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L’enseignement des arts marginalisé à Sétif

Les responsables privilégient la culture évènementielle à la formation
jeudi 14 juin 2007, écrit par : Abdelhalim Benyelles La Tribune, mis en ligne par : Boutebna N.

La maison de la culture de Sétif, le seul pôle de promotion artistique et culturelle de la wilaya censé développer les activités de théâtre, de musique, de peinture, d’expression littéraire et cinématographique, semble se résigner à un seul créneau, celui de la gestion d’une grande salle de spectacles transformée en espace pour les séminaires, conférences, réunions et manifestations officielles. L’absence flagrante d’un cadre pédagogique est à l’origine des carences de l’institution culturelle de la wilaya. Pourtant, l’établissement dispose de nombreux ateliers dédiés au théâtre pour adultes comme pour enfants, la musique chaabi et moderne, le club littéraire, l’école de musique. De plus, l’imposant bâtiment offre un cadre idéal d’accueil pour les activités des différentes associations qui y sont affiliées. Ce « potentiel » n’est cependant pas exploité. Ainsi, l’école des arts plastiques, la seule activité prise en charge exclusivement par la maison de la culture, présente des tares certaines. Seulement cinq enfants au total inscrits aux activités d’apprentissage encadrés par Boudina Redha, un jeune artiste peintre bénévole, et autodidacte de surplus, illustrent la situation déplorable de l’école de dessin, qui aurait pu accueillir des centaines de jeunes, si elle avait été exploitée de la meilleure manière.

Questionné à ce sujet, le jeune Redha témoigne de son engagement à s’occuper bénévolement de l’encadrement des activités de l’école de dessin et de la formation des jeunes, en l’absence d’un cadre spécialisé. « Actuellement j’assure des cours d’apprentissage, j’enseigne aux gosses les techniques manuelles et l’initiation à la peinture mais sans contrepartie. Je le fais par amour du métier », dira-t-il. A préciser que l’engagement de l’artiste va jusqu’à l’achat, avec le peu d’argent qu’il gagne, des pinceaux, crayons de couleur, l’aquarelle et le papier pour faire tourner l’atelier qu’il a décoré de ses œuvres d’art pour motiver ses jeunes apprenants. Du côté de la direction de la maison de la culture, c’est la programmation adoptée par le système scolaire actuel qui serait à l’origine de l’échec de l’école de dessin, un espace qui pourrait accueillir, jusqu’à une quarantaine d’enfants en dehors des horaires scolaires. Un cadre de la direction de la culture évoque le problème de tradition dans ce domaine dans la région. « Ce sont les parents au premier degré qui sont censés motiver et orienter l’enfant vers cette forme d’art, demeurée encore méconnue à Sétif », affirme-t-il.
Ailleurs, un autre atelier beaucoup plus animé mais dans un espace moins adapté, se dédie à l’enseignement de la musique. Une vingtaine d’enfants âgés entre 6 et 13 ans font l’apprentissage du solfège et l’exercice sur piano. Bensaadoune, le formateur, enseignant de métier, nous informe d’emblée que son objectif vise essentiellement à assurer une mission beaucoup plus éducative que culturelle. Là, l’enfant est appelé à concevoir des partitions universelles. « Il s’agit beaucoup plus d’assurer une formation scientifique », précise notre interlocuteur. Et d’ajouter que la musique classique est à la base de toute formation musicale. En l’absence de concours de plébiscite des meilleurs musiciens, que notre interlocuteur déplore d’ailleurs, les enfants formés n’auront à l’avenir d’autre choix que celui de rejoindre un groupe de musique ou un de ces orchestres qui accompagnent les chanteurs, à l’instar de leurs prédécesseurs, nous informe-t-on. L’association Djamiha, qui marque ainsi sa septième année de formation grâce à cinq vieux pianos, n’a pour seule source de financement que les mensualités que paient les parents des élèves. Les subventions allouées annuellement par la direction de la culture n’ont jamais concerné l’association, nous informe-t-on. « Les responsables persistent à encourager les fêtes et festivals au détriment de la formation », note-t-on à ce sujet. Outre l’intérêt du rôle associatif, le volet de la prise en charge de l’enfant passe au second plan des préoccupations de la stratégie de développement culturel et artistique au niveau de la wilaya, si stratégie il y a. C’est là que réside la principale cause de l’échec de la politique de formation, soutiennent des spécialistes à Sétif.

Abdelhalim Benyelles La Tribune


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