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PARIS (6)

jeudi 11 août 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

La machine marchait à merveille. Sauf quelques contretemps qui survenaient de temps à autre. Ils étaient résorbés sans difficulté. En revanche, ce qui m’horripilait, c’était l’inactivité de certains de mes assistants. Ou plutôt un manque de volonté et d’implication. Surtout Nadia. Elle se contentait à longueur de journée de découper et de classer les articles parus dans la presse nationale et internationale. Sans plus. Quand je pris possession de mes fonctions, je lui fis part de ma désapprobation. Dans un climat amical et serein. Difficile de reconvertir quelqu’un à une autre tâche. Je lui appris à être utile. D’autres diraient plus efficace. Dorénavant, pour elle l’archivage des articles devait être réduit au profit d’un travail plus rationnel : préparer des dossiers de presse pour les journalistes permanents. Cette documentation leur facilitait la rédaction de papiers répondant aux besoins du moment.
Plus difficile fut d’aborder le problème de la modification de la mise en page. Le maquettiste était d’un caractère irascible. Plus, il était susceptible jusqu’au chantage. Je pris un soin particulier pour apprivoiser cet animal en mal de reconnaissance. Après plusieurs séances de travail avec lui, il fut convenu de s’inspirer des autres revues. Le choix des photos et des caractères, la disposition des titres et des colonnes furent désormais à l’ordre du jour. Il échappa graduellement à Mamoun, notre metteur en page. Un léger mieux s’ensuivit. Je fis part à celui-ci des félicitations du comité de rédaction, mais aussi de nos recommandations. Tactique que je considérais comme un exercice périlleux. Une mise en garde sévère fut adressée à Mamoun. Soit il donnait satisfaction, soit sa place était compromise. Il réagit violemment. Prévisible. Il n’était plus question pour lui de venir à la revue pour s’enfermer trois ou quatre jours dans la pièce où il travaillait. Une sorte de bunker. Malgré lui, il finit non par admettre ou accepter mais par apprendre à contre cœur de nouvelles règles du jeu.
Auparavant, les bromures corrigés lui étaient servis avec des photos correspondant au contenu des articles et le sommaire par le responsable de la revue. En échange de quoi, Mamoun obtempérait aveuglément aux desiderata de Khalfoun. Lequel n’avait cure de la qualité des papiers. Encore moins de l’esthétique. Sa fonction devint, d’une certaine manière, un avant poste composé pour l’essentiel de personnes incompétentes. Il leur demandait une obéissance sans borne, voir une allégeance. Un calife des temps modernes. Il fut détrôné. Après maintes tergiversations, il est vrai. Ses acolytes partirent avec lui.
D’autres embûches allaient naître de cette situation. Il me fallut d’abord, à l’aide de deux membres attitrés du comité, Moh et Ali, faire face à la prétention de Amer, un ambitieux à la grande gueule. Je rivalisais d’ardeur au travail pour m’imposer comme le seul candidat sérieux au poste vacant. Moh et Ali me soutinrent dans ce labeur. Le prix à payer plus tard pour cette aide acheva de me dégoûter de la revue et de ses avatars. Machiavéliques, ils rangèrent leurs calculs sous des sourires aimables. Médiocres à souhait, ils ne purent gérer la machine que grâce à du personnel recruté à leur dévotion. La technique du chef déchu et tant décrié…
Il me fallut ensuite réorganiser le réseau me permettant d’avoir des articles ponctuels, d’actualité ou de fond. Forger une équipe de la trempe des grands journaux, tel fut mon credo. Un credo rapidement oublié. Dans les oubliettes car il se révéla démesuré et prétentieux, devant l’indigence de nos moyens. Ce fut une gageure de ma part. Nonobstant cela, je pus tant bien que mal éviter le pire. Contraint de me confronter à la dure réalité pour que la machine ne se grippât point. Là aussi, je rivalisais d’ingéniosité pour éviter à mes collaborateurs de sombrer dans la médiocratie ambiante. Des contacts personnalisés, après les huit heures de travail. Rien de tel pour fortifier les liens de confiance. Je m’étais épuisé en efforts pour éviter des dépenses supplémentaires. Khalfoun ne s’en souciait guère. Il travaillait quatre heures par jour au bureau, le reste était confié à des collaborateurs occasionnels.

(à suivre)


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