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Le 34e vendredi de la contestation populaire à Sétif : Chorta , hirak, khawa khawa

samedi 12 octobre 2019, écrit par : Hamoud ZITOUNI

Fach’hadou ! Fach’hadou ! (Témoignez ! Témoignez !) C’est la déclamation léguée par Mufdi ZAKARIA. Elle est entrée définitivement dans l’histoire algérienne. Témoigner de cet immense et tenace élan populaire semble plus qu’un devoir, un privilège, un moment d’imprégnation avec la force tranquille du peuple qui aspire au changement, pour l’équité sociale et le bien-être national.

En ce bel après-midi du vendredi 11 octobre, sous un soleil bienveillant, près de 5 000 citoyens et citoyennes de Sétif et de ses environs, se sont retrouvés au point de rencontre habituel, l’édifice de la wilaya.

Les hirakistes sont sortis cette fois-ci encore pour entendre leurs voix et renouveler leur rejet de l’élection présidentielle fixée aux 12 décembre prochain. Ils réitèrent avec la force des mots leur doute sur la sincérité de ce scrutin tant que le résidu de symboles du système discrédité préside encore aux destinées de la nation. Après la candidature déclarée d’au moins deux anciens pontes du régime de la prédation et du pillage sans vergogne des richesses du pays, ne voilà-t-il pas que la gouvernance constitutionnellement illégitime, sifflée et chahutée même dans les localités les plus reculées du pays profond, s’apprête à expédier à la hussarde un projet de révision de la loi sur les hydrocarbures, principale richesse de l’économie algérienne. Le motif avancé serait de rendre cette loi plus attractive pour l’investissement extérieur. Y-a-t-il urgence en la demeure pour réviser une loi capitale engageant (ou hypothéquant) durablement l’avenir à quelques semaines d’un rendez vous électoral capital pour une nation et qui est sensé être suivi de la désignation d’un autre gouvernement et de l’émergence d’un autre parlement ? Il me semble que si on voulait saborder cette échéance électorale, on ne s’en serait pas mieux pris.

Le peuple contestataire a donc marché pour le 34e vendredi de suite, pacifiquement, presque rituellement à travers les principales artères de la ville de Sétif. Les marcheurs ont emprunté l’historique avenue du 8 mai 1945 où est tombé le premier chahid des événements éponymes en passant par la bien symbolique Ain el Fouara deux fois outragée par des fous d’Allah pour rejoindre le boulevard du chahid Cheikh Laifa. En sortant de la trémie de Bab Biskra et à quelques mètres plus loin, il s’est produit un fait remarquable, presque inattendu pour les non habitués du hirak de Sétif. Les manifestants se sont brièvement arrêtés devant le siège du commissariat central pour saluer la police locale « chorta khawatna, chorta khawatna » (les policiers sont nos frères). Salutation bien méritée à ce corps local de sécurité qui a eu, d’une manière générale, un comportement professionnel exemplaire avec le hirak. Une situation qui tranche avec ce qui se passe à Alger et ailleurs. Les manifestants ont repris leur marche bruyante et bonne enfant par l’avenue de l’ALN qui les mène au point de départ : le siège de la wilaya.

Il est 15 heures 30. Le moment de la prière du « asser » étant proche, de nombreux hirakistes prennent le chemin des mosquées et le restant de la procession, reprend sa marche vers le nord. Au niveau de l’édifice de la daira, ancien « Kremlin » du parti unique, le cortège bifurque par le boulevard Casablanca vers le quartier des poissonniers (El houata) et redescend vers le quartier de la Gare (dit Langar). Brusquement, par des signes de la main signifiant stop, les voix se taisent : on est à proximité d’un domicile de famille endeuillée. Quelques marcheurs présentent au nom du hirak leurs condoléances aux proches du défunt. On lit collectivement la « fatiha » (sourate de l’ouverture du Coran) et le cortège reprend sa marche paisible par la rue Mansouri Khier pour accéder à l’avenue du 1er novembre au niveau de l’ex Ain Mzabi. Les manifestants rejoignent enfin leur point de départ. De là, ils vont faire entendre encore une fois, pendant quelques dizaines de minutes, leurs slogans avant de terminer « leur » vendredi par Kassaman , deux doigts levés en signe de victoire.

Hamoud ZITOUNI.


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