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F’rèch Boutaleb

jeudi 21 juin 2007

F’rèch Boutaleb (ou « Boutalbi »), ou encore « F’rèch El Margoum », est une natte d’alfa finement tressée et agrémentée de motifs géométriques de différentes couleurs. Comparable au « Bouraba » à l’ouest, cette natte faisait la fierté de toute la région de Boutaleb, une commune nichée au pied de la chaîne montagneuse du même nom, à l’extrême sud de la wilaya de Sétif. Véritable patrimoine culturel, au même titre que le tapis du M’zab ou le bijou berbère, « F’rèch Boutaleb » était omniprésent dans les cafés, les demeures et les mosquées, et constituait, il y a à peine une trentaine d’années, la pièce maîtresse du trousseau de la mariée, faisant l’orgueil de toute famille qui en possédait une. La raréfaction de la matière première et des teintures serait à l’origine de la disparition de cette belle pièce d’artisanat que les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent quasiment plus. Selon les gens de la région, la fabrication d’une natte en alfa décorée, d’une dimension de 7 m de long sur 4 m de large, nécessite entre 60 à 70 touffes d’alfa brute que l’on fait cuire dans des marmites et que l’on teint avec des nuances rouges et noires avant de l’étendre à sécher au soleil jusqu’à ce qu’elles soient prêtes à être tissées ou tressées. L’alfa ainsi préparée est mélangée à du poil de caprins et mise sur le métier à tisser traditionnel, celui-là même qui est utilisé dans le tissage des couvertures et autres ouvrages en laine.

La main-d’oeuvre existe toujours et est prête à prendre la relève, grâce à la transmission du métier de tissage par les aînées ; il reste que la matière première est introuvable depuis que les marchands de Bou Saâda et de M’sila ont abandonné ce commerce. Quant aux teintures, fabriquées à partir de matières naturelles comme les écorces de grenade pour la teinte noire, elles ne peuvent être achetées qu’à Ghardaïa, distante de près de 600 km du village de Boutaleb et à un coût élevé. Le manque d’intérêt et de demande fait que les rares pièces disponibles sont comptabilisées parmi les invendus. L’insuffisance du soutien accordé à l’artisanat traditionnel, d’une part, et, d’autre part, la concurrence des produits manufacturés et l’utilisation de l’alfa dans l’industrie du papier et autres produits modernes ont fini donc par « achever » cette natte séculaire, connue autant pour sa beauté que pour certaines vertus « thérapeutiques », sachant que des médecins la conseillaient comme couche pour soulager le mal de dos.

El Watan


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