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Khalil Sakhri : « l’Algérie n’a pas besoin de changer le système mais plutôt à le mettre à jour »

samedi 17 décembre 2011, écrit par : Salim KOUDIL, Liberté, mis en ligne par : Boutebna N.

Il est algérien, il n’est pas septuagénaire, il n’a pas de cheveux blancs, et il s’est retrouvé au milieu des personnalités politiques de renommée internationale. Lui, c’est le docteur Khalil Sakhri, 29 ans, médecin praticien, chercheur universitaire, et consultant pour les agences de l’ONU, l’UNOCD et UN-Habitat. Dans cet entretien, accordé à liberte-algerie.com, il parle de sa participation au 4ème forum de l’Alliance des Civilisations des Nations Unies qui s’est déroulé au Qatar entre le 11 et le 13 décembre dernier.

Khalil Sakhri, vous venez de rentrer de Doha après avoir participé au quatrième Forum de l’Alliance des Civilisations des Nations Unies. Étiez-vous le seul algérien sur place ?

Plus de 2500 participants, dont des chefs d’états, des ministres, des dirigeants politiques et des entreprises, des militants de la société civile, des groupes de jeunes, les communautés religieuses, les centres de recherche, des fondations et des journalistes, se sont réunis pour convenir d’actions conjointes pour améliorer les relations entre les cultures, lutter contre les préjugés et construire une paix durable.
Plus que jamais, notre monde est façonné par l’interaction intense entre les diverses communautés culturelles, religieuses et linguistiques. Cette diversité croissante est une source d’enrichissement et d’opportunité, mais peut aussi conduire à des tensions, des malentendus et de l’hostilité. L’établissement de relations pacifiques entre les diverses cultures est devenu l’une des tâches les plus importantes et difficiles auxquelles sont confrontées les sociétés modernes. Effectivement, j’ai été le seul jeune algérien lors du Forum de Doha à côté d’une journaliste et deux professeurs d’université. Alors que les autres pays été représentés par pas moins de sept jeunes. Il me semble que les Nations Unies ne voulaient pas avoir des figurants ou des touristes lors du Forum, vu que l’anglais est l’handicap major de la jeunesse algérienne.

Vous êtes président du club scientifique de la Faculté des Sciences Médicales de Sétif et vous vous êtes retrouvé, au Qatar, aux côtés du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, de la femme de l’Emir du Qatar, Cheikha Mouza, et de l’ex président Portugais, Jorge Sampaio. Comment s’est déroulée cette rencontre ?

Les 500 jeunes présents au Forum de l’Alliance des Civilisations des Nations Unies UNAOC ont été répartis en plusieurs groupes afin de partager les idées, apprendre les uns des autres et d’écouter les besoins de la base dans les différentes communautés à travers le monde. À l’issue de ces ateliers, j’ai été désigné le seul représentant de la région MENA (Middle East and North Africa). En ma qualité d’expert sur les questions de la jeunesse, j’ai été invité pour intervenir au nom de la région MENA où j’ai abordé le sujet du leadership et le rôle de la jeunesse dans les prises de décisions et plus particulièrement dans la période post-révolution, où en trouve que la révolution dans la Tunisie et l’Egypte était menée par des jeunes, mais on constate actuellement que les jeunes sont évincés par la suite. A la fin de mon intervention, M.Ban Ki-Moon est venu me saluer, accompagné de son altesse, Cheikha Mouza, et son excellence M. Jorge Sampaio (l’ex-président du Portugal), il m’a dit : « Monsieur Sakhri, vous êtes un vrai leader, mes félicitations…je vous encourage », Alors que Cheikha Mouza m’a déclaré : « Je suis agréablement surpris que vous êtes algérien ». L’ex-président du Portugal m’a confié « Ah, vous m’avez rappelé ma période de jeunesse, continuez ». Tous les trois m’ont invité à prendre une photo de souvenir avec eux.

À Doha, c’était le quatrième forum. Qu’en est-il des trois rendez-vous qui se sont déroulés auparavant ? Croyez vous que les recommandations prises lors de ces éditions ont été suivies ?

Votre question m’a rappelé l’entretien que j’ai eu avec l’économiste américain et conseiller spécial de Ban Ki-Moon où j’ai été choisi pour discuter des questions relatives à la jeunesse et la situation contemporaine dans les différents pays. Professeur Jeffrey Sachs, qui est par ailleurs directeur du projet des Nations Unies, « Millénaire pour le développement », nous a bien expliqué que les différentes recommandations des Nations Unies ont toujours des objectifs à long terme. Il me reste à vous dire que certainement il y a un succès quelque part, sinon on ne se serait pas retrouvé à la quatrième édition. À noter que 128 pays ont pris part à ce conclave, et cela n’est qu’un autre point positif pour le forum, surtout lorsqu’il s’agit du dialogue culturel.

Pour l’édition de Doha, quelles ont été les recommandations ?

Il est judicieux de vous parler uniquement des recommandations des jeunes, centrées principalement sur les thèmes suivants : identité et diversité, dialogue interculturel, éducation, média, les minorités et les migrants, la société civile et le bénévolat, et l’approche ascendante.
Dans les recommandations on trouve que la diversité culturelle à un impact sur le développement d’une manière positive, à condition que les gens de diverses cultures aient une compréhension et un respect mutuels où dans un contexte de mondialisation croissante, nous reconnaissons l’importance de maintenir et de soutenir l’unicité de chaque culture. La cohérence des politiques est essentielle pour assurer que le développement est sensible à la spécificité culturelle et les besoins des populations locales. Les gens ont besoin d’être éduqués pour assurer la tolérance, la confiance, le respect mutuel, le dialogue inter-religieux et inter-culturel, la coexistence pacifique et la résolution des conflits pour une meilleure appréciation de la diversité. Pour le dialogue interculturel doit être un outil efficace pour la coexistence pacifique, il est essentiel de s’élever au-dessus du niveau de tolérance et de parvenir à une compréhension et une acceptation de l’autre. Pourtant, nous devons assurer la diversité culturelle et éviter l’assimilation. L’éducation formelle, et non-formelle, ont besoin de construire l’attitude, les compétences et les connaissances nécessaires pour mieux comprendre et promouvoir la diversité culturelle où les stratégies éducatives doivent habiliter les jeunes à participer et à s’engager dans le dialogue interculturel et la compréhension. Les médias doivent contribuer à promouvoir la diversité culturelle et ne doivent pas propager, en revanche, des images stéréotypées de toute culture. Les médias ont besoin de produire et de publier des pièces qui célèbrent les cultures nationales, pont entre les cultures et les instruments pour une meilleure compréhension des différences. Ils doivent œuvrer à promouvoir la citoyenneté mondiale. Du point de vue des jeunes, les minorités et les groupes marginalisés doivent être représentés, compris et impliqués dans les processus de décision, de sorte à ce que leurs intérêts soient identifiés et pris en compte. Les travaux de la société civile doivent être encouragés. Des outils tels que les arts visuels et d’interprétation, travaux de bénévolat, les jeunes et la collectivité, les activités sportives et récréatives, doivent être encouragés et développés dans les communautés locales. Ces efforts doivent être reconnus et soutenus à la fois aux niveaux local, national et international. Il est nécessaire de s’assurer que les intervenants au niveau de la base soient impliqués dans l’identification des priorités pour le développement durable.

Concrètement, comment voyez-vous les résultats de cette rencontre ? Ne serait-elle pas une énième rencontre de-souhaits" sans qu’on puisse sentir les résultats sur le terrain ?

Il est indéniable qu’il y avait, dans ce forum, plus de philosophie que de pratique. Néanmoins, les discussions formelles et non-formelles étaient très fructueuses et très riches surtout qu’il y avait plus de 130 pays participants. Le principal résultat de discussions au cours de cet événement dédié à la jeunesse consistait en l’élaboration de recommandations aux dirigeants du monde sur des politiques spécifiques concernant la vie des jeunes, et sur les moyens d’améliorer les réalisations des jeunes à même de combler les fossés culturels. Ces recommandations ont été présentées le 11 décembre au cours d’une séance plénière. Les jeunes participants iront ensuite chercher à développer des partenariats avec les gouvernements pour mettre en œuvre ces recommandations.

Vous, en tant que jeune algérien de 29 ans, qu’est-ce qui vous a le plus impressionné sur place ?

Permettez-moi de vous dire que j’ai visité plus de 20 pays où j’ai rencontré toutes les classes sociales y compris des chefs d’états et des ministres. Je n’ai pas été particulièrement impressionné. Je l’étais peut être par rapport à la nouvelle stratégie du Qatar, un pays qui commence à rendre effectives des nouvelles politiques après les avoir révisées. Mes activités de consultant et de conférencier m’ont permis de rencontrer plusieurs leaders surtout dans les sessions des Nations-Unies. Dans chaque rencontre, je pensais souvent au fait que l’Algérie était le premier pays qui a eu les plus jeunes et dynamiques ministres où son Excellence, le président Bouteflika était ministre à l’âge de 23 ans.

Comment voyez-vous le rôle de l’Algérie dans ce genre de rencontres ?

Le rôle de l’Algérie dans ce genre de rencontres ne pourra se faire sans des leaders réels. Nous devons bien réfléchir et même revoir la politique de la jeunesse. Nous avons besoin d’une jeunesse polyglotte, une jeunesse déterminée et courageuse. Et cela n’est pas impossible. La situation dans le monde arabe, avec tous les bouleversements vécus cette année, a-t-elle été abordée dans ce forum ? Pratiquement toutes les sessions ont abordé la situation dans les pays arabes où ils ont tiré les leçons du printemps arabe. Ils ont relevé que les transitions ont trop duré et la construction institutionnelle est donc d’une importance primordiale et ne doit pas être retardée dans la phase de transition. Aussi, l’économie ne peut être laissée de côté, dans ce processus. La restauration de l’économie est nécessaire pour consolider les institutions. Moi-même, j’ai posé une question à M. Ban Ki-Moon sur le devenir des jeunes qui se retrouvent marginalisés dans le processus démocratique. Il m’a répondu que c’est parmi l’un de ses cinq objectifs de son prochain mandat. Il a terminé par me dire que-votre génération a un énorme avantage, grâce à votre niveau sans précédent d’éducation et l’accès à l’information, vous pouvez en juger. Vous êtes les ingénieurs de votre conscience-. J’ai répondu à plusieurs participants que l’Algérie n’a pas besoin de changer le système mais plutôt à le mettre à jour. Les réformes politiques s’avèrent urgentes, vu qu’on n’a pas encore une relève expérimentée.

Entretien réalisé par Salim KOUDIL

BIO EXPRESS : Docteur Khalil Sakhri, Médecin praticien et chercheur dans une université française. Il est président du Club Scientifique de la Faculté des Sciences Médicales de Sétif, enseignant dans les écoles paramédicales, initiateur et coordinateur de plusieurs projets au niveau local et international. Formateur des pairs éducateurs, et consultant pour les agences des Nations Unies (UNODC et UN-Habitat), il est reconnu internationalement pour son travail comme expert sur les questions de la jeunesse.


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