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« Comme une carpe » de Randa El-Kolli

dimanche 30 mars 2014, écrit par : Sara Kharfi,Liberté, mis en ligne par : Boutebna N.

« Comme une carpe » de Randa El-Kolli, dramaturge, enseignante au département de traduction de l’université Sétif 2 et présidente de la coopérative artistique et culturelle Perséphone, est une trilogie articulée autour de trois textes : D’où vient le cygne ?, En attendant que le chat miaule ! et Le cri de la girafe, parue dans la collection Massrah des éditions Apic. La dramaturge s’intéresse aux destins de femmes algériennes aux prises avec les conventions sociales, la “bien-pensance” ou encore le qu’en-dira-t-on. Ces femmes, qui évoluent dans une société complexe, font également face à la difficulté d’exister et d’être considérées en tant qu’être humain à part entière, qui choisit lui-même sa vie.

Le contexte social et politique, notamment celui de la décennie noire, est au centre de l’écriture de Randa El-Kolli, qui met au-devant de son œuvre des femmes qui ont été mises à la marge de la société ; celles qu’on ne voit pas, qu’on ne remarque pas, qu’on n’entend pas… Dans D’où vient le cygne ?, trois femmes se retrouvent dans une pièce, qui a des allures d’une chambre d’hôpital, et tentent de (se) réinventer leur réalité, avec des petits gestes du quotidien qu’elles miment et reproduisent.
Elles racontent leurs souvenirs, où le vrai et le faux se mêlent pour nous rappeler que pour être une femme accomplie, dans l’imaginaire collectif, “il faudrait être une poupée qui dit oui, oui, oui… !”.
Une aberration ! Evoluer, faire des études supérieures, voyager, voir le monde… sont des éléments qui ne semblent pas entrer en ligne de compte pour une “société” qui a bien souvent d’autres projets pour la femme : apprendre les tâches ménagères et la cuisine, se marier, procréer… Dans En attendant que le chat miaule !, Randa El-Kolli plante le décor dans une sorte d’entre-deux. Les limbes ? L’enfer ? Les personnages sont en tout cas placés dans une situation d’attente. Des hommes et des femmes se croisent, discutent de “l’équilibre” et découvrent ce qui les a séparés dans la vie.
Le souvenir de la décennie noire est très présent dans cette pièce, puisque c’est cette tragédie qui est à l’origine de tous les maux des protagonistes. Le cri de la girafe met en scène trois personnages : jeune homme, jeune femme et femme. Cette dernière est toutes les femmes ; elle est la voix de la vérité, et (se) raconte en se confondant avec toutes celles que la “société” a rejetées, a mis à l’écart, a oubliées pour des fautes qu’elles n’ont pas commises. Les femmes subissent souvent la folie des hommes, mais paient toujours le prix.

Et c’est en cela où réside tout l’intérêt et toute la profondeur de la trilogie de Randa El-Kolli, qui redonne la parole aux femmes et dénonce leurs situations, dans une très belle langue et une recherche à la fois sur le fond et sur la forme. Un jour, peut-être, être une femme rimera avec bonheur, acceptation et accomplissement, quand le chat muet miaulera, quand le cygne ne tombera plus du ciel, et quand la girafe criera enfin. Un jour, peut-être…

Comme une carpe de Randa El-Kolli. Trilogie théâtrale (D’où vient le cygne ?, En attendant que le chat miaule !, Le cri de la girafe), 136 pages. Collection Massrah, éditions Apic. 400 DA.


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