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La Duchère, comme un petit air de Sétif

mardi 22 juillet 2008, écrit par : Benoit Pavan, Libération, mis en ligne par : Boutebna N.

l flottait comme un parfum des hauts plateaux d’Algérie, ce lundi à la Duchère. Comme un petit air de la région de Sétif, cité montagnarde de l’Est algérien, dont 75 % des algériens de l’agglomération lyonnaise sont originaires. À l’occasion d’un match de football organisé entre les locaux de l’A.S Duchère et les professionnels de l’Entente de Sétif, club adulé au Bled, une partie des supporters lyonnais de l’équipe algérienne ont laissé parler leur cœur. Et raconté leur lien à cette ville qui reste dans leur sang...

« Que du bonheur »

Depuis quelques minutes, les yeux de Nasser, 38 ans, n’en finissent plus de briller. Comme un gosse scotché devant ses stars du foot préférées, il n’en croit pas ses yeux. D’origine algérienne, il a passé la plupart des vacances d’été de son enfance à arpenter la terre d’origine de ses parents. Celle de Sétif, ville de 240 000 habitants perchée à 1.100 mètre d’altitude. Des étés entiers à taper dans le ballon, un maillot blanc et noir de l’Entente sur les épaules. « Aujourd’hui, c’est mon sang qui parle, celui de mes parents. C’est que du bonheur », avoue-t-il.

Les parents de Nasser sont arrivés à la Duchère au début des années soixante, « pour travailler ». À l’époque, le quartier est en pleine construction. Il doit accueillir les rapatriés de la guerre d’Algérie. Malgré les horreurs, Nasser l’assure, sa famille n’a jamais affiché de rancœur envers la France. Bien au contraire. « Mon père et mon grand-père ont toujours été fiers d’avoir combattu pour la France. Aujourd’hui, les enfants de la nouvelle génération se révoltent contre les crimes commis par l’armée française car ils ne les acceptent pas. Ils écoutent sans chercher à comprendre ce que décrivent les anciens ». Une cause aux problèmes actuels dans les banlieues, selon lui.

« Plaques 69 »

Quelques sièges plus loin, il y a Nabil, 35 ans. Né à Sétif, ce papa de trois enfants vit à Vaulx-en-Velin depuis sept ans. En 1998, ses parents ont quitté l’Algérie pour Lyon. Il les a rejoint quelques années plus tard et se souvient avec nostalgie de ses années « au Bled », et des exploits de « l’E.S.S ». Il projette de rester en France pour ses enfants. « La situation politique n’est pas encore assez stable en Algérie. Mais tout ce que j’ai vécu là-bas restera gravé ». Pendant le match, Nabile garde le sourire aux lèvres. Il a réussi poser sur une photo avec l’une des stars « son équipe ». Lakhdar, l’auteur du cliché, est également un habitué des vacances familiales sur les Hauts Plateaux de Sétif. Il explique que l’été, la ville se mue en petite sœur lyonnaise. « Il n’y a que des plaques immatriculées 69. Sétif, c’est un peu comme Villeurbanne en superficie, et Lyon pour le climat, mais sans l’agitation. Mis à part la fontaine d’Ain El Fouara et son équipe de foot, il n’y a rien ».

Sur la pelouse, les visiteurs de l’Entente Sétif l’ont emporté cinq buts à deux. Devant trois cent nostalgiques.


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