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Une nuit au service neurologie du CHU de Sétif

Désolation, insouciance et incurie au menu
mardi 12 juin 2007, écrit par : Abdelhalim Benyelles, La Tribune, mis en ligne par : Boutebna N.

La première quinzaine de juin est marquée à Sétif par une vaste opération de blanchissement de la ville. Les citoyens n’ont de cesse de suivre l’action d’envergure déclenchée à l’orée du mois par les agents de l’APC. Ainsi, toutes les bordures de la chaussée sont peintes en rouge et blanc, les supports des étendards ont fleuri comme par enchantement aux abords des boulevards et même la chaussée est peinte par endroits. Il s’agit d’une conjoncture particulière qui rappelle des signes précurseurs d’une visite officielle d’envergure, mais malgré le manque d’informations officielles, c’est la venue du chef de l’Etat à Sétif qui alimente depuis quelque temps déjà les rumeurs. Cependant, sur un autre registre lié au quotidien social, que dire de la qualité du service public offert au citoyen de la même ville. Pour les plus avertis, quelques opérations arithmétiques donneraient à voir l’ampleur des dépenses des collectivités locales uniquement pour les peintures. Et dire que l’hôpital légué de l’époque coloniale, à présent devenu CHU au service d’une population de plus de 1,5 million d’habitants, ne dispose pas encore de centre d’imagerie médicale opérationnelle. Pour ce cas, faute de moyens de la santé publique en direction du citoyen, celui-ci est irrémédiablement orienté à alimenter davantage l’investissement privé de la ville dans le domaine de l’imagerie médicale, un créneau appelé pourtant à accompagner les efforts cliniques prodigués par le « reste » des praticiens activant au sein du CHU et dont les contraintes ne sont pas loin d’être déplorables. Car, en fait, au niveau du service neurologie, en plus de la défection du scanner, la direction du pavillon n’est guère confiée au spécialiste. Un médecin-chef, désigné parmi les généralistes du service, est ainsi nommé afin de gérer le quotidien des malades, alors que les heures de garde ne sont assurées que par la seule infirmière qui veille à la « surveillance » des malades admis au service de statut « spécialisé », qui pour une hémiplégie, qui pour une paraplégie, qui pour une paralysie, qui pour une attaque cérébrale, pour ne citer que les maladies les plus répandues. N’avons-nous pas entendu, rien que pour les informations de la semaine écoulée, que le malade est ligoté la nuit afin de ne pas enfreindre la quiétude de la gardienne ? Mais un scoop vite confirmé. Si pour les mieux lotis, parmi les admis au service, ce sont les proches qui s’assignent la tâche paramédicale prodiguée à leurs malades, ceux, en provenance des régions les plus lointaines du vaste territoire de la wilaya et même des centres urbains limitrophes, sont astreints aux vicissitudes de l’attente.

Une attente livrée aux aléas de la souffrance et de la patience qui risquent de s’éterniser avec le manque de moyens humains et matériels spécialisés. La nuit est longue au service neurologie de Sétif. Au milieu, une infirmière veille au « sommeil » des impotents, ceux dont la quiétude est totale, car là, même le cri est silencieux. Notre présence n’est guère « souhaitable », car elle dépend du consentement hiérarchique de l’administration. Le week-end, c’est le directeur de garde qui assure la gestion des opérations, mais, encore une fois, la présence des journalistes n’est pas agréée, elle est même redoutée. Heureusement que l’information a été recueillie au préalable, à l’insu des regards.

Abdelhalim Benyelles, La Tribune


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