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Le 49e vendredi de la contestation populaire à Sétif : « Ghaz essakhri forez-le à Paris ! »

samedi 25 janvier 2020, écrit par : Hamoud ZITOUNI

Encore un vendredi de douceur printanière et de ciel bleu immaculé en ce 24 janvier 2020. Vers 14 heures, les alentours du siège de la wilaya grouillent de monde et les citoyens continuent d’affluer par petites grappes comme attirés par une espèce d’aimant ou tout simplement de désir d’agrégation, de partage et de communion.

L’essaim humain grossit a vue d’œil et devient coloré et bruyant. Dans cette foule bigarrée, les femmes paraissent plus nombreuses que lors du précédent vendredi. Elles sont approximativement une centaine. L’étendard national flotte en plusieurs exemplaires sur la foule rassemblée. Il couvre aussi les épaules des femmes et des hommes. La bannière berbère, est elle aussi brandie vigoureusement par une manifestante dont la poitrine est drapée du drapeau tricolore, comme pour exprimer son double attachement à sa nation et à sa culture multimillénaire.

Les manifestants ont déjà déployé leur riche catalogue de slogans et leur clameur se fait entendre de loin dans les quartiers de la ville. Mais le slogan du jour est sans nul doute celui qui désavoue le projet controversé d’exploitation du gaz du schiste dans le Sahara et qui suscite l’inquiétude et l’indignation. « Gaz essakhri rouhou ehhafrouh fi Paris » (Le gaz de schiste allez le forer à Paris) laissant entendre de probables ententes sur cette entreprise extractive qualifiée de dangereuse pour l’avenir du pays et la sauvegarde de sa ressource en eau. La réserve souterraine estimée à 50 000 milliards de m3 d’eau douce, probablement la plus grande réserve du genre au monde, serait menacée par l’usage de ce procédé que grand nombre de nations ont interdit sur leur propre territoire, notamment la France. D’où le slogan. Pour la petite histoire, la puissante société pétrolière de droit français, Total pour la nommer, s’apprête à réaliser en Egypte une méga-centrale de production d’énergie solaire. Par contre, la gouvernance algérienne des 2 dernières décennies a préféré, il y a près de 10 ans, enterrer le fameux projet DESERTEC, autrement plus grand, proposé par les Allemands. Nos voisins marocains, plus avisés et probablement moins grisés par la rente pétrolière qu’ils ne possèdent pas, jouissent depuis déjà 2016 des bienfaits de la centrale solaire Noor 1 (2000 MW) et entreprennent la réalisation d’une autre centrale encore plus performante (Noor 2).

Les hommes bleus sont remarquablement peu nombreux, sans casque, ni bouclier ni même matraque. Tant mieux. Cela prouve que le hirak, fondamentalement pacifique, ne constitue pas de menace pour l’ordre public. Détendus mais l’œil vigilant, ils règlent la circulation automobile sur le grand boulevard de la ville vite devenu encombré par les manifestants et les badauds. Mais cet encombrement ne durera que quelques dizaines de minutes et, à 14h30 tapante, la foule manifestante se met en rangs serrés pour marcher vers le nord de la ville. Durant le périple qui les mènera successivement sur le boulevard des entrepreneurs, les avenues de l’ALN, Ibn Sina, Cheikh Laifa, pour y retourner au bout de deux heures plus tard sur leur point de départ, les manifestants fustigeront par leurs divers slogans ceux qui sont en charge actuellement des destinées du pays. Ils réclameront tour à tour, « l’istiklal » (l’indépendance), « dawla madania, machi askaria » (Etat civil, non militaire), la libération des détenus du hirak, « goulna el issaba troh » (nous avons dit que le gang doit partir), etc...

Toutefois, quelques manifestants, s’apparentant probablement au courant islamiste, scanderont un slogan entaché d’anti sémitisme en comparant les décideurs à des juifs. Mais apparemment personne ne prête attention à ce grave dérapage verbal. Il semble très difficile pour certains de guérir de l’islamisme totalitaire et intolérant. Celui-ci semble toujours couver en niches, dans la société algérienne. Un autre fait d’intolérance et d’ostracisme s’est déroulé aux environs du stade Guessab quand un fourgon conduit par un jeune homme a forcé imprudemment son passage sur la foule des marcheurs du hirak. Des voix de manifestants se sont élevées pour le sommer de rouler doucement. Le furieux chauffeur leur répondra « Zouafa ! Zouafa ! » (Zouaves ! Zouaves !). Une bonne poignée de jeunes hirakistes ont tenté de l’extraire de son véhicule. Mais heureusement, la magie de la « Selmia ! Selmia ! » scandée par la foule a stoppé de justesse l’incident et le camion a repris sa route. Comme un signe d’espérance et d’optimisme, un poster de la jeune hirakiste Houda Oggad détenue dans la lointaine Tlemcen est brandi par un jeune hirakiste sétifien à peine sorti de l’adolescence.

Quelques minutes plus tard, le défilé des manifestants arrive allègrement et sans encombre aux abords du siège de la wilaya. Les quelques policiers qui y sont présents laissent approcher les marcheurs tout réglant la circulation automobile devenue dense en cette fin d’après midi. La foule se défait peu à peu et tout le monde rentre chez soi. Le hirak à Sétif, en ce 49 ème vendredi, a mobilisé près de 2500 manifestants.
H.ZITOUNI


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