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PARIS (12)

mardi 30 août 2011, écrit par : Ammar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Voyager, c’est toujours pour moi partir à la découverte de l’inconnu. Surtout quand je séjourne en Europe. Les matins du départ, j’éprouvais souvent un sentiment étrange de liberté. Teinté pourtant de crainte. A chacun de mes périples, je tâchais de m’armer d’humilité et de faire provision de patience. Je me demandais pourquoi d’ailleurs. Témoin de mon propre exil, j’allais en quelque sorte au devant de ma propre négation. Je le savais. N’avais-je pas consacré assez de temps et d’énergie à la recherche de mon identité ! Une identité ? Celle d’un simple individu en quête d’une cité délivrée de ses angoisses et de ses peurs. N’avais-je pas assez médité sur ma propre condition ? Je ne cherchais nullement à minimiser les principes anciens et les règles patriarcales qui régissaient la société. Ils conféraient à celle-ci sa permanence. Avant mon départ, j’observais un répit. Je remarquais l’inaptitude -la douleur aussi- à vivre une situation quotidiennement reconduite. La peur de l’immobilisme. La répulsion de la médiocrité.
En France, j’avais atterri dans un quartier à forte population immigrée. Ainsi, j’étais moins dépaysé. C’était comme une sorte d’architecture de la misère où le désarroi était l’aliment de jour comme de nuit. La rue était l’univers des enfants. Comme au pays. Tant pis ou tant mieux, je ne savais. Je me rappelais la répartie de Kamel, un adolescent, quand je lui avais demandé s’il était heureux ici.
« Je vis dans le bluff permanent. Ma vie est devenue un mensonge. Ma vie est une pute. J’ai envie de crever le néant qui me cerne et m’envahit de jour comme de nuit. Tu vois, mes entrailles sont un volcan et mon cœur une boule de feu. Je vole pour avoir de la tune, ma seconde drogue. Je vis dans un monde aux mille et un mirages. Je me tue tous les jours en faisant le tour des bars. Oui, mon ami, j’apprends à vivre sans espoir. L’identité, je me torche avec. La solitude, voilà qui est plus dangereux qu’el ghabra et qu’el ghorba. Vivre comme un petit vieux, ici ou là-bas, qu’est-ce que cela change ? Tu me l’as dit toi-même tout à l’heure, les jeunes de ta ville natale ont élu domicile dans les cafés qui fleurissent plus vite que les centres culturels. Bien plus, ils font les cent pas dans la même avenue depuis des années comme des sentinelles qui guettent un quelconque espoir ».
J’écoutais en silence. Kamel avait de la peine plein les yeux. Des yeux qui renfermaient des orages. Des yeux malicieux et intelligents. Un sourire qui se gaussait du monde et de ses abominations. Parfois, il avait l’air absent. Le regard vide. Devant une jeune parisienne qui passait devant la terrasse du café où nous étions attablés, il me dit enflammé : « Tu as vu ce paquet ? Comme je la soulèverais. Chouf, t’as vu ces petits seins arrogants ? Mais je respire le bougnoule…Tu sais, je voudrais faire de chaque jour une fête. Je refuse de mourir avant d’avoir vécu. Parfois, je me sens de trop, je suis gêné. Peut être parce que j’ai pris l’habitude d’être rejeté. Tellement que je me sens devenir parano. J’en ai marre de désespérer. J’arrête de penser. Pourtant, comme il me plairait de vivre intensément. C’est de l’inconscience, n’est-ce pas ? C’est ça mon identité ».

(à suivre)


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