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ALGER (14)

dimanche 15 mai 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Croiser le verbe avec cet intellectuel qui ne se prend pas au sérieux était un exercice autant instructif que périlleux. Chatouilleux sur les questions concernant le pays, je le titillais avec mes interrogations ; invariablement, il me disait :

L’Algérianité est plus qu’une filiation se rattachant à la nationalité ; il y a également l’appartenance à ce pays et à son histoire, une communauté de destin, un devenir voulu, un projet social, une pratique politique, un système institutionnel, la pratique quotidienne d’une langue ou des langues dont il appartient à chacun de nous, en fonction de sa situation de monolingue, de bilingue ou de polyglotte, de considérer le statut à accorder à celle qu’il utilise tant à l’écrit qu’à l’oral.

Malek Haddad considérait la langue française comme un « exil »…
Et Kateb Yacine comme un « butin de guerre »…
La tentation n’est t-elle pas grande de rejeter le français car langue de l’ex-métropole ?

Comme celle de l’adopter en tant que langue littéraire, technique et scientifique ! Il est vrai que si le choix est aisé pour l’arabophone, il l’est moins pour le francophone ; peut-être devrait-on parler d’algérianophonie ? Mais, le problème concerne l’ensemble des Algériens et, au-delà, des Maghrébins ; et surtout l’élite qui s’exprime dont notamment les écrivains, universitaires, journalistes, politiques...

Il est vrai que le peuple a tranché la question au quotidien depuis belle lurette : entre l’arabe dit dialectal et le berbère. Que faire alors de la langue de Voltaire ? L’admettre dans le gynécée linguistique algérien comme un moyen d’expression ?

Raisonnablement oui. Le champ culturel comme la vie sociale continueront d’être investis par des langues étrangères compte tenu des circonstances historiques connues par l’Algérie… Je dirais que tout dépend de notre capacité à produire dans nos langues culturellement et littérairement des œuvres en quantité et en qualité suffisante. C’est l’une des meilleures façons d’affranchir notre moi national de l’allégeance linguistique.

Gare alors cependant au no man’s land culturel ! Nos aïeux, sans doute plus intelligents que nous, n’ont pas hésité à recourir avec brio à la traduction de la philosophie hellénique par exemple...
Exact, sauf à rappeler que, semble t-il, il y aurait quelque sept millions d’analphabètes et autres illettrés dans notre pays… C’est une tare à laquelle on peut remédier en adoptant, si je puis dire, un rythme de « linguistisation » de notre imaginaire, de notre vécu et de notre quotidien culturel, voire scolaire, universitaire, administratif...

En somme, une arabisation graduelle qui tienne compte à la fois de notre passé berbère et des impératifs de développement de l’art et de la culture, de la science et de la technique qui demeurent encore largement l’apanage de l’Europe.

Certainement. Et apprendre les langues française, anglaise, allemande, russe, chinoise... même s’il est vrai d’observer que la « bilinguisation » de la vie sociale et culturelle, au vu de des résultats indigents fournis, ne saurait être regardée que comme palliatif certes nécessaire, mais dont l’échéance est sans doute inscrite dans le temps. Les nations agissant de plain-pied dans les décisions importantes de la communauté internationale ont leurs langues propres charriant assez souvent une idéologie de domination à divers titres.

(A suivre)


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