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PARIS (18)

dimanche 11 septembre 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Je relis ta lettre truffée de pessimisme lucide. De peptimisme. Je te comprends, cher ami, peut-on s’empêcher d’être pessimiste lorsqu’on est confronté à une situation qui ne prête guère à l’optimisme. Seule notre lucidité nous empêche de sombrer dans le coma de l’indifférence. Pourtant, ta lettre ressemble à un tract. Tu me dis : »La situation se résume à un mot : fiasco ». Je pense que le problème n’est pas très différent pour nous, étrangers à Paris. Sous des airs de dévote, la ville camoufle mal ses scandales. Elle savoure constamment le vertige de la puissance des princes du moment.

Tu l’as constaté toi-même lors de ton passage ici. Les déshérités ne sont pas rares. Cette République compte aussi ses « affamés » d’année en année. Sans vergogne, la déchéance s’étale dans un pays où les richesses se mesurent à l’œil nu. Scandale des temps modernes. Ici, le mot fiasco est remplacé par crise.

« Ils en ont fait un abruti d’œsophage greffé d’un sexe », m’informes-tu sur l’homme de chez nous. Naïf que tu es. La société de consommation n’épargne personne. Elle sème, puis nourrit la boulimie dans les têtes des gens. L’argent est le roi qui gouverne tous les gestes. A longueur de vie. De l’aube jusqu’au crépuscule, c’est l’énergie d’appoint. On parle de libertés plus évoluées ici plus qu’ailleurs, alors que tout s’achète et se vend. Y compris les personnes à travers leurs sexes. On a fait de la frustration des gens un moyen de soutirage d’une partie de leurs maigres économies.
Il suffit de se déplacer au cœur de Pigalle pour s’apercevoir de la pornographie vendue (le pauvre Pigalle doit se retourner dans sa tombe !). Et à qui surtout ?... De la même manière, on peut aller dans certains quartiers chauds de la ville de la Tour Eiffel, on constatera la clientèle… De véritables négriers du sexe. Les marchands de rêve, comme au bled, ne perdent pas une occasion pour récolter la sueur, le sperme et la monnaie des assoiffés d’affection. Ainsi, dans les foyers pour travailleurs maghrébins, de jeunes filles à la fleur de l’âge -par l’entremise de quelques maquereaux impénitents- s’y rendent pour faire commerce de leurs corps. A chacun sa misère. Là aussi, la vie quotidienne est végétative.

« Pour m’en tenir à ton exemple, que pourrais-tu escompter ? » m’interroges-tu. Ici ou ailleurs, les mêmes exigences : les nourritures terrestres et la culture. Partout. Sous le toit de n’importe quelle République. Mais c’est là un vaste programme, tous les citoyens réclamant les mêmes revendications. Avons-nous laissé notre individualisme l’emporter sur nos principes ? Sur l’aspiration à une vie où tout un chacun doit participer pleinement à l’émancipation de la société ? L’idéal est de mettre en pratique chez soi ces principes. Cela passe par la réinsertion de ces milliers de déracinés qui vivent ici…

(à suivre)


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