysement, le ministre se mêle, comme au bon vieux temps, aux anonymes, fait du shopping et des emplettes comme il est d’usage dans la sphère nord. Avant de mettre le cap sur Dubaï d’El Eulma, la Mecque de la contrefaçon, qui met en péril la santé du petit peuple et la production nationale, le haut cadre veut tâter le pouls de ses concitoyens. L’endroit tout indiqué est une terrasse d’un café. Ne se doutant de rien, l’auguste ministre s’attable à côté d’un groupe. Le haut responsable est vite reconnu. Une discussion à bâtons rompus est donc engagée. D’emblée, un citoyen l’invite à revenir souvent chez eux : « Pourquoi donc ? » rétorque le ministre : « Pour que les responsables de la cité daignent prendre en charge les abords de la maison de jeunes des 1014 Logements que vous venez d’inaugurer et de retaper les chemins », dira le premier, avant qu’un deuxième n’enchaîne : « Le 8 Mai 1945 devient trop exigu pour contenir les fans de l’Entente qui tourne bien cette année. » A l’aise, le ministre répond : « Les questions du nouveau stade de 50 000 places et l’extension de la piste de l’aéroport à 2900 m sont de grandes œuvres d’art. La prochaine visite du président de la République, prévue pour le mois de mars prochain, est, croyez-moi, porteuse de bonnes surprises. » Le troisième enfonce le clou : « La maternité de l’hôpital mère-enfant fonctionne sans gynécologues. La mission chinoise promise par l’ex-DG du CHU ne pointe toujours pas le bout du nez. » Et sans attendre, l’intervention du quatrième qui tenait à mettre le doigt sur les dos d’âne (hors normes et non ralentisseurs) que les services de l’APC installent en bas d’une passerelle (Aïn Tebinet) et sur la voie express (non loin du marché de voitures) car gavé par l’amère réalité, notre ministre, n’ayant même pas eu une seconde pour siroter son café, prend illico presto congé de ses hôtes, gâcheurs de flânerie.

Kamel Beniaiche El Watan


Derniers articles