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Des fléaux sociaux encombrent les frontières de la ville de Sétif

L’autre visage de la misère
lundi 4 juillet 2005, écrit par : Nedj

A l’abri des regards, tout semble permis à Sétif. Cette prestigieuse cité de l’est du pays, à 302 km d’Alger, offre deux faces paradoxales : à l’intérieur, Aïn El Fouara, une appellation d’une fontaine à l’eau fraîche intarissable qu’on a choisie pour désigner également Sétif, présente un visage d’un endroit paisible où tout le monde, sans stress, vaque à ses affaires quotidiennes.

Ordinaires. Ailleurs, en dehors de la ville, une autre curiosité : des lieux de débauche à ciel ouvert. La périphérie de cette wilaya étale au grand jour l’image de l’Algérie des maux sociaux. El Mista, Mechacha ou forêt Djermane désignent tous un seul coin situé à 30 km de Sétif et à 2 km d’El Eulma. Ici, on s’adonne à l’alcool, la drogue et la prostitution. C’est en ces lieux que le commandement du groupement de la Gendarmerie nationale de la wilaya de Sétif nous a accompagnés jeudi 30 juin. Il était 16h passées quand les Land-Rover de la Gendarmerie nationale arrivent à la forêt Djermane. Un dépôt de vin informel. C’est l’alerte générale chez les « résidents de ces lieux », en l’occurrence les soûlards et les prostituées. Sauve qui peut ! Laissant derrière eux des bouteilles de bière et de vin, vendeurs et buveurs ont pris leurs jambes à leur cou en s’enfonçant dans les vastes champs en jachère. Assis sous un arbre, trois hommes - un vieux de 60 ans et deux jeunes dans la trentaine - ne sont pas inquiets. Tenant dans leurs mains des bouteilles de bière, ils sont inébranlables. « Où sont passés les autres ? Quel est le nom du vendeur ? », lancent les gendarmes à l’adresse de l’un des jeunes. « Ils ne sont pas avec nous. Je ne les connais pas, je vous jure », rétorque le jeune. Tessons et bouteilles vides couvrent totalement cette petite forêt. On dirait une usine de bouteilles de vin. A la couleur verte bien en vue !

Saïda, Hadda et les autres

A quoi rêve une jeune fille en âge de la puberté ? Se marier et fonder un foyer, tel est son souhait. Mais ce n’est pas le cas pour Saïda et ses trois amies. Arrêtées par la Gendarmerie nationale sur la RN5, juste à proximité de la forêt Djermane, d’où elles tentent de s’enfuir à la vue des véhicules vert et blanc. Les quatre filles vendent quotidiennement leurs corps ici. Elles sont parmi les dix-sept femmes, dont trois mineures, habituées de ces lieux. « Il y a même une mère et sa fille », déclare un gendarme. Parmi ces mineures induites en erreur, Saïda. Elle déclare avoir 22 ans, mais les traits de son visage la trahissent. Contrairement à ses collègues qui habitent la région, Saïda est originaire de Annaba. Tout en larmes, les trois filles essayent de se défendre : « Non, nous n’étions pas ici. Nous sommes des danseuses et nous revenions d’une fête. Le clandestin (chauffeur assurant le transport sans autorisation) nous a déposées sur la RN5. Non, non, non... ils ne nous ont pas arrêtées en ces lieux », déclarent-elles à l’unanimité à notre adresse. Mais leurs robes un peu crasseuses et leurs visages en sueur révèlent leur identité et leur « statut ». « Elles se prostituent ici depuis des années. Elles ont été emprisonnées à maintes reprises, mais elles reviennent racoler ici sitôt mises en liberté », précise le gendarme. Les jeunes femmes refusent d’être filmées par la caméra de la télévision. « Non, ne me filme pas. J’ai sept frères. S’ils apprennent cela, je suis morte », crie Hadda (26 ans). Cette « expédition » s’est soldée enfin par l’arrestation de sept personnes : les quatre femmes, le vendeur de vin et deux autres jeunes. Quittant la ville d’El Eulma, nous nous dirigeâmes vers Aïn Arnat, à 2 km de la ville de Sétif. L’ONAMA (ou El Baze) est une petite forêt à proximité d’une décharge publique, en face de la nouvelle université de Sétif. Notre virée en ces lieux est complètement ratée. A quinze minutes de notre arrivée sur les lieux, les habitués ont déjà pris la fuite.

El Baze ou l’ONAMA : le prof, le vieux boucher et les dekkis

Ils étaient à bord d’une quinzaine de véhicules, selon les témoignages des deux infortunés surpris par les gendarmes : « Un prof de mathématiques et le vieux boucher. » « Il y avait beaucoup de personnes ici avant votre arrivée. Elles savaient que vous étiez en route et elles ont quitté les lieux dans la précipitation », affirme ce « professeur ». Le pseudo boucher atteste les dires de ce dernier : « Moi je suis de passage par ici pour me rendre à la ville de Aïn Arnat. J’ai rencontré sur mon passage un quinzaine de voitures. » En effet, sur place, on découvre aussi des milliers de bouteilles de vin, des assiettes contenant des sardines, pommes de terre et tomates. Il y a même des bières encore fraîches et des vêtements d’une femme d’une corpulence chétive accrochés à un tronc d’arbre. Les gens ici ont peut-être des « guetteurs ». Sinon comment se sont-ils éclipsés aussi rapidement ? « Et vous qu’est-ce que vous faites ici ? », demande le gendarme au professeur de mathématiques. « Je vous jure que je n’ai jamais fréquenté ces lieux. C’est mon ami qui m’a eu. On voulait prendre des bières, mais pas ici », rétorque-t-il. Ce malheureux a été abandonné ensuite par son ami, en prenant la fuite avec les autres. Quant au vieux boucher de Aïn Arnat, surpris à bord de sa « bagnole-carcasse », il n’est autre qu’un clandestin assurant le transport des nombreuses prostituées vers ce « cabaret » à ciel ouvert. En ces lieux, il y a quatre carcasses de fourgonnettes et voitures aménagées en dekkis. Ici, les prostituées pratiquent leur métier sans préservatif, paraît-il. Djermane et ONAMA ne sont en fait que des échantillons des nombreux lieux de débauche dans la wilaya de Sétif. Il en existe d’autres plus insalubres, selon un citoyen rencontré sur place.

Madjid Makedhi, Source : El Watan


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