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SETIF (27)

dimanche 9 janvier 2011, écrit par : Ammar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Le cauchemar arriva lorsque mes parents décidèrent de me marier. Moi qui voulais faire un mariage d’amour, c’était raté. Je n’ai même pas eu le droit à des fiançailles. J’étais malheureuse. Je n’avais jamais vu mon futur mari. Je ne savais rien de lui, ni même du mariage. Pour ma belle-mère, il suffisait de savoir faire la cuisine et le ménage et être en très bonne santé. Pour ma famille, c’était le paradis sur terre. Pour elle, je serais heureuse, j’allais faire des voyages, j’allais voir la vie en rose. C’était plutôt en noir que j’ai vu la vie. Je ne pouvais pas dire non à ma famille car j’avais très peur. Je dus accepter car je savais que je n’avais pas le choix. C’était la meilleure solution pour moi puisque je ne pouvais choisir l’homme qui m’épouserait. Je me suis mariée les larmes aux yeux, le coeur déchiré, l’âme meurtrie, avec un homme que je n’ai ni aimé, ni désiré, ni choisi, ni connu… J’ai vécu le calvaire. J’avais une belle-mère méchante ; elle passait son temps à donner des ordres, matins et soirs.
Je faisais le ménage comme une esclave tandis que ma belle famille se payait des voyages et la belle vie. Pis encore, je n’avais pas le droit de regarder la télévision, ni même d’écouter de la musique. Ni même de rentrer dans le salon ou de discuter avec mes beaux parents car ils étaient des bigots hors pair. Je ne pouvais même pas manger sur la table ; je prenais mes repas dans un coin par terre. Il m’était interdit de me faire belle. Et même de téléphoner à ma famille. Quand mon beau père apparaissait, il fallait que je me cache. C’était affreux. C’était le moyen-âge. Je devais appeler ma belle-mère Lalla et mon beau-père Sidi. Mon ex mari était un fils à maman. Il était téléguidé par sa mère. Il faisait tout de qu’elle lui disait malgré la trentaine passée. Il ne me parlait jamais. J’étais pour lui celle qui lui lavait son linge et lui préparer à manger. Il ne m’a jamais fait sortir pendant tout le temps où je fus mariée à lui. Je devais aussi lui préparer tous les jours une bassine d’eau chaude pour lui laver les pieds ! Avec tout cela, je n’avais pas le droit d’aller voir mes parents sauf à de rares occasions. Je faisais tout de ce qu’ordonnait de faire. Sans rien dire, étant de nature calme. Il est vrai aussi que j’avais très peur.
Le soir, mon ex mari jouissait de moi. Par force. Il n’était même pas doux avec moi. Alors que je suis affectueuse et sensible. Je ne suis pas arrivée à l’aimer. Il y a de quoi. Je n’ai pas connu le vrai amour. Je passais mon temps à pleurer. Je me souhaitais la mort pour être soulagée de cette souffrance. J’étais très malade. Moralement surtout. Je ne savais plus quoi faire. Personne pour m’aider, ma famille n’étant pas au courant de mes problèmes. Quand ils venaient, il fallait faire semblant d’être heureuse. J’avais des belles-sœurs jalouses et mauvaises avec moi. Elles disaient que j’étais moche ; elles rentraient toutes dans ma chambre et prenaient tout ce qui leur plaisait sans demander ma permission. Ce n’était pas une chambre, c’était un souk…

J’étais enceinte de deux mois quand j’ai eu des envies de manger ce que je voulais. J’avais peur de leur demander de m’acheter ce que je désirais. Un jour, mon ex mari frappa ses sœurs. J’étais contente car elles le méritaient. Une fois celui-ci au travail, la belle-mère me roua de coups, en me tirant par les cheveux. Elle me disait que j’avais monté la tête de son fils contre ses sœurs. J’eus beau crier mon innocence. Ce n’était pas la première fois qu’elle le faisait sans raison. Pour le plaisir de me dire qu’elle est la maîtresse de la maison. J’étais toujours pâle, le moral à zéro. Je ne pouvais plus supporter cette vie. J’avais décidé de me suicider mais je n’ai pas eu le courage. Et puis, je portais un bébé en moi. Il avait droit à la vie.

(A suivre)


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