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PARIS (30)

lundi 3 octobre 2011, , article écrit par Ammar Koroghli et publié par La rédaction


C’est du pur mépris ! De l’arrogance qui respire l’appel à l’instinct de rejet de l’étranger. Ces jeunes sont des citoyens de ce pays ; ils y sont nés, y ont étudié, y payent leurs impôts et règlent leurs cotisations ; ils sont citoyens de ce pays depuis maintenant plusieurs générations. Leurs parents en exil ont dépensé leurs plus belles années pour défendre et aider à construire la France d’aujourd’hui ; ils se trouvent dépouillés du plus élémentaire droit de vote aux municipales tant promis par une gauche qui s’est reniée depuis, laissant le soin à une certaine droite reprendre démagogiquement cette question ; certains pays européens moins illustres que la France l’ont pourtant réglée depuis des lustres ; pour certains, depuis les années soixante-dix, à un moment où les ressortissants de certains pays européens n’ont même plus besoin d’avoir un titre de séjour pour leur installation en France, il reste que les étrangers africains, arabo-berbères, turco-kurdes, sino-vietnamiens vivent dans des banlieues - ou, dans les quartiers périphériques de Paris - subissant souvent de plein fouet le chômage, l’habitat précaire et les échecs scolaires…
On contraint cette « racaille » à revoir sérieusement la vision idyllique qu’elle se faisait jusqu’alors de la démocratie française, poussant ces gens vers un désespoir sans fin ; après de bons et loyaux services dans les colonies comme en Métropole, on a pu dire à leur endroit que « la France ne peut accueillir toute la misère du monde » - alors qu’elle y a contribué - et d’« invasion »... Chacun y va de ses bons mots à défaut d’apporter des remèdes sérieux et efficaces aux maux qui rongent les banlieues et les cités. Il est vrai que depuis longtemps déjà, les banlieues et l’immigration sont devenues des thèmes récurrents dans le débat politique qui agite le microcosme de la classe politique française, droite et gauche confondues. Nous sommes en effet devenus une équation à multiples inconnues... Créer un ministère chargé de la promotion de l’égalité des chances (simple alibi ?) et y mettre un citoyen français –quoique d’origine étrangère, un simple douanier américain n’ayant pas manqué de le lui rappeler à l’occasion d’un voyage aux USA- est une chose, autre chose est de permettre à celui-ci d’avoir les moyens humains, financiers et techniques pour mettre en place une véritable politique à l’égard des citoyens de banlieues, de leur permettre d’exister, de s’exprimer sur leurs conditions et de se sortir de leur galère : logement, emploi, scolarité...
Les citoyens de banlieues ne veulent plus être considérés comme des boucs émissaires… Et d’aucuns se doivent d’éviter tout climat de tension exacerbée en jetant de l’huile sur le feu pour que cesse cette escalade insensée et privilégier le dialogue par une communication appropriée en usant de vocables à tout le moins courtois ; les citoyens de banlieues constituent un bon pactole de voix qu’il faudra constamment courtiser et venir chercher à chaque moment opportun. Et ce n’est certainement pas par le gourdin et les vocables de mauvais goût qu’on y parviendra... Les événements ne manquent pas pour montrer que la question de l’immigration reste hélas toujours d’actualité… La « xénophobie d’Etat » a, selon certains, tué plusieurs personnes « sans papiers », ainsi une Chinoise et un Malien qui ont, à leur corps défendant, tenté d’éviter un contrôle d’identité. Ils sont devenus les victimes des lois contraignantes et de plus en plus répressives. Il ne s’agit pas là de simples faits divers. Il y a eu mort d’homme et de femme ; et rien qu’à Paris, il suffit de rappeler la situation des « retenus » dans les centres de rétention -au dépôt du palais de justice-, pour constater, a contrario, l’insécurité vécue par les étrangers.
(à suivre)


Ammar Koroghli

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