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ALGER (10)

vendredi 22 avril 2011, écrit par : Ammar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Cette triste mésaventure me permit de comprendre que les discours qu’on nous servait chez nous sont plus de la rhétorique qu’autre chose. Et ne me découragea pas de revenir à la charge de la citadelle Europe. Avec l’un de mes compagnons d’infortune, et sur nos propres deniers, nous prîmes le chemin de la Tunisie de Bourguiba, le pays de Habib le bien nommé. Le pays frère. Sans encombre, nous passâmes quelques jours à Tunis. Somme toute, agréables. C’était l’été. Il faisait beau. Nous étions jeunes, frais émoulus. Tunis était une petite ville qui nous rappelait notre Alger. En plus petit. Nos frères tunisiens plus accueillants. Plus inventifs. C’était les années quatre-vingt. Et la Tunisie amie organisait le tourisme comme l’un des piliers de son économie. Au grand dam de nos technocrates et dirigeants qui suivaient leur lubies de rattraper en quelques années les pays industrialisés.

Nous eûmes l’idée de traverser la mer. Pas à la nage ! En bateau. Pour nous rendre en Italie. Si l’on peut dire, c’est tout proche. La harga n’était pas encore à la mode. L’Italie du Sud où nos ancêtres durent également se déplacer pour y rester quelque deux siècles et y laisser quelques traces architecturales. Nous jetâmes notre dévolu sur la Sicile. Le mauvais souvenir de l’aéroport de Genève était loin derrière nous. Nous prîmes le bateau. Traversée calme. Nous découvrions la mare nostrum. La vaste Méditerranée. De nombreuses heures. Sans sommeil. La fatigue du matin nous surprit avec la douane italienne. Nous étions de nombreux jeunes. Déjà. Candidats qui à l’exil qui, comme nous, à la découverte de l’Europe. Je rappelai à mon souvenir la langue italienne étudiée au lycée. « Ecco il documente », « Ho denari », criions-nous alors à qui mieux mieux pour nous faire entendre et faire admettre au pays de Dante. Après moult palabres et allers-retours du douanier dans un bureau adjacent, celui-ci nous fit signe de sortir. Sans doute convaincus de notre bonne foi, nos passeports d’étudiants et nos quelques devises.

Nous pûmes alors dire adieu à Genève et à la froideur de son accueil. Ville que je finis par voir quelques années plus tard, étant déjà en exil à Paris. Sans rancune, mais sans grand enthousiasme… Notre séjour à Naples et à Trapani nous permit de mesurer la différence d’avec le pays le plus bancarisé au monde. Quelques années plus tard, j’appréciai davantage le film « Pain et chocolat ». Même l’exil d’Européens de l’Italie était difficile dans la citadelle helvétique. Quelques jours de promenade où les statues se découvraient à l’œil nu, dans les rues. Les ruelles de la Sicile, avec les cordes d’où pendait le linge à sécher. Comme à la Casbah ou à El Harrach d’Alger. Ou à Diar En Nakhla de Sétif. Les filles qui, en été, conduisaient leurs motocycles en ville. Les petits restaurants où nous nous sommes rassasiés de pasta italiana et de pizzas. L’accueil chez une famille italienne, puis à l’hôtel. Somme toute une découverte d’un monde qui nous était proche géographiquement. Et d’une certaine façon historiquement.

Roma. Belle, même par chaleur estivale. Le soir, dans les rues et ruelles. Dans les terrasses de café. Moments inoubliables dans la ville du colisée. Et les déambulations dans la ville éternelle. Je pus converser avec nombre d’Italiens. Lire quelques quotidiens. Voir des films en bande originale. Rester tard le soir à voir la ville s’endormir peu à peu. Les feux des cafés proches de la gare centrale demeuraient cependant éveillés. Quel panache ! Merci Rome d’avoir sauvé l’honneur perdu de Genève dont l’insoutenable arrogance à notre endroit me laissa perplexe de nombreuses années. Ville riche des comptes généreusement garnis. Certains de nos dirigeants en savent quelque chose. Commissions d’importation, fruit de surfacturations résultant d’achats alimentaires et autres produits manufacturés, déposées dans des comptes protégés par le secret bancaire qui permet bien des accointances douteuses. Qu’importe d’où vient l’argent, pourvu qu’il y ait l’ivresse ! Les gueux que nous sommes n’y sont pas les bienvenues. A la table des preux de la corruption nous ne sommes conviés. Tant mieux pour nous, mais tant pis pour notre économie mise ainsi en coupe réglée par quelques mains expertes dans des officines tenues secrètes. Et pour cause.

(A suivre)


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1 commentaire(s) publié(s)
zoubir :
bjr dommage j’ai raté l’épisode suisse

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