Accueil > Culture > Exils : de Sétif à Paris >

PARIS (3)

vendredi 5 août 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Pour la préparation de mon doctorat, je fréquentais les bibliothèques universitaires de Cujas et de Sainte Geneviève situées toutes deux près du Panthéon, à deux pas de l’Université de la Sorbonne. Le programme était souvent le même. Dès dix heures, j’y étais ; déjeuner à treize heures au restau U proche de la rue Mouffetard que j’ai beaucoup aimée d’autant plus qu’il m’arrivait de me rendre à la bibliothèque municipale pour y emprunter maints ouvrages afin de changer de mes recherches en droit. Reprise vers quatorze heures jusqu’à la fermeture vers dix-huit, dix neuf heures. Dîner à dix neuf heures, tantôt au même restau U, tantôt au restau de la cité U internationale qui fut pendant quelques années le lieu où je me rendais régulièrement pour y manger. Ce fut un endroit de prédilection. Il m’arriva aussi d’y pratique du sport. D’y voir des films également. Il est vrai que j’étais loin de m’y sentir dépaysé. La plupart des étudiants étaient étrangers. Nous partagions ensemble cette qualité. A ce titre, nous ne pouvions nous rivaliser. Endroit agréable, la verdure y est abondante. Une bonne partie du globe avait sa Maison. Pour ses étudiants. Sans doute les plus chanceux, les places y étant limitées. La nourriture y était correcte. Parfois, nous assistions à des débats animés entre étudiants. Souvent, il s’agissait davantage de querelles à connotation idéologique que des discussions sérieuses. Ces prises de bec en public nous amusaient et nous stimulaient à la fois. Il est vrai que, du temps de mes études à Alger, ces discussions étaient plutôt privées ; elles avaient souvent lieu dans nos piaules. Nous nous sentions surveillés.

Invariablement, je demandais des ouvrages, thèses et mémoires ayant un rapport avec mon sujet. Au fur et à mesure, j’ai amélioré ma technique de prise de notes qui s’avéra bénéfique, mais qui nécessita beaucoup de patience et de méthode. Je photocopiais également certains passages destinés à être cités. Il y avait alors un certain calme qui permettait la réflexion. Surtout à la bibliothèque Sainte Geneviève ouverte par ailleurs le samedi. J’eus de nombreux samedis studieux passés dans l’enceinte de cette bibliothèque. La bibliothèque de Cujas étant plus spécialisée et mieux dotée en thèses. Je découvris alors l’immense butin légué par d’innombrables thésards du Maghreb sur des sujets divers ; il y avait là de quoi meubler nos bibliothèques par le labeur fourni de nombreux d’entre nous. Beaucoup de ces travaux peuvent faire l’objet de publications et de traductions pour mettre à notre portée tant de culture scientifique. Je regretterai toujours que les responsables de l’enseignement supérieur et de la culture de mon pays n’aient la tête à cette fructueuse tâche.
Deux fois par semaine, j’arrêtais mes recherches vers seize heures, devant dispenser des cours d’arabe dans un foyer situé à Aubervilliers ; c’était le job qu me permettait de gagner ma vie. Formés en deux groupes, mes élèves avaient le même niveau. Ils débutaient depuis l’alphabet. Il est vrai que les jeunes, parfois des enfants de dix ans, apprenaient plus rapidement. Le week end, j’allais un peu plus loin pour ces cours. A la Courneuve. Il y avait deux foyers, l’un réservé aux Maliens et l’autre aux Maghrébins. Des tours de plusieurs étages situés à la périphérie de la ville. Je découvris sur le terrain le déphasage entre les discours politiques et médiatiques et la réalité vécue par nombre de ceux qui comme moi ont été amenés à quitter leurs pays pour s’installer dans les froideurs de l’exil. Souvent pour nourrir une ou deux familles entières qui attendaient le mandat mensuel pour leur permettre de survivre. A l’époque, certaines émissions ont été consacrées à l’immigration, souvent sous le mode de l’analyse théorique par des invités pompeusement qualifiés d’experts ès immigration. Souvent sous le mode folklorique.

(à suivre)


Partager cet article :
1 commentaire(s) publié(s)
mémoire d’immigré. :
écrire l’immigration... mais elle fait partie de l’histoire de france, pour l’écrire il faut étre de la rue, car elle s’est vécue, à chaque instant sur le quotidien, durant des années, à Paris, Lyon, Marseille.

Commenter cet article
الرد على هذا المقال


Derniers articles
Notre site utilise des cookies à diverses fins, notamment pour personnaliser les publicités. En continuant à utiliser ce service, vous acceptez notre utilisation des cookies.   En savoir plus