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ALGER (2)

jeudi 10 mars 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Admirer au dehors la nuit paisible et semée d’étoiles ? Ce n’était pas le moment de me montrer romantique. Me plonger dans mes pensées maussades. Les passer au crible une à une. Voir si elles ne sont pas usées. Si l’une d’elles n’a pas besoin d’être cousue. J’allais ainsi au gré de la fantaisie de mes idées qui devenaient alors étranges. J’imaginais l’une d’elles gambadant pleine de félicité dans mon cerveau. Soudain, celle-ci se recroquevillait sur elle-même, se relevait toute joyeuse de se sentir en vie…

​Une autre gare…​

Je somnolais quand j’eus cette vision. Une physionomie morbide s’étala sur toute la largeur du ciel sombre et pourtant si limpide. Des yeux m’observaient de toute l’immensité de leurs orbites. Des lèvres frémissaient et bafouillaient des mots incompréhensibles. Un catogan se dénouait dans la nuit pour se confondre avec l’obscurité. Qu’et-ce que tout cela ? Un rêve cauchemardesque ? Des hallucinations probablement. Mon esprit tiraillé par de fâcheux événements créait toutes sortes de choses. Mes paupières, lourdes de sommeil, se fermaient. Envahi par une morne torpeur, je voguais dans l’oubli. De temps à autre cependant, mes soupirs me réveillaient en sursaut et, sans que je ne me rendais compte, je gémissais. Mes rêves déchirés, en guenilles et parfois couverts d’images déroutantes, me faisaient sursauter. Meurtri par les conditions du voyage, mon corps en subissait le joug. Mes yeux, à demi clos, me ramenaient à la dure réalité. Quelle amertume ! Un sifflement strident acheva de me réveiller.

​L’approche d’une autre gare…

Mes yeux laissaient entrevoir sous les paupières mille et une scènes refoulées dans le subconscient. Elles se filtraient au contact des lumières lointaines. Je me revoyais enfant marchant côte à côte avec mon défunt père, un homme frisant la soixantaine mais solide encore comme un roc et doué d’une force peu commune. Le sourire constamment aux lèvres et si élégant les jours de fête. Il me portait un amour sans égal. Il me prédestinait à une fonction honorable. Les rides striaient son visage brun barré d’une moustache fournie. Il ne ménageait point ses forces tant physiques que morales pour mon bien être. Le destin fantasque me ravit celui qui fut pour moi le pinacle de l’affection. A ce passage de Ma vie, je me remémorais le jour du décès de mon père. Si étrange que cela puisse paraître, à chaque fois que l’un des membres de ma famille rendait l’âme, ma dent me faisait mal de sorte que la douleur physique l’emportait sur la douleur morale.

Le désarroi devait se lire sur mon visage lorsque j’imaginais qu’une fois de plus, j’allais être soumis à une terrible épreuve. Je ne pouvais me faire à cette idée ; mes proches parents et mes voisins allaient en rajouter quant aux choses métaphysiques. L’anxiété devait se lire sur mon visage ; je me rembrunissais par moments quand je revoyais la face exsangue de ma mère. Mon sort se dessinait au fur et à mesure que j’avançais dans l’âge adulte jadis inconnu pour moi, un monde regorgeant de mystères. Ce sort inextricable me rongeait intérieurement. Je pensais que seule la société était fautive ; à mes yeux, cette dernière était le grand criminel de tous les temps…

​Une autre gare…

Les anecdotes, dont les propos étaient souvent fallacieux mais si pleins d’entrain et de gaîté puérile, m’enchantaient. La tête reposant sur les jambes repliées de ma mère, j’étais tout ouïe, tant émerveillé par les contes enchanteurs qui m’emmenaient dans un autre monde. Une autre vie. C’étaient les longues soirées hivernales, demeurées vivaces dans mes souvenirs. Le temps ne les a guère effacées.
​Une somnolence exaspérante me tiraillait les paupières et harcelait, telle une morsure aiguë, mes yeux harassés par les longues veilles d’études. A cette vision quelque peu vacillante avant l’age, s’ajoutait le dépit mêlé à la léthargie. Mon visage devenait un masque de tristesse. L’espace d’un instant, je me rendais compte que j’étais tout en sueur. La marche nonchalante du train était insupportable, elle me plongeait dans un état fébrile. J’ouvrais la fenêtre du compartiment où je gisais littéralement. L’air frais de la nuit me faisait du bien. Les traits de mon visage congestionné se relaxaient eu contact du flux oxygéné qui me fustigeait presque.

​(A suivre)


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