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Et pourquoi pas Bouteflika ?

vendredi 20 février 2009, écrit par : El-Yazid Dib, le Quotidien d’Oran, mis en ligne par : Boutebna N.

uel profil de président, les Algériens conçoivent-ils ? Trop gentil, très méchant, dictateur ou libéral ? Chacun y va du dos de sa cuillère. Questionnement.

Le pays ne s’est point empêché de dérouler le tapis rouge à tous les présidents qui se sont succédé alternativement au sommet de sa république. Il leur a servi d’affiche publicitaire. Il leur a permis de sceller leur effigie sur les cloisons de son histoire. Ils étaient faits pour les uns ; à commander et simplement à occuper le poste pour les autres. Le président est vu comme l’incarnation sacrée d’une unité nationale et exprime à travers la manifestation des urnes une consécration démocratique. Le jeu de la majorité, en régime de démocratie peut ne pas paraître utile et légitime lorsqu’il frise et opte pour l’unanimité. En dehors des dispositions constitutionnelles, l’on conçoit le poste de président de la République comme une carte nationale d’identité collective. Il est représentatif de tous les segments de la société. Qu’il soit généreux, « général », corpulent ou petit, abordable ou fâcheux, il est notoirement le père de tous. C’est à ce titre qu’il devait d’extraire de ses tripes les scories de la revanche sur l’histoire ou sur les individus, de bannir les clichés subjectifs perso-visionnaires et surtout d’afficher grandement son attachement amoureux et actif sans discrimination de caractère, de région ou de tempérament. L’histoire récente, et à ce jour, n’a pas encore nettement tranché sur les noms à porter sur le registre d’appel des présidents qui ont à régner, gérer ou gouverner ce pays. Néanmoins, la séparation chronologique et historique se fait d’entre les deux périodes. Le GPRA et l’après-indépendance. Ferhat Abbas et Benkhedda ont été deux chefs de l’exécutif virtuel d’un Etat encore virtuel. La nation toute entière se mobilisait alors derrière l’institution « présidentielle » sous un seul mot d’ordre « l’indépendance ». Ni « assimilation » ni « égyptisation » ni « despotisme agraire » ni « économie de bazar » ni « mafia politico-financière ou rassemblement patriotique » ni « loi de la rahma » ni « concorde nationale » sur fond de second mandat, ou autre sur fond d’un autre, ne purent faire valablement et en toute légitimation asseoir un personnage sur le trône de la République. Il n’y avait pas en ces temps « le clan présidentiel » avec son lot de « redresseurs ». Il y avait cependant le dilemme de « la primauté de l’intérieur sur l’extérieur » du « militaire sur le politique ». Nos généraux étaient pour certains d’entre eux des maquisards invétérés, nos « politiciens » des moudjahidine convaincus. Il n’y avait pas tout encore l’épreuve organique actuelle de la zizanie mythique généraux/président, mais le négatif original semble avoir résister au temps et aux hommes et s’est perpétué par voie de « fridha » testamentaire, jusqu’à pouvoir aisément s’installer en diapositive dans tous les zoom des « appareils » du pouvoir et du système actuels. Ils ont pensé comme ça, nous agissons comme cela. Rien n’a changé. Quelques hommes, peu de procédés, une loi, un faux régime mais la combine est toujours la même. L’on préfère le réflexe à la réflexion. L’allégeance à la conviction.. Le doute à la certitude.

Devenir président en Algérie n’est forcément pas une épreuve didactique. Elle n’est en fait qu’un aboutissement de conciliabules. En réalité d’un fort consensus. La décision de rendre un homme président se passe bien avant le passage des voix vers l’urne. Le bon moment se situe dans la décision de l’aval de candidature. Le formulaire de candidature tient lieu de pré-serment présidentiel dans tous les cas des présidents pressentis à la magistrature suprême. Le système algérien de fabrication des hommes présidentiables est tellement enveloppé d’opacité, que l’effet inverse provoqué par la présomption de fraude, ou le parti pris des « décideurs », devienne une rumeur persistante qu’un tel sera assurément président. Et ainsi vont les présidents en Algérie.

Sous la dynastie du parti unique, le candidat était unique. Donc d’avance élu président. Contrairement à Chadli, que la postérité retiendra vaille que vaille comme le géniteur de la démocratie ; Boumediene arrivait quand bien même son coup d’Etat ayant renversé Ben Bella, à récolter l’estime populaire. Elu à l’aide d’un suffrage direct de oui ou de non, il pourrait fièrement s’en passer du bourrage des urnes qui aurait été pratiqué par les fanatiques du parti unique. Boumediene aimait le peuple. Le peuple le lui rendit lors de ses grandioses obsèques. Voilà, un président, un homme, un Algérien qui a su se faire adorer. Il restera inégalable que ce soit dans la forme de sa « dictature » ou dans le fond de son réel charisme. Le bain de foule n’est pas une preuve d’amour. Il est l’oeuvre de l’agissement à l’ombre des hommes du récipiendaire. Certes, le culte de la personnalité en cette ère constituait une combinaison socio-politique efficace de mobilisation. L’opposition d’alors n’était que précoce. D’autres hommes braves et courageux ont souffert du boumedienisme. Intrinsèquement, le président Ben Bella en tête. L’emprisonnement se juxtaposait à la liquidation physique. Les geôles et les barres d’accusation de l’époque sont toujours de mise, y a que les geôliers et les procureurs qui ont changé. De profil et de camp. On réprimait pour la contre-révolution, on le fait pour la simple et petite révolte.

Comme toujours, ce sont les courtisans et les courbeurs d’échine qui font des âmes bienveillantes des personnes détestables et horrifiantes. Bouteflika en compatit. Ils ont tous fait (les présidents) les frais de leur environnement mesquin flagorneur et affabulateur. Chadli souffrait du noyau familial qui l’entourait et de certains pontes de son cabinet qui savent, survie d’intérêts en prime, se recycler et se réadaptent à tous les rationnements jusqu’à nos jours. On lui prêtait la délégation de pouvoirs exagérée au profit de gens florissant ses alentours immédiats. Boudiaf devait rester intact comme une figurine de haute qualité dans le mémorial de la révolution.. « ils » l’ont tué. Et avec un espoir tout aussi fragile de pouvoir songer à une nation unie, sans fracas ni tracasserie. Au lieu de rêver, on a crevé. Malgré l’éphémèrité de ses jours, le souvenir national gardera de lui une image utile, de bon-père et de président-martyr tombé au champ d’honneur en plein exercice de ses fonctions. L’Algérien est tout sauf d’être amnésique.

Que peut-on dire de Ali Kafi ? Fait-il ou non partie du lot ? Effacé depuis l’effacement du HCE, il ne semble pas brûlant pour le débat ni la manoeuvre politiques. Il ne s’est point impliqué dans la dynamique gouvernante. Faudrait-il pour cela, le considérer comme un furtif trait de crayon à mine inscrit frugalement sur les annales de l’histoire de nos présidents ? Le dira-t-il un jour, sinon les historiens le diront. L’on peut donc affirmer qu’il ne fut qu’une parenthèse intérimaire.

Quant à Zéroual, ce beau général, familier des arcanes du pouvoir réel ; les affaires publiques ne lui étaient pas méconnues. Ennemi juré du terrorisme, il était astreint à compatir sur le sort des islamistes. On le poussait avec sa « rahma » à concilier la victime et le bourreau. Taraudé, il jeta l’éponge avant la fin légale de la mandature. Cela fut apprécié différemment. Un abandon de poste, une reculade ou un engagement à asseoir davantage l’esprit de l’alternative au pouvoir et une antipathie envers l’accaparement du pouvoir. Les avis se départagent. En fait, l’homme à chaque événement majeur tente de se positionner. C’est une marque d’intéressement à l’actualité nationale. Mais est-ce aussi quelque part, une quelconque frustration embellie d’un brin nostalgique d’une réapparition aux affaires suprêmes de l’Etat ? Il est encore jeune notre général ! Mais aux prochaines joutes d’avril 2009, se sentant, diront les uns, dans la peau d’un grand lièvre sérieux, il préféra casser l’omerta et dire, adieu une autre fois à sa carrière politique.

Sans bienveillance, brusquement, il est à affirmer enfin que Bouteflika n’est pas comme les autres ; un ordinaire président de la République. Ils disent qu’il ne peut être une somme de propriété intellectuelle et utilitaire, de magnanimité et d’une entièreté dans le relèvement du pays. Il mériterait plus que le pamphlet de Benchicou ou la caricature de Nezzar. Il provoque l’ire et défie la patience. Personnage d’inspiration terrible, il peut toutefois inspirer angéliquement ses fervents à écrire, vanter et glorifier ses mérites et ses oeuvres. Car comme tout un chacun ; il en a des scores à brandir et des médailles à scintiller.

Ces lignes rêvent de se consacrer un jour à un président qui puisse englober communément dans un corps et un esprit, à la fois, la sainteté de Ferhat Abbas sans son assimilation, la noblesse de Ben Bella sans son air insouciant, l’attention de Boumediene sans son arrogance, la carrure de Chadli sans sa niaiserie, la plénitude de Boudiaf sans sa naïveté, la sagesse de Zeroual sans son obstination, et enfin, la puissance virtuelle et la forte résistance de Bouteflika sans sa production ni de peur ni de frayeur. Il ne doit produire que l’espoir à outrance. L’Algérie à des droits sur tous.


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