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Théâtre Régional de Constantine : La symphonie de la terre

lundi 3 février 2014, écrit par : Sâad-Eddine Mahdi, mis en ligne par : Boutebna N.

La pièce de théâtre du TRC Constantine, « La symphonie de la terre » a été présentée à la Maison de la culture de Sétif l’après-midi du 26 janvier 2014. Comme toutes les activités de culture et de création, l’œuvre théâtrale, n’a pas drainé grand monde. C’est un grand dommage, mais les comédiens eux, étaient là, fidèles.

La pièce écrite selon une trame circulaire finit par dépasser le code linéaire, pour laisser éclater un casting de qualité qui va donner au rythme qui monte crescendo, un souffle rémanent.

Au départ, un univers dépouillé de la campagne algérienne. Des fellahs, des artisans, des hommes de peine, au cœur de la tragédie de la spoliation coloniale, frustrés qu’ils sont de leur raison d’être. Un douar que l’on ne nomme pas, parce qu’il l’incarnation de toute l’histoire de cette terre spoliée, colonisée, meurtrie. Cette douleur charnelle, traverse en filigrane, toute la pièce. C’est ce mal être permanent qui nous tient en éveil et qui donne une âme au travail plein de métier du TRC Constantine. C’est tout cela qui fait qu’un simple douar, perdu dans les montagnes, se retrouve malgré tout, au cœur de la tragédie. Le feu couve, en attente d’une idée, d’un idéal. Le savoir et le non-savoir, se côtoient dans une lancinante interpellation de ces êtres frustes, confrontés désormais à leur condition d’opprimés et d’exploités et élevés à hauteur d’hommes à même de s’éveiller aux exigences de la lutte pour l’émancipation. Dans cet éveil à la conscience, comme dans l’épopée sacrée, l’écrit précède la lecture qui elle, devient l’acte libérateur par excellence. L’écrit qui est proscrit, annonce le mouvement libérateur. C’est le tract porté clandestinement par la cohorte des opprimés. Les volontés se mettent en branle et le monde clos du douar, s’ouvre à l’alchimie de la libération. Les gens simples, humbles, s’ébranlent dans un mouvement infini. L’humilité du douar, le fardeau de la vie, la souffrance séculaire, se parent de la quête du rêve et du sacrifice nécessaire. La mécanique de la pièce tourne alors à plein régime, lorsque les fellahs transcendent leur propre peur et prennent parti pour la cause sacrée. Le personnage du père, paysan racé et forgeron de son état, est symbolique à plus d’un titre. Il canalise à lui seul toute la tension de l’œuvre, confronté qu’il est au dilemme d’une famille déchirée, avec un fils collaborateur des services de l’armée coloniale et un fils ouvrier mineur, martyr d’un mouvement gréviste qui prolonge la prise de conscience nationale de tous ces êtres. Là, la condition ouvrière s’imbrique de façon intime au mouvement général et donne à la pièce finalement une dimension et une portée qu’on avait de la peine à percevoir au début. Alors au lever du jour, comme touchés par la magie du verbe, le douar prend conscience de l’inanité de sa condition. Les fellahs qui ne savaient ni lire, ni écrire se mettent à l’alphabet de la lutte. Le mouvement national, diffuse la connaissance de l’action. L’écrit est au cœur de cet engagement palpitant. C’est l’enfantement douloureux du projet national. Délation, répression et action, sont au cœur du mouvement dramaturgique. L’engagement du père déchiré, le martyr du fils, le sacrifice plein de dénouement de la femme rejetée, devenue héroïne créent le rythme d’une véritable symphonie dramatique au jeu simple, mâtiné d’un professionnalisme qui permet de transcender les limites du texte originel, un peu décalé par rapport aux problèmes de l’heure, de la société. Le ton de forte intensité dramatique, permet d’évacuer subtilement les contingences du thème central, ressenties dans le début un peu laborieux de la pièce. Il permet de montrer comment l’éveil d’un microcosme social, le douar à la question de la liberté, rejoint le grand mouvement de la cause nationale et pourquoi pas, les grandes causes à travers le monde. Et en tant que telle, une cause juste aussi petite soit-elle, finit par rejoindre les grandes causes humaines, comme le fleuve se jette dans la mer.

La pièce, La Symphonie de la Terre du TRC Constantine est un jalon, un de plus, dans la réappropriation du théâtre engagé, au service de la cause du peuple. Bravo !


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