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Sétif, carrefour des trafiquants de voitures

L’administration peine à y faire face
vendredi 15 juin 2007, écrit par : ALI FARÈS Liberté, mis en ligne par : Boutebna N.

Selon des sources proches du dossier, l’enquête des services de sécurité porterait sur 116 affaires. La Gendarmerie nationale a saisi, depuis le mois de février, 29 véhicules.

La wilaya de Sétif est-elle en voie de se spécialiser dans le trafic de véhicules ? Si la réponse par l’affirmative ne peut le confirmer, il reste que les chiffres sont assez éloquents pour développer cette hypothèse. En cinq mois, une enquête menée depuis février dernier, les services compétents de la gendarmerie ont traité 7 affaires et saisi 29 véhicules. Un chiffre qui ne reflète pas la réalité dans le sens où l’on parle officieusement de 116 affaires.
Faut-il savoir aussi que l’enquête a été effectuée pour le moment au niveau de trois daïras sur vingt que compte la wilaya. Il s’agit, en effet, de Hammam Soukhna, Salah Bey et Aïn Oulmane. C’est cette dernière qui détient le plus d’affaires et de saisies (88 sur 116). C’est là aussi qu’a été menée la première enquête où pas moins de 200 personnes ont été auditionnées depuis le 15 février dans cette affaire.

La plupart des véhicules sont réformés. Certains rentrés par voie terrestre par notamment des émigrés n’ont plus quitté le territoire national.
“C’est un travail de fourmi”, dira l’un des responsables de l’enquête. En 2006, dix affaires ont été traitées, ce qui a permis la saisie de 7 véhicules et l’arrestation de 9 personnes. Comme on peut le constater, la hausse de ce genre de trafic est importante pour l’année 2007. De vrais-faux documents établis à partir de falsification du numéro de série. C’est du moins le mode d’emploi des trafiquants qui opèrent apparemment dans un réseau national. Et pourtant, on nous dit que c’est un trafic simple. Un trafic qui se fait donc essentiellement au niveau de la fiche de contrôle. En d’autres termes, le procédé se fait à chaque changement de wilaya. Côté gendarmerie, on apprend qu’un “dispositif de lutte contre le faux et l’usage de faux performant est soutenu par l’expertise scientifique de haut niveau rattachée à l’Institut de criminologie et de criminalistique de Bouchaoui”. Si, pour l’instant, le dispositif est toujours au stade du montage, sa mise en place comme module permet d’ores et déjà de mettre en œuvre les spécialistes en mesure de soutenir les enquêteurs sur le terrain. C’est dans ce cadre justement que deux experts de l’INCC de Bouchaoui ont été dépêchés à Sétif pour enquêter sur le vaste réseau de trafic de véhicules.

Bien qu’à l’origine de cette enquête qui se poursuit très discrètement on avance que des informations émanant de la Drag de Sétif où des suspicions ont été portées sur certains dossiers, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le développement de ce trafic. Peut-on, en effet, obtenir avec une facilité déconcertante des documents faux permettant pourtant de circuler en toute légalité ?
Tout simplement en jouissant de la complicité de fonctionnaires de l’administration, à savoir ceux chargés de délivrer les cartes grises et l’ingénieur des mines pour ce qui est de la conformité du véhicule. “Il est difficile de débusquer le traître au sein d’une même famille”, dira un autre enquêteur. Ce qui est certain dans cette affaire, c’est que des victimes, il y en a. Des pères de famille, des citoyens honnêtes ayant serré la ceinture jusqu’au dernier cran, jusqu’à l’endettement même. Au bout du compte, ils découvrent avec stupeur que de la voiture tant rêvée il ne reste que la déception.

Le désespoir. Pour les sans scrupules, c’est 10 ou 15 millions de centimes par dossier.
Un gain facile exonéré de tout impôt. L’enquête qui n’est qu’à ses débuts risquera de dévoiler dans les mois à venir des mis en cause insoupçonnés. Bien mal acquis...

ALI FARÈS Liberté


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