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ALGER (8)

samedi 16 avril 2011, écrit par : Ammar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Il est vrai que parmi mes collègues, Salah, Mokhtar, Abdelatif, Kamel, nous avions pu former une équipe à la fois pour assurer un travail des plus réguliers, mais également pour nous seconder. Je nous revois à plusieurs en photos. Notre vie était construite autour d’anecdotes et de mini-débats sur divers thèmes, en l’absence manifeste de lieux de détente. Au contraire, nous fûmes amenés à en créer pour stimuler nos élèves. Ainsi, un petit journal fut créé pour susciter quelques vocations ; les meilleures rédactions en arabe et en français étaient publiées. Quelques groupes furent constitués pour remplir les rôles de troupes théâtrale et musicale. Nous réussîmes même à projeter des films. J’ai alors acheté des livres avec l’argent des rentrées pour instituer une à deux heures de lecture par semaine dans les classes, ouvrages distribués à la fin d’année aux plus brillants collégiens. Nous avons même fait du sport avec eux. Hélas, au lieu d’encouragements, nous reçûmes quelques réprimandes de la direction qui eut tendance à prendre nos initiatives pour autant de provocations surtout lorsque j’eus l’idée mise en pratique d’enseigner au personnel du collège les rudiments de la langue arabe. Je fus carrément considéré comme meneur. J’eus même droit à l’extinction des feux en plein cours. Plus même, une colère injustifiée du dirlo en plein réfectoire, j’ai même été soupçonné de vouloir prendre sa place ! Tout cela à cause de mes initiatives de doter le collège de quelques activités qui manquaient cruellement. En guise de remerciements, des reproches d’un autre âge. Je terminai l’année tant bien que mal.

Après mon succès au concours de l’ENA, j’eus droit à une chambre que je partageais avec un autre de mes compatriotes. Je passai ma première année en internat, c’était le système de l’école. Amphi, réfectoire, télé ou chambre pour réviser. A longueur d’année. Invariablement. Une caractéristique de l’école : l’appel en amont et en aval de chaque cours avec une note sur vingt en fin d’année. Une note pour l’assiduité. Il nous arrivait de nous échapper les week end pour descendre à Alger ville pour dépenser un peu de notre jeunesse et de notre porte-monnaie. Il fallait bien sûr compter avec le problème de transport, le bus venait quand il voulait. Nous prenions notre mal en patience, plaisanteries aidant. Ce fut une année d’assimilation du système de l’école et des cours magistraux. Certains de nos profs d’alors ouvraient leur registre consignant leurs cours pour les dicter carrément. Rarement, nous vîmes l’un d’eux nous convier à débattre des thèmes et chapitres du cours. En somme une pédagogie très scolastique. Quant aux stages, ils se déroulaient dans les entreprises d’Etat et les collectivités locales ; là aussi, rares furent les responsables de ces institutions qui nous permirent réellement d’apprendre la vie économique et administrative du pays.

Ma mère décéda entre temps. Je passais ainsi un premier trimestre passé en internat, ma sœur et mon frère étant restés seuls à Sétif sous la protection de l’une de nos voisines qui avait elle-même plusieurs enfants. Cette situation étant intenable, j’ai demandé et obtenu difficilement un logement dans un immeuble de l’ENA situé à l’extérieur de l’Ecole ; ce qui me permit de les ramener. Je devins donc externe. Il est vrai que j’eus plus de liberté dans mes mouvements même si le bus pour m’y emmener se faisait souvent désirer. L’immeuble et le logement en question étaient plutôt vétustes, sans grande commodité, pas de chauffage en hiver, pas de chauffe-eau pour pouvoir se laver. Sur le marché, il n’y en avait pas ; j’eus beau chercher dans les quatre coins d’Alger. C’était là aussi l’un des nombreux aspects négatifs du système, la pénurie. Le réfrigérateur, la machine à laver, la cuisinière et même la télévision étaient des denrées rares. Des produits subversifs ! Mon frère fut employé malgré sa minorité dans une pompe à essence, géré par un gradé de notre glorieuse armée ; il habitait dans l’un des quartiers huppés de la capitale. Ma sœur s’arrangeait pour manger avec certaines voisines avec lesquelles elle sympathisa ; quant à moi, je continuai de manger à l’Ecole le soir avant de rentrer chez moi. En hiver, nous posions à même le sol le réchaud qui nous servait pour la préparation de nos repas pour nous réchauffer.

(A suivre)


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