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ALGER (4)

jeudi 24 mars 2011, écrit par : Ammar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Au sortir du lycée somme toute sans saveur et à la veille d’affronter la vie universitaire, je n’alignais pas mes certitudes tous les matins pour les admirer. Je vivais avec mes doutes. Pourquoi s’entêter à chercher le bonheur alors que la vie se présente, à chaque aube, avec son cortège de problèmes. Il n’est nul besoin d’être un athlète de la pensée, un esthète de la parole et faire provision d’argumentation pour se convaincre de vivre humblement. La vie ? Une fête entre frères. Etre fidèle à son idéal, avec une rectitude morale et une inébranlable sincérité. De celles qui façonnent, je crois, la modestie des hommes éprouvés par la dure expérience de la vie.

Je me rappelle les réunions interminables, les discussions enflammées et les départs nocturnes pour les collages d’affiches. A l’époque, je vivais une idée exaltante. Les masses, encore endormies, s’éveilleront un jour. Depuis, elle fut réduite à l’état d’un slogan au service d’une armée d’arrivistes. C’est pourquoi je ne veux collaborer à aucun système. Ni me taire sur leurs crimes odieux. Je ne suis à la recherche d’aucune promotion. Ni d’aucune carrière. Le recours aux méthodes extrêmes des dirigeants ne m’exalte guère. Pas plus que le culte de la personnalité tissé par leurs sbires. Pour mieux les flatter. Ils ne font que précipiter leur chute.

J’ai encore en mémoire l’image indélébile de ce haut fonctionnaire de la République exhibant les passeports non signés aux jeunes filles qu’il choisissait comme victimes de ses abominables besoins. Une boulimie de sexe. Les malheureuses devaient se plier à l’ordre intimé. Pour récupérer leurs documents, elles se retrouvaient dans l’appartement aménagé à cet effet. Par les soins de ce « respectable » personnage. Après avoir bien entendu payé le tribut exigé par ce Gargantua du sexe. Quand je pensais aux frustrations des jeunes qui se contentaient de regarder les filles sortir du lycée -un essaim qui se dispersait quelques minutes plus tard-, je réalisais notre impuissance à changer la société. Ces jeunes devaient, en complément de leurs frustrations, affronter les arcanes des textes ésotériques et les labyrinthes d’une bureaucratie avide de procédures pour tenter de décrocher l’improbable autorisation de sortie imposée par l’administration de Boumediene. Tout ce qui restait à la personne humaine de dignité était dépouillé par la duplicité de ces rongeurs de papiers. Pièces à conviction contre tout candidat à l’exil extérieur…

Le désarroi et la révolte dorment au fin fond de notre conscience. Comme une sorte de schizophrénie de l’autocritique. Avouer des fautes non commises. L’incitation au doute devient le cérémonial auquel les manitous nous convient en permanence. En quête de notre soumission totale. Une question lancinante apparaît alors. Comment trouer le désespoir institutionnalisé par les mystifications répétées ? Tapies dans l’ombre, certaines autorités continuent d’organiser au pays leur curée, en faisant appel aux services des trafiquants en tout genre. Pour leurs besoins personnels. Ces trabendistes sont devenus les clercs de leurs appétits. Satisfaire leurs œsophages et leurs sexes. Telle est leur principale besogne. Alors qu’ils sont censés veiller à l’intérêt national…

(A suivre)


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