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PARIS (34)

dimanche 16 octobre 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

La montagne. Une île déserte pour deux êtres épris d’amour. « Le bonheur, lui disais-je, c’est de la joie sans calcul. De la spontanéité à l’état pur. Loin des vicissitudes du quotidien qui alourdit notre présent. Le temps se fige lorsque nous sommes heureux ». Que ne reviennent-ils les jours heureux ? Les caresses interminables. Les baisers à n’en plus finir. Les mots câlins comme du miel. Naïveté de deux êtres éperdument amoureux ? Un bras autour de son cou ou sur son épaule, gage d’une tendresse infinie. Nous nous embrassions fougueusement. Pareils à deux adolescents. Au cinéma, le film pouvait commencer. Notre spectacle à nous ne faisait que commencer.
La bouche du métro n’était pas loin. La sienne non plus. Prête à s’offrir. Sans simulacre. Nos lèvres n’arrivaient pas à se décoller. Quand sonnait minuit, elle allait rejoindre la grisaille de la banlieue. Deux êtres qui s’ouvraient à la vie. Prêts à savourer leur lune de miel. Jours bénis. Le dernier métro pouvait partir sans nous. Nous arrivions toujours à bon port. Des moments gravés en forme de souvenirs dans la mémoire. Comment peut-on arriver à se dessoûler de ce vin aux vertus millénaires ? Jouir pleinement de ces moments agréables. Sans entrave. Des photos prises au café du village. Elle y développe un sourire splendide.
Est-elle devenue une femme morte ? Je ne voulais pas m’encombrer d’une pareille pensée. J’étais pourtant traversé par le doute. Les parents ont-ils droit de vie et de mort sur nous ? Tort suprême, ils nous ont inculqué tant de tabous. Je lui disais alors : « Comment me départir de mes doutes lorsque tu adhères aux leçons maternelles t’interdisant d’avouer ton amour à l’homme avec lequel tu partages ta vie ? Elles colportent les préjugés les plus aberrants ». Un sentiment de culpabilisation envahissait mes tripes, écrasant mes souvenirs les plus intimes.
D’une manière subreptice, je sombrais dans la mélancolie. Témoin, ma propension aux palabres. Ce fut pour moi un véritable exercice d’humilité que d’aborder avec elle certaines questions. Douloureuses au demeurant. Les laisser dans l’ombre était malsain… Il est pénible d’être seul. Entre quatre murs. Devenir la proie facile des doutes et de la méfiance. Sans doute mal m’en prit de vouloir échapper à mon ennui. Etre en convalescence rend plus vulnérable qu’à l’accoutumée. Que les chamailleries prennent d’assaut notre vie quotidienne et nos certitudes basculent. Toute médaille n’échappe pas à son revers. Tapi dans l’ombre, le malaise s’installe. La chronicité fait son chemin.
A petites doses, l’amertume a nourri ma rage de vivre. Je cherchais à capitaliser en elle une estime qui devait forcer le respect. Pas de gloire à tirer de la faiblesse de l’autre. Ni d’orgueil déplacé. Désormais, les vérités les plus crues furent admises entre nous… La mort dans l’âme, elle décida de s’expatrier pour échapper à l’étau de ses parents. Choisir l’exil extérieur à celui de l’intérieur. Je la trouvais pourtant aigrie. Elle s’affubla souvent de la peau de la victime, faisant de sa personne le foyer de tous les malheurs du monde. Sa faculté d’oublier serait-elle inhibée à jamais ? Que de points de discorde sont nés entre nous. L’usure du temps est difficile à contourner. Nos caresses et nos baisers s’effilochaient. Nos lèvres et nos mains s’essoufflaient. Au fil du temps, elle me donna l’impression d’être fragilisée. Sa forte personnalité qui parfois déconcertait par la clairvoyance et la perspicacité n’était donc qu’une apparence.
Son départ impromptu. Des murs glacés. La solitude. Un fouet en plaine gueule. Difficile à supporter. Son image nue m’assaillait. Elle prenait d’assaut mon être. Le soleil frappait dur. Une lumière aveuglante. Du hublot du train, un paysage inédit s’offrait parfois à mes yeux. Chasser la grisaille du ciel parisien. Un soleil enragé. Solitaire… Je la relis pour la énième fois : « Hbibi, il y a des jours, il y a des soirs, il y a des heures où je me sens mutilée de toi. J’espère que nos moments d’éloignement et de silence te diront ma tendresse. Je suis près de toi, hbibi. J’espère te retrouver très bientôt pour t’aimer encore plus »… Promesse à l’état pur…
(à suivre)


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1 commentaire(s) publié(s)
scarlett :
Quelque soit d’où l’on est, d’où l’on vient, où on est, où on va, femme ou homme, je crois qu’on a tous en commun, la recherche du bonheur,le désir de figer le temps quand on le trouve,l’usure du temps qui change les regards,et un jour, le mektoub vous barre la route, et de nouveau on y croit au bonheur,même si c’est un mirage,réalité ou illusion, enfin, c’est la vie, le cycle de la vie, qui se poursuit, inlassablement, Salam

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