Accueil > Culture > Exils : de Sétif à Paris >

PARIS (19)

mardi 13 septembre 2011, écrit par : Amar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Pourtant, en relisant ta lettre, tu ne manques pas de m’apostropher net : « Se réinsérer, tu parles. C’est absolument impensable pour toute personne ayant atteint un tel degré de conscientisation, de maturité intellectuelle et qui a voyagé. Donc à même de juger, d’analyser et de conclure du fait qu’elle dispose de pôles de comparaison et de références.

« Par ailleurs, à mesure que le temps passe, le déphasage pour nombre d’intellectuels se fait ici plus aigu. Déphasage multiforme. La propagande officielle et la montée de l’intégrisme à un rythme que tu ne saurais imaginer. Avec la bénédiction du système en place. Il s’en sert pour maintenir et fourvoyer encore plus les masses dans les abysses de l’obscurantisme. Tu te doutes bien que son arrière pensée politique est tout à fait autre.

« Cet état de fait transparaît pratiquement dans tous les domaines : enseignement et mass média (notamment la télé). Même les gosses du primaire sont touchés. Cela se constate aisément au nombre de gamines qui mettent « la soutane ». Ici, on les a affublées du sobriquet « 404 bâchée ».

« Le mois du jeûne est une véritable bénédiction pour les spéculateurs de tout acabit. Sur les denrées alimentaires particulièrement. Je deviens fou de rage quand je pense à la classe militaro affairiste (et toutes les catégories d’opportuno-jouisseurs qui gravitent autour) qui affiche un luxe ostentatoire, en se payant des bagnoles et des villas de plusieurs millions de briques.
« Quand je pense également au fatalisme héréditaire et quasi morbide de nos gens broyés par les difficultés à joindre les deux bouts, je ne peux étouffer les bouffées de haine qui montent en moi. Dire que l’abîme ne cesse de s’amplifier entre les possédants et les « possédés »…

Pour parler comme toi, tu as fichtrement raison. J’ai la chair de poule en pensant à tout cela. Que faire ? Vaste programme. La dérision n’est plus de saison. Elle perd de son efficacité de plus en plus. Il faut créer un nouveau moyen pour disqualifier toute vie officielle qui nous ignore. Une nouvelle échappatoire ? Un exutoire sans nul doute. A quand ? Jusqu’à quand ?

C’est dur d’être des victimes du sadisme du pouvoir dans son propre pays. Les toiles d’araignée et la poussière viennent se déposer sur notre fatalisme légendaire. Le pouvoir peut être fier de nous avoir comme citoyens soumis. Il exploite à satiété chez nous les sentiments patriotiques.

Face aux injustices innombrables générées par la politique de nos tyranneaux, on meurt à petit feu. La dérision, cette thérapie de l’heure, n’est plus de mise. Privés de notre droit à l’expression, nous devons prendre en horreur les profiteurs de tout acabit.
La société court un grave danger : devenir un vaste univers cellulaire. Une sorte de réserve où nous serons parqués. Que pouvons-nous contre la terreur organisée ? Contre la brutalité de nos bourreaux ? Car ils cherchent à empoisonner en nous toute forme d’espoir et à polluer nos mentalités par leur propagande à bon marché, nous devons sans relâche souffler pour rallumer le feu du changement. Face à nos assassins, réels ou en puissance, l’indignation n’est plus l’ultime secours.

(à suivre)


Partager cet article :

Commenter cet article
الرد على هذا المقال


Derniers articles
Notre site utilise des cookies à diverses fins, notamment pour personnaliser les publicités. En continuant à utiliser ce service, vous acceptez notre utilisation des cookies.   En savoir plus