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Le 25 ème vendredi de la contestation populaire à Sétif : Les « baltagias » à l’affût.

samedi 10 août 2019, écrit par : Hamoud ZITOUNI

Comme attendu, le « hirak » de Sétif était au rendez vous en cet après midi du 9 aout 2014. Les manifestants étaient un peu moins nombreux que le précédent vendredi, à peine un millier de personnes, canicule assommante et lassitude ont certainement contribué à cette « désaffection » au hirak. Ceux qui ont fait le déplacement vers l’agora habituelle, lieu de ralliement, affichent, tout à leur honneur, une détermination tranquille à toute épreuve. En ce 25 ème rendez vous national du hirak, à 40 degrés à l’ombre, des jeunes et des moins jeunes personnes, des femmes « enhidjabées » ou non, des vieux en djellaba s’aidant de leur canne, des enfants enthousiasmés par cette foule bigarrée sont venus, pacifiquement, courageusement, réitérer l’expression de leur colère et leur indignation contre ceux qui à leurs yeux représentent les symboles d’un système qui a pillé et mis en faillite leur pays. Leurs revendications restent constantes depuis le 22 février passé : le départ, sans attente, de tous les symboles de ce système exécré et de sa clientèle oligarque prédatrice tapie dans les rouages des institutions. La perte de confiance apparaît irrémédiable et rien de sérieux, aux yeux des manifestants, ne peut être entrepris en présence de cette engeance tenant toujours les rênes des appareils de l’Etat. C’est le vrai sens donné à « Irouhou gaa » (Qu’ils partent tous) à quoi on ajouté depuis peu « wi yatehasbou gaa » (qu’ils rendent des comptes tous). Dans la même veine, il y a aussi « rnd, fln, houkouma, barlamen, dégage, dégage » ainsi que le slogan chanté et dansé sur l’air d’ahelil (wilaya d’Adrar) « Goulna tarhlo, Arahloooo » (Nous avons dis dégagez, alors dégagez). Mais le « dégagisme » même scandé sur le ton exaspéré et lapidaire ne semble pas s’apparenter à un quelconque nihilisme mais découle plutôt d’une exigence lucide et nécessaire à la tenue d’élection crédible, nette de toute fraude dont le système en est devenu expert depuis des décennies.
Suivant le fil de l’actualité, les mots des manifestants interpellent des institutions, mettent en garde les hommes forts du pouvoir, stigmatisent des appareils ou des corporations (partis de l’ex alliance, presse et medias publics). A ce titre, on y retrouve « makanche lintikhabat maa el issabat » (pas d’élection sous le régime de gangs), « Madania, madania, machi askaria » (Gouvernance civile, civile, pas militaire), « Ya essahafa ya echyatine » (presse brosseuse). Même le panel de la médiation et du dialogue n’y échappe pas. Seule la police locale est épargnée, certainement à cause de son comportement sans tâche depuis déjà plusieurs semaines. Elle vient de faire, ce vendredi même, acte d’exemplarité en éloignant un groupe de jeunes nervis (baltagias) venus crier, aux abords du siège de la wilaya, leur hostilité au hirak évitant ainsi une fâcheuse bagarre. Mais, le dernier slogan crié par la foule sonne plus comme un avertissement qu’une réelle menace : « Rahou djaye, rahou djaye el assiane el madani » (Elle va venir, elle va venir la désobéissance civile). Fait curieux, aucun des manifestants questionnés n’a pu donner une définition claire à cette formule qui fait peur même aux manifestants par ce qu’elle sonne comme une expression insurrectionnelle rappelant les périodes troubles des années 80 et 90. On en est pas encore là. Mais il faut s’en soucier au vu des signes annonciateurs d’une crise économique et sociale sans précédent menaçant le pays. L’autre slogan marquant ce vendredi c’est l’appel à la libération immédiate, à la veille de l’aïd, des détenus du hirak, notamment l’octogénaire combattant de l’ALN, Bourogaa. Des porteurs de drapeaux amazighs sont détenus depuis des mois en attente d’être jugés. Cet appel serait-il entendu ?


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