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PARIS (22)

dimanche 18 septembre 2011, écrit par : Ammar Koroghli, mis en ligne par : Boutebna N.

Le sachant féru de la chose économique, je n’hésitais pas à lui demander des explications quant à notre déficience… Sa réponse se fit cinglante. Sans appel.
D’une manière générale, le bilan du pouvoir algérien fait ressortir les incohérences d’une stratégie et son coût social, la croissance des dépenses improductives, la non-maîtrise de l’appareil productif, la formation de féodalités économiques et politiques, les dangers de l’extraversion et le mépris des masses en prime…
Et pourquoi donc ?
Parce que le système repose tantôt sur un homme (en apparence du moins), tantôt sur un collège de décideurs. Le chef d’Etat conserve, au delà de l’écran politique du pluripartisme affiché et timidement appliqué, la haute main sur le pays. Certains n’hésitent pas à dire “ L’Algérie est devenue un immense trafic… Tout le monde trafique, le gouvernement en premier, et nous les guellalines (les pauvres), on va rester à les regarder ? Nous en avons marre de voir les mêmes têtes. Et il est difficile de demander à un travailleur qui réalise des logements et qui habite dans un bidonville d’avoir le cœur dans le travail s’il voit le produit de son travail détourné.
L’Algérien est capable d’être autre chose qu’un hittiste, un drogué, un intégriste, un chômeur…
Et comment ! Mais hélas, il est loisible de constater au grand jour des différenciations sociales jusqu’ici inégalées, y compris chez les couches moyennes ; les cadres moyens et supérieurs, dans les entreprises et les administrations, souffrent tout comme les catégories sociales, à bas revenus.
Nous devrions appeler un chat un chat ; disons désormais notre mal développement, sans complexe. Le pétrole m’a tué, devrait-on dire ? L’industrialisation inachevée n’a pas abouti à ce que le système a qualifié de « socialisme spécifique » ?
Quelle ineptie ! Comment ose t-on se moquer de nos gueules ? Que fait-on de l’endettement excessif, de l’austérité imposée aux citoyens, de l’affairisme d’Etat résultant du libéralisme débridé, des intérêts de ce qui a été désigné par feu Mohamed Boudiaf, Allah yarahamou, sous le vocable de mafia politico-financière ?
C’est hélas également une lapalissade que de dire que nous dépendons entièrement du pétrole et du gaz.
Oui, et l’échec moult fois constaté de l’agriculture… La faute à l’économisme technocratique ; la dette a failli hypothéquer lourdement l’avenir du pays et des générations montantes. Et pourtant nous eûmes droit au slogan « Pour une vie meilleure », ensuite celui du « compter sur soi »… Mais le régime continua de se voiler la face devant les vérités les plus criantes alors que la baisse des recettes pétrolières et les difficultés d’écoulement du gaz ne cessaient de croître...
Il y eût des tensions sociales dues à la flambée des prix notamment…
Oui, on s’aperçut quelque peu du déficit flagrant en démocratie. Notre population allant crescendo, les problèmes existant déjà se poseront avec davantage d’acuité : habitat, santé, scolarisation, consommation… Outre le dépeuplement des campagnes qui a mis bas notre agriculture et a obéré notre chance d’avoir un jour la sécurité alimentaire. Les estimations d’alors font état d’une dépense de mille milliards anciens en produits alimentaires chaque année. Triste réalité … Chiffres implacables qui annonçaient, en partie, les déboires de notre pays. Il faut dire que, pour faire avaler la pilule, le pouvoir décréta dans ses documents et discours ¬ce qu’il a appelé l’« après-pétrole » ; puis, versatile, « L’après-pétrole, c’est le pétrole ! ».

L’« après-pétrole » ? Quel après-pétrole ?...
C’est un leitmotiv qui a servi de doctrine à la poignée de décideurs pour faire appel davantage au secteur privé et au capital étranger ; ainsi que la prétendue relance de l’agriculture par la remise des terres nationalisées à leurs propriétaires. C’était pour revoir la politique des alliances. L’affairisme d’Etat est plutôt favorable aux couches bourgeoises. Cela me rappelle le cas de la Russie où, semble t-il, ils sont sept prédateurs à s’être partagé le pays, sept barons dont on murmure qu’ils font et défont les lois, nomment les ministres, quand ce n’est pas le Président lui-même… Ces nouveaux magnats qui contrôlent plus de 250 sociétés et ont construit en un temps record des fortunes colossales, à la limite de la légalité. Pétrole, médias, télécoms, métaux, mines, automobile, en cinq ans, les secteurs les plus juteux ont été soigneusement quadrillés, le gâteau méthodiquement partagé avec la complicité de vieilles amitiés, quand ce n’est pas d’intérêts mafieux... Cela rappelle également la « mafia politico-financière » tant décriée par feu Mohamed Boudiaf ; ce qui lui a sans doute coûté la vie…

(à suivre)


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