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ALGER (25)

dimanche 24 juillet 2011, écrit par : Ammar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Je mourus ce jour là. Depuis, je meurs chaque jour un peu plus. Cupidité des blindés enragés. Mon sang ruisselle goutte à goutte. Patrie aux vertus insondables, n’as-tu pas été assez irriguée ? Mémoires courtes. Mes princes, avez-vous oublié le 8 mai 45 et le 1er novembre 54 ? Avez-vous à ce point muselé votre mémoire ? Quel mépris pour ses frères d’hier, tombés au champ d’honneur ! Conscience inconsciente jusqu’à annihiler toute lucidité. Folie meurtrière. En ce temps-là aussi, les balles pleuvaient. Sous le soleil. Ironie du sort ? L’Histoire se répète t-elle avec d’autres acteurs ? Le bourreau n’est plus le même. Il porte toujours pourtant l’uniforme. Le fusil a changé d’épaule… Algérie, épouse répudiée par trois fois. Baptême de feu. Chaque génération a le sien. Conflit inextricable. Nos intérêts livrés aux appétits de nos Gargantua locaux.

Indescriptible effroi. Cris. Larmes. Débandade. Corps jonchant le sol. Sang de chouhada de Novembre se mêlant à Octobre. Ruisseaux de sacrifice. République introuvable. Spectacle indescriptible. Renouvelé. Une autre bataille d’Alger. Morte la bête, mort le venin ?... La foule scandait des mots d’ordre pour l’indépendance. Ce jour-là, les rues étaient investies par le peuple. Manifestation pacifique. Banderoles livrées au vent. Ecriture un peu gauche. Revendications fermes. Les bras enlacés pour former une ceinture solide. Pas cadencés. Folie meurtrière. L’artère principale de Sétif était noire de monde. Hommes démunis d’illusions, mais armés de leurs convictions. Yeux emplis d’une curiosité sans fin aux fenêtres. Corps devenus cadavres. Martyrs.

Décompression urgente. La mystification à outrance ne joue plus. Le compte à rebours commence. La saison de l’attentisme est (dé) passée. Tempête soufflant sur toutes les idées reçues sans discernement. Images singulières d’une révolte juvénile. Les tribunes officielles sont balayées. Signe du caractère indicible des jeunes. « Tahia el Jazaïr ». 1962. C’était hier. C’est encore aujourd’hui. Plus de place aux textes ésotériques, ni aux dédales bureaucratiques. Labyrinthes aux lianes inextricables. Freins au foisonnement d’énergie. L’heure est aux comptes arrêtés jusqu’ici par la répression aveugle. Oppression inouïe d’un peuple ayant rompu son lien ombilical d’avec la métropole. Répression incompréhensible au sein de la patrie de plus d’un million de martyrs. Pourquoi ?...

Place des chouhada. Une foule menaçante. Cris stridents. Dents aiguisés à l’endroit d’une bourgeoisie parvenue… au sommet de l’indécence. Manipulation sanguinaire d’une jeunesse vouée au dépérissement ? Génération sacrifiée, nous disait-on. Soit, mais laquelle ? Celle des 19 mars l’est-elle ?... Austérité alibi. Main de l’étranger. Impérialisme. « Sept ans, ça suffit ». Le colonialisme hors de chez nous. Nous étions par vagues entières à l’âge de la scolarisation, parqués dans des camions. Déversés dans la rue pour grossir les rangs des manifestants. Joie indicible pour nous. Enfin la fraternité retrouvée… « Tahia el Jazaïr. Tahia el Jazaïr »… L’été de l’indépendance. Chaleur de l’enfance. Soleil de tous les espoirs. Fin de tous les interdits. Socialisme annonciateur de la huitième merveille du monde. Nous suffoquions dans l’habit étroit d’hier…

(A suivre)


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