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Laïd Bouras : Le dernier des Mohicans

dimanche 24 juin 2007

L’antique Sitifis est, par excellence, le vivier de bâtisseurs qui ont laissé ici et là des empreintes. Malheureusement, les Laïd Kerouani, Lokrichi Keskes, Kaddour Mazza, Ahmed Khanfri, Mohamed Talli, et bien d’autres entrepreneurs, au sens propre et noble du terme, ont, et, sans crier gare, tiré leur révérence.

Comme l’ingratitude est la spécificité des amnésiques, ils s’empressent de mettre une chape de plomb sur les réalisations et le parcours de ces hommes qui ont construit, pierre par pierre, le nouveau Sétif, devant, le moins qu’on puisse dire, une fière chandelle à ces constructeurs en voie d’extinction. A l’instar de ses compagnons qui ont passé leur vie dans les chantiers, Laïd Bouras est le dernier de cette race de bâtisseurs faisant du travail soigné une religion. Comme les défunts, la carte de visite d’ammi Laïd est bourrée de groupes scolaires, de logements, d’agences postales, de centres de formation, de maisons de jeunes, de collèges et lycées à Ras El Oued, M’sila, Bordj Bou Arréridj, Sétif, et dans de nombreuses autres contrées, connues ou pas, après plus de quarante ans de bons et loyaux services, le dernier des Mohicans, qui se considère toujours comme un artisan maçon, est, depuis 1992, le patron d’une briqueterie produisant annuellement 320 000 tonnes. Le complexe, employant actuellement 550 agents, sera, dès septembre prochain, renforcé par une tuilerie d’une capacité de 15 millions de tuiles/an. Cent vingt nouveaux emplois seront créés. Cela étant, l’« artisan, qui passe plus de 12 heures à l’usine, ne compte pas prendre, en dépit du poids de l’âge et des innombrables services rendus, sa retraite qui n’est et ne sera pas, et, pour un long bail, à l’ordre du jour de notre bonhomme, estimant que le travail est sacré. « Quand on aime ce beau et grand pays qui nous a tant donné, on doit tout faire pour lui renvoyer l’ascenseur », souligne ammi Laïd qui revient un peu en arrière : « Les jeunes qui ont été à l’école des anciens, tels Kerouani, Keskès, Seklouli, Khier Zitouni et bien d’autres, doivent savoir que sans rigueur, discipline de fer, et gros sacrifices, on n’ira nulle part. » « Ces paramètres ne sont ni plus ni moins que les facteurs de la réussite », précise notre infatigable interlocuteur qui a encore de beaux jours devant lui. Les nouveaux « entrepreneurs », formés dans le tas par ces chefs de chantier, égaleront-ils leurs maîtres ?

K. B. El Watan


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