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Terre aimée, Algérie, un essai de Denise Morel Ferla

lundi 9 septembre 2013, écrit par : Boumediene Abed, mis en ligne par : Boutebna N.

C’est l’Algérie dans toute sa diversité recréée par une native de Sétif, en usant largement des procédés littéraires, comme la personnification pour faire revivre ses plus belles années d’Algérie.

Avant de s’adresser à l’Algérie tout entière, l’auteure a écrit dans un style relevé « Sétif de ma jeunesse » pour faire part de son affection pour sa ville natale qu’elle porte dans sa chair et son âme. « Terre aimée, l’Algérie » est un essai original consacré talentueusement à notre pays qui est aussi son pays natal qu’elle a quitté à 15 ans, en 1961.

Une forme d’expression qui privilégie la personnification Denise Morel Ferla utilise avec une fréquence significative la première et la deuxième personne, comme dans un dialogue entre des protagonistes qui se connaissent parce qu’ils ont des racines communes : « Toi, terre d’accueil, tu remercies pour l’eau et la sueur de ceux qui t’aiment. Tu t’ouvres et reçois la semence qui germe et porte fruit ! ». A un âge crucial de sa vie, Denise n’a jamais laissé l’oubli se substituer à son amour immense voué à l’Algérie, son pays natal, et des meilleures années de sa vie.

« Quarante ans étaient passés. Quarante ans de mutisme, mais jamais d’oubli », dit-elle pour en apporter la preuve sous le mode de style direct : « toi, en t’écrivant, je te parle et je te parle d’elle, l’Algérie de ma jeunesse ». L’auteure fait comme si elle répondait à un correspondant qui viendrait lui rafraîchir la mémoire : « Comme un trésor inestimable, l’écho de mon enfance se nomme l’Algérie » et la langue arabe, très tôt familière, résonne en langue natale. Arabe et français cohabitaient et une Babel heureuse, et toujours j’ai aimé utiliser ces mots quotidiens ».

Pour dire qu’elle a gardé avec l’Algérie des liens fusionnels, elle fait part de ses sentiments dignes d’une vraie enfant du pays. « Ni les luttes fratricides qui ont suivi, dit-elle, Alger à feu et à sang, trente ans après. Bilan de la suffisance et du fanatisme », poursuit-elle avec sincérité. Après vient le ton de la personnification et d’échange épistolaire, c’est toute l’histoire, depuis les origines, qui est reconstituée, l’histoire ancienne contemporaine d’Homère et qui a précédé de plusieurs Hérodote, celle de Numidie-Maurétanie, sous Jules César, il s’agit de l’histoire racontée par Ibn Hawqal, celle de la régence ottomane, puis de l’occupation française jusqu’à l’indépendance. Il met l’accent sur l’histoire de Sétif qui lui est plus familière avec ses lieux historiques comme le jardin d’Orléans, Aïn Kebira, Aïn El Fouara, Bouhira.

L’auteure n’a pas omis d’évoquer l’Algérie telle que perçue par Camus et le site archéologique de Djemila. Et par souci du sensationnel qui excite la curiosité, Denis Morel Ferla fait un chapitre au titre évocateur de colonisation de peuplement ; « Des Suisses qui aiment la terre » qui raconte l’aventure d’un colon qui, en 1853, a pris le bateau pour l’Algérie, pour avoir raté celui de l’émigration en Amérique. Et que de péripéties dans cette histoire coloniale Cet essai consacré à l’Algérie et qui dit tout son amour pour le pays, donne à entendre un autre son de cloche sur les conditions de vie des colonisés et des colonisateurs pendant l’occupation française. On parle de colons suisses travaillant la terre grâce à la main-d’œuvre locale supposée avoir été payée misérablement. Et pour donner plus d’authenticité à ce vécu historique marqué par les pires difficultés, elle énumère les phénomènes et fléaux naturels qui rendent âpre la lutte pour la survie, du côté des Algériens opprimés : l’invasion des sauterelles qui ont gâché les récoltes, la sécheresse, les rigueurs de l’hiver selon les années.

S’ajoutent à cela la révolte de 1870 avec le soulèvement d’El Moqrani, et une pratique illicite : l’usure, très courante en ces temps-là. Comme pour agrémenter cet essai, l’auteure éprouve du plaisir à faire le récit des souvenirs des uns et des autres, bons et mauvais. Elle relate l’aventure d’une certaine Marguerite qui va en pèlerinage à Annaba, à la manière des pieds-noirs qui ont tenu à revoir les lieux qui ont, jadis, fait partie de leur univers familier : place des Gargoulettes, l’hôtel Mountazah à Annaba. Et avec le souci de l’alternance, on rappelle les conflits armés revenant par intermittence au point d’occuper le devant de la scène par rapport aux chansons, à la description des paysages et des édifices ou de la vie à Alger.

Pour mieux faire comprendre le statut des dominants et celui des dominés au fil des décennies, voire des siècles d’histoire, Denise use d’une comparaison : des « Paroles du chef indien Seattle » datant de 1854 et faisant allusion à des occupants étrangers dans un pays donné : « Comment peut-on acheter ou vendre le ciel ou la terre ? Si la fraîcheur de l’air et le murmure de l’eau ne nous appartiennent pas, comment peut-on les vendre ? Pour mon peuple, il n’y a pas un coin de cette terre qui ne soit sacré. Une aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère, tout est saint aux yeux et dans la mémoire de mon peuple ».

Mais les derniers chapitres posent les bases d’un avenir meilleur pour les ennemis d’hier. Ce n’est là qu’un point de vue personnel, un rêve d’avenir gratuit né d’un souhait ardent. Denise continue d’y croire. C’est ce que ce passage laisse apparaître. Terre aimée, Algérie. Essai, Ed. El Ibriz, 149 pages, Denise Morel-Ferla, 2013.

LNR

PS : Disponible en vente à la librairie Chahid Kabana, Bd 1er novembre 1954, 19000 Sétif


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26 commentaire(s) publié(s)
Qadous :
En avant ... Feu... Partez !!! En voilà encore une qui va se faire étriper par les pseudos- nationalistes et intégristes de tous bords. L’auteur de l’article va également passer à la moulinette. Heureux , l’auteur anonyme qui pourra écrire ce qu’il veut..
Tahtoh :
A voir (lire) aussi son livre : Sétif de ma jeunesse avec de belles photos nostalgiques.....malheureusement ce livre n’est pas disponible dans les librairies ??? en éspérant vous voir un jour à Sétif ya Bent Lebled...................
Ententiste :
Notre Maire nous ferait un très beau cadeau en invitant Denise Morel à Sétif. Sa présence parmi nous, ne serait-ce que pendant quelques jours, serait très appréciée par les Sétifiens, les vrais ! Allons, monsieur le Maire, faites-nous ce cadeau. Denise est des nôtres, c’est elle qui avait déjà écrit : Sétif de ma Jeunesse !
Commentaire n°204087 :
As salam alaykoum wa rahmatoullah wa barakatouh,je conseille à tous les lecteursLa vague Gog & Magog par Cheikh Imran Hosein Je pense que Denise Morel Ferla sera d ’ autant plus éclairéé sur ces origines ,
gamez nacer :
votre post scriptum fait oublier l,essai de denise morel .es ce que cette librairie a l,exclusivite de cet essai ?
Commentaire n°204094 :
Il faut venir vivre à Sétif et le tour est joué .....
moi :
Oui une terre aimée par les nostalgiques et detestée par ses propres fils pour mille et une raison
CHADLI :
Terre aimée ? Oui. Mais est-ce que son peuple l’est aussi ? Il n’y a là que de la pure NOSTALGERIE pas plus. Ci après ce qui est entre autres écrit dans cet « essai » page 11 / « …le jardin d’Orléans a été rebaptisé jardin de l’Emir Abdelkader pour taquiner l’histoire » Page 13/ « …Algérie, on t’a conduite au bord de la faillite. paix aux morts de chaque camp. page 57 /« les Aurès, une sorte de Verdun, un nom propre pour éviter de dire le sale, la cruauté et l’horreur » « c’est cela les Aurès la bouteille pour designer le vin, la métonymie de la mort sanglante et absurde » page 58 / les Aurès cette vaste région montagneuse était réputée très dangereuse à cause des caches et des embuscades tendues aux soldats » (son frère y a trouvé la mort, soldat qu’il était) page 65 / « sortir de la guerre. Sortir des venins et des sifflements lancés par le FLN ou l’OAS, les fellaghas ou les soldats de l’armée française » page 66 / « il m’a fallut beaucoup de temps pour apprendre à jouer avec mon histoire (...)
Commentaire n°204109 :
Nos députés sont invités à acheter un exemplaire ou apprendre le titre pour le communiquer à la chaine TV ENNAHAR. Pour rappel, nos députés on été questionné par cette chaine sur le nombre de livres lus ces dernières années. La réponse était : http://youtu.be/e0VUtdCASXs
CHADLI :
Terre aimée ? Oui. Mais est-ce que son peuple l’est aussi ? Il n’y a là que de la pure NOSTALGERIE pas plus. Ci après ce qui est entre autres écrit dans cet « essai » page 11 / « …le jardin d’Orléans a été rebaptisé jardin de l’Emir Abdelkader pour taquiner l’histoire » Page 13/ « …Algérie, on t’a conduite au bord de la faillite. paix aux morts de chaque camp. page 57 /« les Aurès, une sorte de Verdun, un nom propre pour éviter de dire le sale, la cruauté et l’horreur » « c’est cela les Aurès la bouteille pour designer le vin, la métonymie de la mort sanglante et absurde » page 58 / les Aurès cette vaste région montagneuse était réputée très dangereuse à cause des caches et des embuscades tendues aux soldats » (son frère y a trouvé la mort, soldat qu’il était) page 65 / « sortir de la guerre. Sortir des venins et des sifflements lancés par le FLN ou l’OAS, les fellaghas ou les soldats de l’armée française » page 66 / « il m’a fallut beaucoup de temps pour apprendre à jouer avec mon histoire (...)
Commentaire n°204122 :
@CHADLI Merci pour votre post , nous en prenons bonne note et disons à cette dame :vous serez la bien venue chez nous lorsque vous vous inclinerez sincérement devant nos morts Algeriens, qui se sont battus pour nous offrir notre LIBERTE et quand vous désavouerez vos semblables ,Cancres, hères, et pauvres diables !qui n ont rien pu faire contre la FORCE DU PEUPLE ALGERIEN,Hommage à tous ceux qui on perdu leur sang ! ,pour que nous puissons crier ton nom LIBERTE
lectrice :
Bonjour, où se trouve le boulevard ? Et la librairie ? Est ce que c’est la rue de Constantine ? Merci
Cheikh El Afrit :
Cheikh Imran Hosein est un cheikh sans provision.
Commentaire n°204128 :
Elle a la nostalgie de son amour pour les indigènes ou bien de son statut de Nabab des mille et une nuits avec l’argent des indigènes !
Commentaire n°204139 :
@ Issim Israël Rozzio dit Cheikh El Afrit ,tu ne trompes que toi même et tes semblables,denise, allez fait un essai pour admettre que des êtres humains ont commis le pire sur nos terres et que tous les colons ,à part les enfants, sont coupables de vol, tortures et massacres sur nos populations, et qu ils répondront devant ALLAH pour ce qu ils ont fait de leur plein gré et les soutenir est criminel ! ,n oubliez jamais votre passé, car les rats d égouts sont déja à nos portes !Ils ont la rage,et ils sont la, on ne les voit pas et ils sont prets à recommencer car leur âme est noire et leur coeur pareille à une pierre !
Chahid Zabana :
en tous les cas je remercie cet espace qui m’a permis de comprendre comment les Takfiristes pensent je me suis toujours demandé comment un etre humain pouvait manger le coeur d’un autre.vriment merci .quant à cette Denise elle est comme ses amis oouled Bladha qui à chaque époque ils prennent une nationalité ils etaient animaux puis bysantins romains Arabes turcs français .aujourdhui ils se chamaillent pour quelle nationalité je leur conseille celle des habitants des gorges de kherrata comme ça ils seront bien pris en charge par cette Denise la pauvre meskina techaf .Allah yarham Chouhadas la Yatrabeh el khawanas oueled harkas wa supplitifs .
la bison :
je trouve cela, trés beau qu’une dame, écrive sur la ville , qui là vue naitre, et ou elle à passé son adoléscence. Elle le fait par amour pour sa ville, avec des milliers de souvenir, Je pense que le président de L’apc, devrait l’invité ,à Sétif.
IMADGHACEN :
C est grave qui se dit sur les aures ! benboulaid a du tuer son frere et on demande au maire de l inviter, yakhi ghachi yakhi
Issim Israël Rozzio :
Msiou l’anonyme. Tout dernièrement , j’ai croisé un rat dans les rues de Sétif... étrangement , il a la face d’un homme qui me dit quelque chose ; en fait , il te ressemble. Je crois qu’Allah a commencé son oeuvre ; il n’a pas attendu le passage à l’haut delà . Regarde - toi dans une glace. Que vois-tu ? Un homme qui dégénère.Un homme dont ses semblables se limitent à ses acolytes de la mosquée , qui marche droit devant muni d’oeillères et qui ne distingue plus le bien du mal , le vrai du faux ...et qui ne voit plus ou fait semblant de ne pas voir les nuances des choses de la vie.
Commentaire n°204211 :
.As salam alaykoum wa rahmatoullah wa barakatouhNous conseillons à Denise de s instruire de la plus belle des façons en lisant le CORAN qui est une lumière pour l humanité. V36_Oui , les incrédules dépenseront leurs biens pour éloigner les Hommes du Chemin d Allah,ils les dépenseront,puis ils déploreront de l avoir fait et il seront ensuite vaincus,et tous ceux qui ne croient pas seront rassemblés vers l Enfer, Sourate 8 Al-Anfâl .
salah qui devient salohi :
a DENIS MOREL effectivement , j’ai lu son livre Setif de ma jeunesse. Elle ne parle que de setif coté jardin , coté belle vie des colons installés en Algérie et spécialement à sétif. Elle parle de ses souvenirs car elle n’a jamais marché pieds nus. Elle a toujours pris son goutter , son repas de midi et sa soupe chaude le soir. Moi , le pauvre Algérien, le misérable sétifien, j’ai vécu dans la misére noire corbeau. d’ailleurs, ,les algériens , à partir du cours de fin d’études (équivalent de la sixiéme ratée), ils sont mis à la porte automatiquement. Maintenant, si ce deuxiéme livre vient comme pour dire pardon à la population Algérienne qui a vécu les plus grandes miséres du colonialisme , OUI ,car, ....la plaie est toujours ouverte.
EL-MEREG :
Denise Morel,fille comblée du puissant colon Morel et patron de la banque du Crédit Foncier d’Algérie et de Tunisie,dont le siège à Sétif est occupé maintenant par le CPA du centre ville. Il y a plus de dix ans qu’un CD multimédia est en vente pour seulement 50 da.partout en Algérie.Il a pour titre justement Sétif de ma jeunesse,de Denise Morel.Tout simplement une collection de cartes postales du vieux Sétif et sa région,avec des commentaires qui font vomir. Le livre : c’est certainement la version papier de cette collection de documents photos dont les commentaires ont été plus développés.Un ouvrage de famille strictement privé.
nous les indigénes w.31... :
oui l´algerie terre aimée ? comme disait Bruno de leuse, l´algerie pays béni des dieux et cher dans le coeur des francais (les nostalgiques pervers de l´algerie de papa Rodriguez,borgeaux,schiaffano...ect).
gasmi touffik :
L’association des anciens élèves des lycées M.Kerouani et M.Gaid se propose d’inviter Denise Morel le samedi 2 novembre à Sétif pour animer une conférence et procéder à la dédicace de ses livres.
imène messaoudi :
ils sont venus, ils sont tous là... hada stora , hada jean louis , hadi denise !! que de larmes, que d’emotions en perspective !! wache kaine fi s’tif ?? nawrouna , allah yardha alaikoum... même enrico , et bhl sont nés chez nous...zaama ydjiou ?? j’en ai bien peur...
le petit setifien :
Pour avoir étudié, vécu pendant presque 7 ans en France, je voudrais apporter un témoignage. Garder le dans vos cœurs, analyser le avec passion mais surtout avec raison. Je fais le sermon devant dieu qu’il est vrai. Un jour, dans une salle des profs dans un lycée technique, pour vous dire juste le contexte « personnes lettrées », un professeur se plaint en ma présence de voir les néons de sa classe de cours pas encore remplacés. L’agent destinataire de cette plainte lui répond d’un air moqueur : Tu te crois du temps des colonies. Méditer sur ce que les colonies ont apporté à la France. Un voisin pied noir natif de Blida voyant mes préparatifs de retour en Algérie, m’interpelle en disant : Enfin vous ne manquer de rien en Algérie vous vivez de vitamine D. Même notre soleil est convoité, ils ont le leur et c’est le même. Méditer sur ce qu’ils convoitent (...)

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