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Sur la route des vacances d’hiver : L’horreur !

jeudi 9 janvier 2014, écrit par : Bouguessa N., mis en ligne par : Boutebna N.

En cette belle, paisible et ultime matinée du dernier mois de l’année, j’empruntais cette non moins belle voie menant de Sétif à Bejaïa, une chaussée néanmoins de plus en plus pénible à vivre et à-percer". Arrivant dans la commune de Taskriout, évitant la longue galerie qui peut vous réserver à chaque instant une mauvaise surprise, un éventuel-canular", je longeais ces fascinantes gorges de kherrata avec un réel plaisir et, au sortir de l’un de petits tunnels qui jalonnent ce beau passage, quelle fut ma surprise de découvrir ...l’horreur !
L’horreur dans toute sa splendeur, dans sa superbe, resplendissante, majestueuse et éclatante laideur !
Oui, devant vous se dresse un spectacle odieux, scandaleux, affligeant, lamentable, abominable, effroyable, damnable, fétide, infect, roque et glacial.
L’insupportable, l’insoutenable, l’inqualifiable, l’incompréhensible, l’impensable, l’injustifiable, l’indescriptible, l’innommable, l’inimaginable, l’inexplicable, l’inadmissible et l’irréparable agression contre nature, contre la nature se commet devant vous.
je fus stupéfait, abasourdi, assommé, impuissant, hagard, me sentant seul, très seul devant cette image surréaliste, cette plaie profonde et affreuse qui s’offre aux voyageurs, de plus en plus nombreux chaque jour davantage.
Là, devant mes deux yeux, deux camions à bennes, qui rappellent de très mauvais et tristes souvenirs, deux tombereaux, dis-je, de même couleur, de même tonnage, dont l’un arborait, j’allais dire fièrement, les armoiries, les couleurs et l’inscription bien visibles de ce qui semble être son mentor à savoir une certaine collectivité territoriale, déversaient, sans gêne, au su et au vu de tous, en pleine lumière et en plein jour, leur butin, quel butin ! Des ordures et des saletés, sur la bas coté, en contrebas sur une profondeur de plus de 60 mètres, dans les ravins vertigineux, sur le lit d’un torrent asséché et, cerise sur la pourriture...en gênant considérablement la circulation ; à y regarder de plus près, il s’agit en fait, d’insanités jetées sur la figure humaine !

On se dit alors en son for intérieur, se le répétant, le criant presque ;
Comment des êtres doués d’intelligence, de raison et de ...cœur peuvent-ils en toute tranquillité, celle de l’âme et de l’esprit, causer un tel désastre écologique, moral, environnemental, une telle souillure sur une aussi divine et sublime nature ?
Comment osent-ils mépriser ces pauvres créatures, ces singes magots, ces victimes collatérales ?
Comment des humains peuvent-ils attenter chaque jour à la faune, à la flore, à l’intégrité de l’écosystème et à la sensibilité spatio-temporelle de ce paysage mirifique ?
Comment arrivent-ils à déranger à ce point la quiétude de ce site chargé d’histoire, sacralisé et béni par le sang, le sacrifice et le martyre des Hanouz, de son fils et autres chouhadas, aujourd’hui sans défense ?
Comment ose-t-on souiller, sans sourciller, sans impunité aucune, salir et profaner la mémoire des glorieux moudjahidine ?
Comment peut-on, en toute impunité, défigurer un aussi beau site ?
Comment, comment....?

Je ne croyais pas mes yeux devant ce viol, ce drame, ce traumatisme, ce séisme, cette honte, cette violence, cette insulte, cette détresse, ce scandale écologique, ces images répugnantes ; j’avais une telle honte d’être ici, d’être le témoin de cette tragédie et d’en devenir ainsi le complice !
Si hier, on pleurait les morts, aujourd’hui on pleure les vivants ; on se lamente sur cette admirable et généreuse nature qui nous a tant donné, qu’on n’arrive plus à préserver et à protéger ; on s’apitoie sur ces macaques inoffensifs, ces bébés singes innocents, sans tuteur et protecteur, qui font pourtant la joie des petits et le charme de ce corridor, qui égayent à longueur de journée et d’année nos petits sans grande contrepartie sinon un crouton de pain et pour lesquels, au jour d’aujourd’hui, on n’éprouve ni n’en ressent aucune compassion. Quelle ingratitude !
Et, si dans quelques jours, demain, quelques bonnes âmes décideront d’extirper ces ordures, ils vont voir se dresser contre eux toutes les peines du monde et, il leur serait laborieux, voire malaisé pour le faire et le réussir au vu de la profondeur de ce-dépotoir" et du caractère accidenté du relief.
Dites moi amis, quelle logique, quelle culture, quelle idéologie, quels idéaux peuvent accepter pour ne pas dire décider, ordonner, provoquer, feindre de ne pas voir, apercevoir ou entrevoir cette descente aux enfers ?
J’allais oublier, un peu plus tôt - un malheur arrivant rarement seul - en contournant quelque peu la ville de kheratta, sur les hauteurs de cette belle bourgade, je fus sidéré de voir un autre spectacle aussi désolant ; tout un troupeau de moutons se régalait dans une décharge sauvage, au vu, là aussi de beaucoup. Il est vrai que cette scène hideuse est devenue, dans beaucoup de nos contrées, un décor familier, habituel,-normal" diront certains. A ce train, beaucoup de nos bêtises, cadreraient avec cette surprenante-normalité".
Est-on, comme l’a précisé à juste titre un chroniqueur désabusé, atteint de ce mal étrange, de ce quatrième état psychologique, ce- blocage moral" consécutif à des troubles post traumatiques, souffrant de lésions diffuses, sérieuses qui nous rendent résignés à jamais, impuissants, passifs, effacés, inanimés, las ? Je ne veux pas, ni ne puis accepter, ni encore comprendre que certains d’entre nous se caractérisent par l’indifférence, le renoncement, l’abandon, la démission, le détachement, l’impuissance collective devant la détérioration du cadre de vie, du vivre ensemble, du bien collectif - Est-ce là une destinée ?
Je me suis déplacé à la ville pour enquérir et bien entendu s’enquérir :- tout le monde est au courant, quelques articles y ont été même consacrés, même la télévision en a fait un reportage,-m’a-t-on répondu, un autre choc aussi violent ! Plus loin, j’ai discuté longuement de l’agression, de cette dérive... avec de citoyens de kherrata ; là aussi, surprise, même rengaine - Tout le monde est au courant, des protestations on été engagées, sans résultat, rien n’y fit", le comble, j’étais groggy.
Sommes nous devenus insensibles, sourds, indifférents, secs, complaisants, imperturbable et sans-cœur à ce point ?
Je ne jette la pierre à personne en particulier, je n’incrimine pas non plus, je ne doute de la compétence ni de la volonté d’aucun, je dis la chose comme elle est, comme elle s’est présentée, ce n’est pas non plus un quelconque jugement mais un cri, une grande douleur et le récit fidèle de ce que j’ai enduré ce jour là et, je n’étais surement pas le seul.., j’avais vite oublié les trois heures qu’il fallait pour traverser 65 bornes, jusqu’à Souk El Tenine, ce parcours du combattant, cet épuisable périple, les incessants bouchons, la gêne occasionnée par des travaux interminables qui obstruent la chaussée, qui sont entamés souvent sans normes et autres consignes de sécurité, sans respect pour les usagers ; des chantiers qui se démultiplient, qui durent et perdurent, qui s’étirent et s’éternisent et dont on ne voit pas l’heureuse fin, l’épilogue. J’étais éprouvé, extenué, affecté, éreinté, essoré, lessivé, extenué, fini, fatigué, bouleversé, déprimé, horrifié après cette inattendue malédiction, cette succession d’images viles, détestables et repoussantes qui te donnent la nausée, le dégout et la mal-vie.
Notons que l’année 2013 a été célébrée par la radio nationale comme étant celle de l’environnement ; et bien, hélas, elle s’achève comme elle a été entamée, entachée, à notre grand désespoir par le plus mauvais des décors. Dommage !
Enfin, a-t-on mesuré , mesure-t-on assez les dégâts moraux faits à notre conscience collective, les blessures morales et psychiques faites à nos enfants ?
Il est temps, plus que temps de nous ressaisir, de stopper cette effusion de repères et des valeurs qui va crescendo, des valeurs universelles qui font la grandeur de toute nation.
Un appel est lancé aux élus, aux autorités locales et centrales, aux sages, et ils sont nombreux, à la société civile, à toutes les bonnes volontés et les citoyens de kherrata, Bordj Mira, Darguinah, Bejaia, Sétif : nous vous demandons et vous prions, vous implorons pour votre confort moral et paix intérieure, pour notre salut à tous, d’arrêter ce désastre, de faire cesser ce chaos, ce désordre, cette forfaiture au nom des enfants, nos enfants qui méritent mieux. Faisons valoir notre citoyenneté ! Nous sommes interpelés, appelés, alertés pour mettre un terme, un frein à ce cauchemar. Des meures urgentes, énergiques doivent être prises et entreprises.
Par ailleurs, manquons-nous réellement et terriblement d’imagination pour trouver un terrain d’assiette dans notre vaste pays, dans cette Algérie infiniment grande, pour fourrer nos déchets sans avoir à agresser la nature.
Aidons la collectivité locale de cette cité à trouver une solution idoine et adaptée , à assurer et remplir cette noble mission de service public sans dégâts, soyons à ces cotés ! L’intercommunalité ne doit pas être un vain slogan, la solidarité entre Wilayas aussi.
Faisons de cet espace une citadelle, un pole attractif, historique et touristique, sain et accueillant où nos enfants pourront respirer à pleins poumons sans pollution et sans stress, au contraire de la présente décharge sauvage.
Notre responsabilité individuelle et collective, celle des pouvoirs publics, le serment fait à nos valeureux nous le commandent ! Ne l’avons-nous pas juré-...Par le sang pur généreusement versé...sur les cimes altières de nos fières montagnes...".

SVP, Rassurez-nous vite !

Salutations cordiales à nos concitoyens, amis, frères et Ouled El Houma de kherrata, aux valeureux et braves gens, aux militants de la première heure.

Un ami de la région m’a dédié ces petits vers :
M artyre dans ta chair et dans ton âme blessée,
A rriveras-tu à guérir tes profondes plaies,
R ançon payée pour la dignité, la liberté ?
T e souviens-tu, Kherrata, te souviens-tu 8 mai ?
Y eux mouillés, tristesse et le cœur mortifié,
R emémore, remémore encore pour ne pas oublier,
E t glorifie tes chers enfants morts... immortalisés !

PS : Hanouz, natif et originaire de Sid Aich, employé des hôpitaux, un des premiers chahids, a été assassiné avec son fils en mai 1945 ici, avec des centaines et des centaines d’algériens qui avaient eu à manifester pour une Algérie indépendante selon le témoignage de feu Djenane Ali qui a été blessé ce jour là.


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