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Camus, la caravane et nous

jeudi 25 mars 2010, écrit par : Abderrahamane Zakad / Sétif.Info, mis en ligne par : Boutebna N.

Concernant la caravane projetée dans les villes algériennes, nous avons le droit de nous interroger sur son objectif et sur les raisons de son initiation. Nous ne doutons pas des nobles intentions des initiateurs dont, certainement, leur objectif est celui d’animer la vie culturelle et de consolider, au moyen de la culture, les relations entre les deux rives. Tout événement culturel est bien entendu le bien venu pour nous enrichir et animer notre paysage culturel, encore faut-il qu’il soit bien cadré et explicité. A tort ou à raison, le choix d’un écrivain controversé pose problème. Or, qui s’intéresse à Camus sans cet effet de mode récent ? Combien sont-ils ceux qui connaissent ses œuvres, hormis les éléves des département des lettres de nos universités.

Depuis quatre ou cinq ans nous assistons, ici en Algérie, à une ferveur camusienne exacerbée. Subitement ses livres sont sur les étalages, ses discours, ses reportages sont édités à profusion. Le moindre texte est sorti des archives, dépoussiéré et affiché dans les librairies.

Faire ressortir « Misère de Kabylie » qui n’est qu’un reportage de journaliste sur les conditions socio-économiques d’une population, avec certes un jugement humain, ne permet pas de classer ce texte comme dénonciateur de la colonisation. La question algérienne était celle de la dépossession historique et identitaire, de la spoliation et de la mise à l’écart d’un peuple comme l’ont écrit Mustapha Lacheraf, Abdelali Merdaci et Djillali Sari

Depuis quelques temps, des cinéastes français, espagnols, italiens débarquent et « draguent » des algériens de services, contactent les boites d’audiovisuel afin de récupérer les films ou tout document ancien, utiles à leur projet. J’ai été personnellement approché par des intermédiaires algériens de sociétés d’audiovisuelles étrangères dont une espagnole qui s’intéressait à la mère de Camus d’origine ibérique. Que se passe-t-il ? N’y a-t-il pas là une opération concertée ? Dans quel but ? Et si Camus était vivant aurait-il accepté d’être envahi et exagérément médiatisé ?

Elève à l’Ecole d’Application du Train, j’ai connu Albert Camus vers la fin des années 50 alors qu’il présentait sa pièce « Les Possédés » en Touraine. Au cours du dîner auquel il m’avait convié nous avions parlé de mes études, de l’Algérie et de football. Mekhloufi, la star de St Etienne, venait alors de rejoindre le FLN. Camus, je m’en souviens, m’avait encouragé à bien travailler et d’être parmi les premiers. J’avais 20 ans. Je retiens de lui cette voix d’acier, une timidité devinée et un sentiment d’amitié réciproque que la table favorise. Aujourd’hui, c’est avec madame C. Yamina, une amie de Madame Camus que nous nous remémorons ces années de guerre qui avaient déchiré mon pays. Après 130 de colonisation et une guerre sanglante, les français d’Algérie devaient choisir entre rester ou partir en France. La plupart ont choisi de partir, nombreux sont restés. Ils sont devenus nos amis et nos compatriotes. Le terrible accident de janvier 1960 aurait-il dispensé Camus de ce choix ? Simple hypothèse.

Abderrahamane Zakad – Urbaniste-Ecrivain.

*Dans son dernier livre « Une femme dans les affaires », Abderrahmane ZAkad consacre deux chapitres sur cette rencontre avec Albert Camus.


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