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SETIF (4)

vendredi 8 octobre 2010, écrit par : Ammar KOROGHLI, mis en ligne par : Boutebna N.

Ainsi, pour mon père, véritable damné des chantiers, payé à la quinzaine. Souvent endetté auprès de notre épicier attitré, Hamma. Ma mère m’envoyait systématiquement chez lui pour moult courses : dix douros de sucre, dix douros de café, quinze douros d’huile… C’était la chanson de mon enfance. Je répétais la quantité et le nom des denrées voulues par ma mère le long du trajet. Avec sa bonne bouille, Hamma ne manquait jamais l’occasion de sortir son stylo pour ses additions. Tu diras à ton père de passer demain pour me régler, sinon plus de crédits. Il était notre créancier, mais aussi un peu notre sauveur car sans lui, il était difficile de boucler les fins de mois au vu des maigres salaires de nos parents. Certains étaient toutefois mieux lotis que nous. Surtout que, les mères vaquant aux affaires domestiques, les pères échappaient aux draconiennes contraintes des chantiers. Si bien qu’ils leur arrivaient de sortir parfois avec un fruit à la main. Suprême bonheur pour un gamin d’alors…

Du passé de mes parents, filtre peu de choses. Il semblerait que mon père ait été marié avant de se lier avec ma mère. D’autres enfants sont donc nés de ce premier lit. Je n’en ai connu qu’une seule. Djamila qui vécut bien des vicissitudes. Mon père vécut également les affres de l’exil, à Lyon où il séjourna et travailla nombre d’années. Comme pour beaucoup d’entre nous, la vie de nos parents fut des plus laborieuses. Des plus indigentes également. Indigence qui plus est adossée à un analphabétisme alors endémique. Ajoutez à cela les tracasseries coloniales et vous aurez en face de vous des gens continuellement écrasés par leur destin. Un quotidien implacable. Beaucoup de voisins, d’amis et de parents vivaient ainsi, il est vrai. D’où leur propension à tout miser sur leur progéniture. Chacun d’eux rêvait d’un destin exceptionnel pour ses enfants. A tort ou à raison, l’école fut alors considérée comme l’idéal tremplin pour éliminer tous obstacles afin d’arriver à se construire une place dans la société. Une sorte de revanche sur le sort qui a été le leur.

L’école fut sans doute ma planche de salut. Mon père espérait énormément me voir grandir dans un milieu plus prospère que le sien. Il tirait beaucoup de fierté de ce fils qu’il voulait prodige et qu’il présentait à ses collègues de travail, amis et camarades d’infortune. « C’est mon fils » répétait-il à longueur de journées, surtout les fins de semaines lorsqu’il me sortait avec lui. Il me promenait en ville, de café en café ; singulièrement celui de Chlali. « Mabrouk, mabrouk » s’entendait-il répondre. Je revenais souvent à la maison avec quelques pièces de monnaie, produit des présentations de mon père.

Mazya, l’une de ses parentes m’affectionnait particulièrement. Nous allions souvent chez elle ; elle habitait non loin de chez nous avec son mari, Seddik. Souvent, un jouet ou un gâteau m’attendait. Bien sûr, je ne quittais pas les genoux de l’un ou l’autre de la soirée. Il me semble que leur couple ne pouvait avoir d’enfant. L’infertilité, un sujet qui demeure tabou à ce jour. On s’en remet au mektoub en guise d’explications. Difficile pour un couple d’admettre cette dure réalité, elle était acceptée avec un esprit de résignation toute une vie. Dieu, l’omniscient, l’a voulu ainsi dans sa grande sagesse. D’autres familles, nos voisins immédiats, comptaient pourtant nombre d’enfants. Confiés souvent à la rue, notre éducation en pâtit. Du moins pour certains d’entre nous. En témoignaient, lors de nos rixes, les gros mots mâtinés de verbes blasphématoires de certains enfants vivant il est vrai dans le dénuement le plus complet. Allah yaghfar.

(A suivre)


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1 commentaire(s) publié(s)
kika :
si tu veux c est presque la meme histoire je te raconterais toute l histoire de notre famille et de mon pere mais qui n est pas partie avec son patron marketie en france par peur que lkhaoua disent de lui qu il a vendue l algerie.si tu veux ecrire ou raconter toute une vie de misere et de soufrance d un pere et d une mere luttaient pour leurs enfant qui sont des hauts cadre maintenant je ss la contacte moi .une vraie histoire d une famille setifienne

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