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PARIS (15)

lundi 5 septembre 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Une image singulière s’est définitivement ancrée en moi. Imaginons une chambre dans un foyer où dorment quatre personnes (ça existe) avec des lits superposés et une cellule de même dimension où des jeunes taulards entassent leurs rêves déchiquetés par la réalité. Y a-t-il une différence ? Les premiers, les sonaques, se promènent dans des chantiers où ils passent le plus clair de leur temps, les seconds dans une cour de promenade ou dans leurs cellules inconfortablement aménagées. Les sonaques passent leur week-end dans leurs foyers emmurés dans de miniscules cafés où certains sirotent leurs cafés et, parfois, leurs bières ; ces cafés sont mitoyens de pièces tenant lieu de salle de prières. Univers mental incarcéré contre univers carcéral mentalisé. Les deux ont en commun leurs frustrations de nature affective et sexuelle.

Dans les deux cas, il faut avoir la maîtrise de son esprit pour ne pas sombrer dans la dépression et la folie, les uns sont victimes du sadisme du pouvoir des pays d’origine ayant été d’une manière ou d’une autre poussés dans les bras rugueux de l’exil et les autres de celui des pays d’accueil dès lors que souvent nés ici, y résidant, y étudiant et y travaillant, y cotisant et parfois y votant, ils sont néanmoins considérés comme de la racaille...

On meurt à petit feu lorsqu’on se tait face à nos tyranneaux et autres apprenti-dicatateurs qui veulent nous priver du droit à la dignité en poussant nombre de jeunes dans la harga avec le risque majeur d’être à jamais englouti par l’océan. Qui organisent la terreur pour nous réduire au silence intégral. Nous maintenir sous leurs mains salies par le sang d’innocents sacrifiés par des décisions autant imbéciles que criminelles. Leurs structures, organismes et institutions sont livrés à des mains assassines. Mettre à nu leurs lâches besognes de bourreaux. Leur tendance naturelle à la malveillance. Dénoncer leurs flagorneurs et autre béni-oui-oui. Traiter par l’ironie ces bacs moins… Eux qui brisent notre vie intime. Et font de l’Etat une machine à briser les forces saines. Erigent le secret comme un moyen de protection. Je sens sourdre en moi une juste et saine colère. De la répulsion à l’endroit de nos geôliers. Je ressens l’incarcération, même à l’air libre. L’animalité ressort de leurs faces hideuses. Laquais du gouvernement, craignez la colère de vos peuples ! Marchands d’illusions aux consciences séniles et au népotisme tribal, craignez votre prochaine descente aux enfers. Vos discours ? De vains somnifères…

Je me rappellerai toujours la réflexion de l’un de mes stagiaires incarcéré à Paris. Communément un taulard. Imaginons une cellule qui ressemble à un poulailler avec leurs petites fenêtres. Dès le seuil, une odeur des plus nauséabondes vous serrent les narines comme une tenaille. Parmi les occupants de ces cellules, il y en qui arrivent à être drôles. Certains paraissent enjoués, voir même décontractés. Ressemblance parfaite entre une cellule et une chambre de foyer. Des lits superposés. Exiguïté des pièces.

(à suivre)


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