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8-Mai-1945 (II) : de la mythologie de 1789 à la criminalité coloniale

Par Zahia El Mokrani-Gonon
lundi 7 mai 2007, écrit par : Sétif Info, mis en ligne par : Boutebna N.

‘’Constitue un génocide le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l’encontre de ce groupe, l’un des actes suivants :

— - atteinte volontaire à la vie ;

— - atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique ;

— - soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe...’’

Article 211-1 du Code pénal.

La sainte alliance de Gaulle, Achiari, Papon

Depuis le 3 juin 1944, le général de brigade de Gaulle est président du Gouvernement provisoire de la République française (GRPF), proclamé à Alger, le même jour. Il est resté en fonction jusqu’au 26 janvier 1946.

Certains historiens, de droite comme de gauche, pour expliquer l’absence de la France à la réunion secrète de ‘’La Charte de l’Atlantique’’ (août 1941) affirment, par lacune ou mauvaise foi patriotique, que de Gaulle aurait refusé de s’y rendre. Nous nous offrons le plaisir de leur raturer la copie d’un large coup de feutre rouge avec documents comparés à l’appui : ceux du SHAT et de l’ONU.

La France n’était pas invitée et ne pouvait y être pour la bonne et simple raison qu’elle avait vocation à être occupée comme pays vaincu ayant collaboré, au même titre que l’Allemagne, l’Italie et le Japon.

Elle n’était pas non plus conviée le 1er janvier 1942 à Washington. En octobre, les représentants de la Chine, de l’Union Soviétique, du Royaume Uni et des USA signèrent un accord sous le nom de ‘’Déclaration de Moscou’’. Eté, automne 1944 ‘’Conférence de Dumbarton Oaks’’, suivie en février 1945 de la réunion de Yalta, entre les Chefs des trois principales puissances.

‘’La Charte des Nations Unies’’ fut adoptée à la Conférence de San Francisco où étaient représentés 50 pays, du 25 avril au 26 juin 1945, autrement dit pendant que s’exécutait le génocide du peuple Algérien, tel que qualifié par l’article 6 du statut du tribunal militaire international de Nuremberg, annexé a l’Accord de Londres du 8 août 1945. Une fois de plus, des historiens français, s’auto-proclamant amis de l’Algérie, tentent la manœuvre de fournir à de Gaulle un alibi pour le dédouaner de son aval. Ils affirment que seules les milices de colons opéraient, parce qu’il était occupé sur la scène internationale et, prière de croire que l’armée française regardait, impuissante : oui, les milices opéraient avec les armes et la participation des soldats et de la gendarmerie sous commandement du président du GPRF.

Alors que, les documents du SHAT faisant foi, c’est grâce au sang des Nord Africains., que la France a échappé à l’infamie de l’occupation par les armées US/UK/URSS, comme ses voisines l’Allemagne et l’Italie.

Décembre 1943, la 2e division d’infanterie marocaine entre enligne en Italie, sur le front des Abruzzes et ouvre par la montagne la route de Rome. Le 8e régiment des tirailleurs marocains, appuyé par le IIIe groupe du 63e régiment d’artillerie d’Afrique, s’illustre devant Monte Cassino en liaison avec la 3e division d’infanterie algérienne. Au printemps 1944, le dispositif allemand est forcé. Les pertes subies sont presque égales aux effectifs de départ comme l’attestent les cimetières musulmans s’étendant à perte de vue dans les Abruzzes.

De Gaulle peut alors se pousser du col, sur un siège de membre permanent au Conseil dit de sécurité de l’ONU, après un feu vert sans équivoque donné au zélé gouverneur général Chataigneau, adepte des exécutions extra judiciaires, pour noyer dans son sang le peuple libérateur de la France, qui revendiquait la libération de sa patrie : ‘’Les intérêts de la France’’ ont bénéficié d’un sursis de... dix ans.

La loi du 9 mars 1946, pour amnistier des... innocents (JO. Débats 16 fév. et ss...).

Elle est votée par l’Assemblée Nationale Constituante, après trois semaines de débats. Le projet ayant été ajourné maintes fois et coïncidence fortuite ou pas, de Gaulle venait de démissionner (26 janvier). Le ministre de l’intérieur, André le Troquer, va être assisté entre autres par Papon, alors sous-directeur. En ouverture, le ministre fait la police à la tribune en interdisant à des députés ‘’indigènes’’ de dénoncer la politique raciste ou de traiter Achiari d’assassin. Un député ‘’Européen’’ revient à la charge pour rappeler ses sévices, sur des jeunes filles, dans la police d’Alger, sous Vichy. Papon, célèbre ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde, devait apprécier et peut-être anticiper. Après une carrière de préfet de Constantine, il sera couvert à la tribune du Palais Bourbon, par le ministre de l’intérieur Frey du gouvernement Debré, sous la présidence de Gaulle, le lendemain du 17 octobre 1961(JO. Déb. Ass. n. 18 oct. 1961).

Cette loi d’amnistie est l’occasion d’une célébration unanime de l’attachement à la ‘’mère-patrie’’ qui certes a réprimé un peu fort, mais va faire preuve de magnanimité. On croirait lire une gazette du courrier du cœur : le thème de l’affection aux populations indigènes, et vice-versa, a été décliné sous tous les registres dans le cadre de la souveraineté française, bien sûr... et pour la grandeur de la France. Parfois, on y découvrait que les rations alimentaires allouées aux ‘’indigènes’’, étaient moitié de celles accordées aux ‘’Européens’’ et naturellement, le projet d’utiliser au mieux les matières premières, la force de travail et ‘’l’excédent des naissances’’ (Chataigneau). Dans le dédale de la législation pénale appliquée par les tribunaux militaires et les administrations, les officiels eux-mêmes se sont mélangés les articles : amnistie, grâce amnistiante, etc... Il en reste un constat : ceux qui étaient détenus ne pouvaient qu’être innocents de toute charge, puisque ceux qui étaient suspectés de la moindre infraction, fût-elle imaginaire, ont été assassinés sur le champ. Les députés qui imploraient l’amnistie la plus large étaient-ils conscients qu’ils accordaient le temps de grandir aux petits orphelins qui avaient tout vu... Viollette, Tubert étaient-ils des naïfs quand ils invoquaient l’attachement des Algériens à une France imaginaire ? Pourtant, les enfants entonnaient déjà le chant de marche : ‘’ Toi qui voyage a travers ma patrie, je te confie un message pour El Hadj Massali : Guelma a des avions, Sétif des mitraillettes, Kherrata des bombes’’.

La vérité va claquer avec les coups de feu du 1er Novembre 1954, moins d’une dizaine d’années plus tard. Le ‘’Comité des 22’’, la trentaine de moyenne d’âge, va convoquer en duel, la IVe République, ‘’fille de Montesquieu et de la Résistance’’, néanmoins digne héritière de son aïeule, la rombière coloniale. Elle avait enfilé en guise de cache-sexe la ‘’Déclaration des Droits etc...’’, chaussée de brodequins, les flancs estampillés du sceau de la torture.

‘’Le rôle positif’’ des pluies de napalm, de plutonium et des rivières de sang (à suivre)

Zahia El Mokrani-Gonon


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