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PARIS (33)

vendredi 14 octobre 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Q
ue sont devenues nos caresses furtives et nos réserves d’affection dans l’obscurité complice ? Lorsque je te posai la question, tu me souriais comme dans un rêve lointain. Je me demandais même si, pour toi, l’amour physique n’était pas devenu un mauvais instant à passer. Tellement tu paraissais absente dans nos moments les plus intimes. Devenu un homme aux abois, je me présentais à toi, victime expiatoire de péchés inavouables. Est-ce par pulsion suicidaire ? Souvent, avec un rien de morgue et une superbe déconcertante, tu me répondais que mes envolées lyriques n’entamaient pas ta lucidité. « Dis-moi pourquoi tu as remplacé ton cerveau et ton cœur par un ordinateur et une machine à calculer ? », te disais-je. Tu en riais. Et pourtant, lorsque tu te laissais aller, tu étais belle. D’une beauté érotique. Inégalable. Mais la nuit ranimait les passions et l’aube naissante les rancoeurs…

Il se tourna vers moi et me tint à peu près ce discours.

La mer ne fut jamais plus bleue que dans ses yeux. Tant de tribulations y étaient enfouies. Les vagues qui nous léchaient les pieds les mettaient à l’abri de l’altérité du temps. Je l’attirais alors dans mes bras. Elle devenait soudainement fragile. Elle m’offrait un visage pathétique à force de tendresse. Elle posait sa tête sur ma poitrine et elle m’inondait de ses cheveux dont je respirais l’odeur fraîche du henné. En ces instants d’intense émotion, elle me disait d’une voix cassée : « Tu es ma vie, hbibi, je suis à toi »…

« Dis-moi pourquoi tu valses des coups de cœur aux coups de gueule ? Pour éviter entre nous les coups de mains, je les serrais dans mes poches. Triste injustice que nous vivions, chacun pensant être victime et bourreau à la fois. Impitoyable école que la vie quotidienne. Comment nous maintenir dans une situation d’équilibre ? » Lui disais-je… Au café, nous nous dévisagions heureux après l’amour. Dans une atmosphère de tabac et de brouhaha. Relents de café et de vin. Le chahut l’indisposait. Je déposais sur ses paumes des baisers compensateurs. Elle n’était plus alors que douceur. Loin des expressions évasives et des airs de dédain. Je m’épuisais en paroles, me croyant tenu de parler devant son mutisme.
Jeu de séduction permanent pour lui faire oublier le passé où on l’offrit en pâture à un homme qui aurait pu être son père. Pareille à une gamine qui ignorait presque jusqu’à la forme de son sexe. Son corps et sa conscience encore en quête de rêves furent servis à cet homme… Elle se revoit assise. Jusqu’à avoir mal aux fesses. Sans manger presque. Pour subir les rites qui ont marqué sa chair et son esprit. Au moment fatidique, qu’a-t-elle ressenti ? Comment a-t-elle réagi à l’approche de cet inconnu qui avançait, le sexe dressé, pour enfourcher son cops immaculé. Jeune à souhait pour son grand malheur. Elle ne disait rien. Cela lui faisait mal d’y penser. A-t-elle senti la brutalité dans les gestes fébriles de ses mains ? A-t-elle gardé sa chemise de nuit pour la maculer de sang ?... Ne pas aborder ce sujet car cruelle est cette existence où l’hymen est le gage de la pureté de la femme. Rien que des larmes. Face aux assauts furieux de la bête immonde…

J’aimais me regarder dans ses yeux. Ils dessinaient les paysages et les lieux qui peuplaient encore ses vicissitudes. Tel le jour où sa mère l’emmena à l’abri d’oreilles indiscrètes pour l’envelopper dans un grand foulard aux milles couleurs en prononçant des paroles inintelligibles. Et proférant des incantations, elle lui dit alors : « Quand tu te marieras ; tu devras passer sept fois sous ma jambe. Je repasserai alors le cadenas de la même manière pour t’ouvrir à l’homme que nous t’aurons choisi »… Scène quasi-préhistorique où l’irréel le disputait au sordide. L’homme ahanant. Sans ménagement. Sans douceur. Sa chair en est mortifiée. Tant cet homme a pesé sur elle. Sur sa conscience surtout. Immonde… Redoublant de coups. Sans tenir compte des supplications et de ses tentatives désespérées pour se dégager. Elle poussait des cris perçants. Sentant la chose énorme déchirer son intimité. Dans son étroitesse…

(à suivre)


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1 commentaire(s) publié(s)
scarlett :
L’intime se lit, simplement, On dit que les femmes sont compliquées, je dis que les hommes aussi sont compliqués, ou alors, c’est la vie qui est compliquée ?

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