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PARIS (32)

mercredi 12 octobre 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

M
a mémoire chancelle, me dit ce soir là Saïd, littéralement le bienheureux. J’ai mal d’avoir bu, me confia t-il. Aujourd’hui serait-il un grand jour, par cette nuit froide où la solitude par l’absence de l’autre le dispute à la nostalgie par l’éloignement de la patrie ? Regardant au loin pour espérer entrevoir Habiba, littéralement la bien aimée. Il m’oublia pour se lancer dans un monologue avec elle.

Me ferais-tu oublier la solitude et la nostalgie ? Tes cils, sous des yeux non maquillés, marquent le sourire mélancolique que je voudrais réchauffer. A quoi penses-tu à chaque fois que je me baissais pour t’embrasser ? De joie, tes yeux ne brillaient plus comme autrefois. Qu’est-ce donc que cette mélancolie qui t’oppressait ? Et ce regard vitreux que tu adoptais lorsque sonnait l’heure de nous accoupler ? Suprême coquetterie féminine ? Chaque jour creusait entre eux un abîme difficilement franchissable. Il est loin le temps qui nous réunissait. Les effusions se tarirent entre nous davantage que par le passé. Que reste t-il de notre amour ? Te rappelles-tu le temps béni où nos lèvres buvaient les interdits ? Nos corps s’interpellaient alors la nuit pour s’enrichir de leurs mutuelles différences, loin des regards indiscrets des apprentis sorciers qui nous fustigeaient de leurs tabous.

Tu devins la contrariété personnifiée. Pourtant, lorsque tes yeux s’attendrissaient, je comprenais que l’acte d’amour est le plus beau des voyages. La plus belle des fêtes. Je prenais alors conscience que la femme n’est pas un succédané aux désirs de l’homme. Ni à fortiori, un refuge à ses angoisses de la mort. C’est un acte poétique qui émoustille l’imaginaire. A tu oublié mes élans de tendresse lorsque je me penchais sur son front pour y déposer un baiser matinal ? Tu prenais alors plaisir à me recevoir en toi et à accepter mon offrande de semence. Nos corps s’accordaient alors en rythmes égaux. Symphonie de la chair. Danse à la vitalité débordante. Fougue que mesurait ton teint incarnat. A présent, je me retrouve face à mes craintes. Il est des moments où je me sens comme quelqu’un qui lui reste peu de jours à vivre. J’ai alors une envie folle de batifoler, de courir les rues pour y déverser l’anthologie d’espérances stockées depuis l’enfance et de me permettre les fantaisies les plus inaccessibles au commun des mortels.

Coup de grâce administré au moribond, j’avais l’impression que l’hostilité s’installait entre nous. Les fantasmes inondaient alors notre lit où je me laissais affaler pour me résorber dans le silence de la nuit. Lorsque tu préférais le sommeil à mon étreinte. Te rappelle-tu de tes ronflements et de mes fuites nocturnes vers l’autre pièce ? Lorsque je te secouais mi agacé mi amusé, tu te retournais pour te blottir en un râle contre moi. Pour me sentir davantage sans doute. Sous les couvertures, tes mains cherchaient les miennes et ta tête venait doucement reposer sur mon épaule. Murmures à l’oreille : « Hbibi, couvre-moi ». A l’abri des rafales du vent, je prenais plaisir à caresser tes seins et la cambrure de tes reins. Instants intenses où l’angoisse se dissipait peu à peu.

Livré de plus en plus à tes impressions de désirs inassouvis, tu boudais ces bribes de souvenirs. Lorsque je te faisais part de cette névralgie du mal vivre, tu n’avais pour d’autre réponse que la rancune à portée de main. Pour satisfaire un amour propre piqué au vif. Le soir, tu te réfugiais dans le silence ou le sommeil. Pour moi, la nuit devint du mauvais vin que tu m’injectais à doses régulières. De plus en plus fortes. Comment cuver de mon corps cette alternative douloureuse ? Le matin, il m’arrivait de sortir comme un drogué. Mal rasé. Les yeux cernés. Les cheveux ébouriffés. Le visage vieilli. Les membres affaiblis. La tête en feu. Toi, tu étais toujours prête à rouler quelques larmes sur tes joues en guise d’arguments. ..

(à suivre)


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