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Diar Enakhla, « Un pan de l’histoire de Sétif qui s’en va… »

Lettre ouverte à Monsieur Le Wali de Sétif
mardi 10 février 2009, écrit par : Assia SAMAI BOUADJADJA, Sétif Info, mis en ligne par : Boutebna N.

onsieur le Wali, animée par un sentiment de citoyenneté tellement fort, partisane de l’intérêt certain de la gestion démocratique de la ville et de ce qu’on a convenu d’appeler, l’urbanisme de concertation, convaincue de votre position favorable aux échanges entre la Ville et l’Université, je me permets au travers de ces quelques lignes d’expliciter les points de suspension ( titre) qui en fait, invitent à la méditation.

Diar Enakhla, un témoin majeur de l’architecture moderne à Sétif. Une cité de 200 logements, qui s’inscrit dans le contexte de production du logement social de la fin des années cinquante en Algérie. contemporaine des réformes menées par Chevalier à Alger et des opérations qui en découlent : celles de Pouillon à Diar Essaâda, Diar el mahçoul et Climat de France, celle de Lathuillière et Di Martino dans Haouch Oulid Adda, à Ouchaya, celle de Regeste et Bellissent dans la cité « Les Dunes » ou alors celle de Maury même, à Djenane Ben Omar . « Diar Enakhla », traduction presque intégrale de « La cité du palmier » qu’on doit aux architectes Maury et Pons, opération qui fût orchestrée par l’architecte municipal Jdanoff2 est une case du puzzle du patrimoine moderne sétifien « qui appartient aussi bien au patrimoine algérien comme à l’histoire de l’architecture tout court »3.

Your browser may not support display of this image.Your browser may not support display of this image.Déployée sur un ensemble de 7 parcelles remembrées4, cette cité présente une qualité architecturale et urbaine indéniable, qui réside dans son rapport au site et dans la richesse et la hiérarchie des ces espaces extérieurs qui semblent être des espaces fédérateurs du projet, tel que préconisé actuellement par l’approche durabiliste.

Composée de six barres desservies par des coursives et reliées par des passerelles expérimentant les principes corbuséens, Diar Enakhla oppose de longues barres orientées Est –Ouest, répondant au souci hygiéniste, à d’autres plus petites orientées Nord-Sud permettant d’englober les espaces ouverts sur le ciel sans pour autant les fermer. L’escalier loin d’être « une cage », offre plus on progresse en hauteur, des vues panoramiques de plus en pus saisissantes.

Diar –Enakhla mis à part son caractère normatif, est une véritable leçon d’architecture pour paraphraser André Ravéreau.

Réalisée par la société des anciens combattants5, « la cité des palmiers » « cité jardin » verticale, promouvant l’esprit de rationalité, se traduisant par la rentabilité du sol remontant à existence minimum des utopies du début du XXème siècle, laissera mourir de solitude sa sœur aînée « L’combata », celle-ci pensée dans un esprit paysager satisfaisant l’ individualisme à travers l’espace familial bien enveloppé par rapport à la rue et au « close », espace de collectivité et de convivialité par excellence.

Penser que Diar Enakhla doit subir le sors des banlieues tristes et désertées que l’Europe a décidé de démolir serait une grave erreur. De par sa situation urbaine, son rapport extraordinaire au site mettant en valeur le paysage, Diar ennakhla est une cité qui regorge de vie même si aujourd’hui elle menace réellement et sérieusement celles de ses habitants.

Your browser may not support display of this image.Your browser may not support display of this image.Comparer le pris de démolition à celui de la rénovation est une aberration, car par la démolition « Diar Enakhla » ne seront plus, et un chaînon de l’histoire urbaine et architecturale de Sétif aura disparu.

La valeur patrimoniale de « Diar Enakhla », ses qualités urbaines, l’étroitesse de ses appartements6, ne la qualifierait –elle pas à changer tout simplement de fonction. Sétif ne serait –elle pas riche d’une cité universitaire en plein centre ville. Un espace qui serait la consécration de la mixité sociale, cheval de bataille du développement durable auquel l’Algérie a adhéré. Diar-Enakhla pourrait en effet être le prétexte de l’expérimentation du rapport Ville-Université, une problématique qui a fait couler tellement d’encre et qui a fait rêver tellement d’architectes et d’urbanistes.

Monsieur Le Wali, beaucoup de traces de la ville de Sétif ont été effacées. L’Homme qui a occupé cette contrée byzantin soit –il, vandale ou hilalien, colonisateur ou algérien en connivence avec la nature7 a fait disparaitre les traces de ses prédécesseurs soit par mépris, soit par méconnaissance.

Interrogeons nous aujourd’hui sur ce qu’aurait pu être Sétif, si on n’avait pas décidé d’ériger le théâtre au dessus des thermes romains, le siège de la wilaya sur les ruines du cimetière oriental, si on n’avait pas décidé de déporter « El Maabouda » au cimetière chrétien, si on n’avait étouffé le tombeau de Sipion, si on n’avait pas effacé totalement les traces du quartier militaire à l’emplacement actuel du parc et si aujourd’hui on devait prendre plus de temps pour réfléchir au sors de la cité de « Diar-Enakhla »…

Comptant sur votre compréhension et votre esprit de collaboration, je vous prie Monsieur Le Wali de croire en l’expression de ma parfaite considération et mon profond respect.

Assia SAMAI BOUADJADJA

Architecte, Enseignante,

Département d’architecture,

Faculté des Sciences de l’ingénieur,

Université Ferhat ABBAS de Sétif


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