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PARIS (2)

mardi 2 août 2011, par La rédaction

Plus tard, je pus louer un studio dans un état peu glorieux. Grâce à l’un de mes camarades d’université. Ce fut là véritablement le début de ma carrière d’exilé. Un immeuble voué au dépérissement. Escaliers fort étroits sur quatre étages. J’habitais au quatrième. Toilettes sur paliers pour quelques seize familles. Vue sur les toits d’autres immeubles qui allaient au fur et à mesure s’emplir de paraboles, compagnons qui allégeaient quelque peu la solitude et la froideur de l’exil. Le studio ? Entée donnant sur une chambre où furent placés un lit et une armoire. Un lavabo dans un mètre de cuisine. Avec un petit débarras dont l’état ne prédisposait à aucune utilisation. La salle de bains ? Un luxe alors. Merci les douches municipales ! Je m’y suis rendu longtemps en fin de semaine. Le reste ? Une mince porte presque friable. Des fenêtres aux vitres si minces que le froid en hiver établissait ses quartiers. J’ai même dû changer certaines vitres.
Mes voisins étaient issus de plusieurs endroits de la mappemonde. Afrique noire, Maghreb, Asie et Amérique latine. Quelques rares Européens. De l’Est. Sans doute quelques rescapés de goulag ayant cru comme nous à l’Eldorado. Et un gardien d’immeubles du Portugal. Me voilà donc à pied d’œuvre dans cet immeuble bigarré aux couleurs internationales. Un vaisseau qui a largué ses amarres dans un quartier littéralement squatté par tous les damés de la Terre. A la périphérie de Paris. Nous nous sommes tous involontairement donné rendez-vous dans ce coin comme rançon à notre indigence. Quelle outrecuidance d’oser se mesurer à l’ex-métropole ! Coincé ainsi dans un quatre étages aux continents variés, j’allais observer toute la misère du monde. L’évasion de l’indigence de nos pays nous plaçait dans une autre indigence. A proximité pourtant, il y avait un océan d’abondance. La société de consommation à portée de vue, non à portée de mains.

Alger, en été. J’ouvre Le Monde diplomatique. Je tombe sur une annonce de l’Université de Paris XII, dans le Val de Marne. Offre d’inscription en diplôme d’études approfondies en droit public. Je fis acte de candidature et reçus une réponse en forme d’invitation à un oral. Mon passeport étant prêt, je demandai une autorisation de sortie et partis. Mon examen terminé et le résultat étant positif, je revins à Alger pour régler quelques questions demeurées en suspens et repartis en me considérant en villégiature au cas où je ne pourrais poursuivre mon troisième cycle. Je pus m’inscrire et restai quelques jours à l’hôtel Saint Séverin, en plein quartier latin. Quelques jours plus tard, j’emménageais dans le Val de Marne pour quelques semaines. Ce qui me facilita mes allers-retours vers la Faculté de droit.
Il est vrai que l’accueil ne fut pas des plus chaleureux. J’eus l’occasion de le tester. Un jour, je demandai à l’un de mes camarades d’études son cours pour en faire une copie. « Je ne prête pas mon cours à n’importe qui », telle fut sa réponse. Cinglante et sans appel. Une lézarde dans ma conscience alors naïve. Qu’importe, je pus vérifier que d’autres camarades étaient autrement moins acrimonieux à notre encontre car nous étions plusieurs, Maghrébins et Africains. Quoique l’un de nos enseignants, brillant par ailleurs, n’hésita pas un jour à nous dire : « Beaucoup d’étudiants étrangers viennent en France pour faire du tourisme ». No comment ! Pourtant, plusieurs d’entre nous réussirent à leurs examens. Fort de quelques autres expériences du même acabit, je préférai m’inscrire en thèse dans une autre Université plus clémente.

(à suivre)


Amar Koroghli