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Les Lyonnais commémorent l’autre 8 mai 1945

vendredi 13 mai 2011, écrit par : Setif.Info, mis en ligne par : Boutebna N.

Sabiha Ahmine : 8 mai 45, pour donner sens au devoir de Mémoire.
Rassemblement Lyon - Place du Pont le 8 mai 2011

Nous sommes rassemblés ici avec respect, fraternité et dignité, en ce haut lieu symbolique pour la commémoration citoyenne du 66ème anniversaire de la victoire des Alliés contre la barbarie nazie, contre ses ghettos de la mort et contre son apartheid raciste et aussi et surtout pour dénoncer les crimes colonialistes : En effet, le 8 mai 1945, alors que la France célébrait la victoire des démocraties sur le nazisme, des manifestations pacifiques de liberté et de joie ont eu lieu à Sétif, Guelma... Elles ont été brutalement réprimées dans le sang par les forces coloniales françaises faisant 45.000 victimes.

Aussi, et comme nous le faisons chaque année à Lyon, au Tata Sénégalais et ailleurs sur notre région, nous voulons commémorer sur le même pied d’égalité les massacres coloniaux de Sétif, Guelma et Khérrata en Algérie, et combien d’autres ailleurs : au Sénégal, Madagascar....

Il ne faut jamais oublier : alors que les résolutions du Conseil Nationale de la Résistance et les principes de la Charte Atlantique des Alliés prévoyaient, dès 1943 et 1944, d’étendre les droits et de donner la liberté aux des peuples colonisés, les massacres du 8 mai 1945 témoignent clairement de la volonté sanglante et d’un certain aveuglement du système coloniale contre la volonté de liberté et de justice des peuples opprimés.

Ces mêmes peuples qui ont donné le meilleur d’eux même pour défendre nos valeurs républicaines d’égalité, de liberté et de fraternité contre la barbarie nazie comme pour leur liberté et leur autodétermination. Par ce devoir de mémoire commun c’est la république qui sera grandi. Et ce sont nos principes d’égalité, de fraternité, de liberté qui seront renforcés et qui prendront ainsi aux yeux d notre jeunesse tout leur sens.

C’est pourquoi, notre démarche vise surtout à donner du sens au devoir de mémoire et lutter pour cette dignité, pour ne pas oublier, pour ne pas exclure et pour rendre ainsi un vibrant hommage à tous ces étrangers et à leur familles qui se sont battus comme des lions pour défendre la République et pour leurs droit à la liberté, à la citoyenneté ou à l’indépendance.

Ce qui est en lui même la défense de nos valeurs républicaines, communes et universalistes. Des valeurs pour lesquelles nos anciens ont payé un lourd tribut :

Comme de nombreux étrangers présents en France avant la 2ème guerre, en particulier ceux qui dès les années 30 avaient fui le fascisme et la tyrannie dans leur pays, y compris des Allemands, qui se sont engagés dans la Résistance, nos anciens se sont battus avec courage et dignité pour défendre les valeurs d’égalité, de liberté, de fraternité.

L’épisode de l’Affiche rouge est un symbole fort pour rappeler les sacrifices oubliés aujourd’hui de tous de ces étrangers. Autant de sacrifices invisibles et effacés auxquelles il faut rajouter plus de 178 milles Africains et Malgaches et 320 milles Maghrébins qui, dès 1940, sont appelés pour défendre la république contre l’invasion nazi.
Tous nos anciens n’étaient pas seulement des tirailleurs, ils étaient de tous les combats contre la barbarie Nazie, contre la colonisation et pour leur liberté... Dans l’armée régulière comme dans la Résistance ensuite.

Ici même à Lyon, comme le montre l’historien Philippe Videlier, les toutes premières victimes de la barbarie nazie, dès 1940 - 41, sont 3 africains (deux algériens et un sénégalais) qui ont étaient exécutés dans les actuelles locaux de la préfecture.

Ainsi la liste est longue, car parmi ces oubliées plus de 5 000 tirailleurs qui se sont évadés des camps allemands pour gagner les rangs des FTP et FFI (Forces françaises de l’intérieur). De même, on dénombre 52 tirailleurs dans les maquis du Vercors et qui ont participé à la libération de Romans-sur-Isère le 22 août 1944, puis du quartier de la Part-Dieu, à Lyon, le 3 septembre 1944.

En 1945, ce sont des centaines de milliers qui sont venus du sud et d’ailleurs pour libérer la France. Il ne faut jamais oublier que c’est la 3ème Division d’infanterie algérienne qui libère la Provence et entre dans Marseille, suivie des tabors marocains. Tous « en djellabah »… Des « sauvages en robe de chambre » comme les appellent les Nazis Allemands qui les redoutaient plus que toute autres chose.
Nos anciens se battaient surtout pour la liberté universelle. A l’exemple de Sahli-Mohand Chérif, militant du Parti du peuple algérien de Messali Hadj en 1937, qui éditait en métropole durant la guerre une feuille clandestine de résistance à l’occupant de la France, avant de reprendre son combat pour l’indépendance algérienne après 1945.
Il faut citer également le martyr du militant communiste algérien Mohamed Lakhdar, ouvrier métallurgiste, engagé dans les FTP en 1942, arrêté en 1943 par la police française et exécuté, mort pour que vive la France et la liberté de l’homme. Et Celui du résistant algérien Joseph Boukhobza assassiné ici même à la Place du Pont.

Ainsi, comme le confirme avec des faits l’ensemble des historiens, la victoire des alliées contre la barbarie nazie, a été le début d’une nouvelle ère de détente mondiale, des libérations anticolonialistes et une nouvelle dynamique républicaine pour la libération de toute l’humanité contre l’apartheid et contre tous les formes de colonialisme, de racisme, de domination et d’oppression.

C’est ce qui a été confirmé par les différentes vagues de décolonisations massives en Afrique et en Asie. Mais nous sommes conscients qu’il nous reste aujourd’hui encore du chemin à faire pour cette égalité républicaine et cette libération humaine.

Désormais, avec la société civile, nous voulons que la célébration de la victoire des alliés contre le nazisme, soit entière. Par devoir républicain, universaliste et humaniste, il est vital aujourd’hui de n’exclure personne, et de ne laisser aucun être humain à la marge.
C’est pourquoi il est important de réhabiliter la mémoire du 8 mai 1945 dans son ensemble : à Sétif comme à Lyon. Sans distinction de peau, de couleurs, de lieux, de nationalités ou de croyances….

C’est pourquoi, il est surtout urgent d’en finir avec cette schizophrénie ambiante, pour construire la citoyenneté, la concorde entre les deux rives de la méditerranée comme dans nos quartiers.

Nous avons besoin d’intensifier les liens entre tous les républicains, démocrates et progressistes pour faire avancer cette reconnaissance, sur la base de nos valeurs d’égalité, de fraternité, de solidarité et de liberté.

Comme nous l’apprend Stéphane Hessel :

« De ces principes et de ces valeurs, nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin... Nous n’avons pas besoins de cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l’égard des immigrés, pas cette société où l’on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis, toutes choses que nous aurions refusé de cautionner si nous avions été les véritables héritiers du Conseil National de la Résistance. »

Nous somme convaincu qu’on ne peut cacher cette lumière de reconnaissance et de vérité républicaine…. Cette lumière qui est vivante dans notre mémoire commune, est seul capable d’éclairer nos institutions, et épauler notre démarche pour libérer la jeunesse d’un passé lourd, d’un fardeau indigeste, celui des tentatives obscures de certaines manipulations antirépublicaines qui visent à diviser les citoyens, par la négation de l’autres dans son passé ou dans son présent.

Il ne faut jamais oublier que C’est par la négation de la mémoire que commencent toutes les autres formes de discriminations barbares.

Dr Sabiha AHMINE
Ancienne Adjointe au Maire de Lyon et Conseillère Régionale
Ancienne Présidente du CREL et du CHRD.


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