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Ballade entre Chelhab le hameau martyr et Mzeyen , un joyau de la Kabylie.

Tourisme et culture
mercredi 21 mai 2014, écrit par : A. Nedjar

Bouclant le cycle du Mois du Patrimoine conduit toujours sous la houlette de la Direction du Musée National d’Archéologie de Sétif et de son équipe d’assistants ,notre déplacement s’est achevé par la visite de deux contrées du terroir qui sont à la fois si proches si lointaines de nous .

Il s’agit des régions de Ain Legradj et de Beni Ourtilane que nombre d’entre nous en ignorent même l’ existence , leurs positions géographiques et encore moins le vécu quotidien des populations qui y habitent . C’est à peine si elles émergent dans nos échanges du fait de leurs isolements depuis toujours , bien que de tout temps ,elles furent d’importants réservoirs et pourvoyeuses de compétences nationales , marquées par la présence de grands érudits ,connus même hors de nos frontières à l’instar du célébrissime Cheikh Foudhil El Ourtilani.

Ça ne fait que quelques années à peine que l’isolement dans lequel elles étaient confinées ait été rompu. Avec l’électrification ,l’arrivée du gaz naturel et l’aménagement d’une belle route nationale ,élargie ,modernisée ,signalée , épousant les contours et les reliefs difficiles existants, aujourd’hui ,on peut s’y rendre aisément pour admirer les magnifiques paysages faisant des lieux de véritables édens .

A cette époque de l’année, la nature se manifeste par une dense et luxuriante végétation où les herbes folles, les arbres et arbustes sauvages côtoient une arboriculture de montagnes en pleine mutation où l’olivier et le figuier prédominent. Les sources d’eau abondantes et limpides en cette saison ,émergent partout .Les fleurs sauvages qui garnissent les maquis sont dominés par le jaune vif éclatant du genet au parfum presque violent à côté du calycotome épineux (Guendoul) , et de nombreuses autres espèces de grandes variétés botanique ,établissant ainsi un couvert de montagne d’une harmonie de couleurs naturelles sans pareilles.

Tous les membres du groupe des 150 visiteurs transportés par cinq bus , étaient époustouflés ,voire fascinés pour certains par la découverte de ces merveilles. Et, c’est avec grands regrets que la visite s’acheva tard dans la soirée avec la promesse de revenir plus nombreux encore en compagnie des amis et des proches .

Mais auparavant, notre circuit avait été marqué d’une halte auprès de la superbe auberge de Ain Legradj pour profiter d’une expo d’articles d’artisanat local et de photos avant d’entamer le programme de la journée .

Chelhab, le village martyr.

Considérée comme zone interdite du temps de la guerre d’Algérie et haut lieu de mémoire maintenant , la visite de Chelhab qu’il fallait rallier à près de 7 km de marche à pied sonne encore dans tous les esprits. Ce hameau où vivaient quelques dizaines de familles est totalement vide de sa population maintenant. Son histoire est intimement liée à la guerre de libération nationale. Centre de repos et de soins pour les maquisards de la révolution ,Il fût presque totalement rasé en 1956 ,à la suite de la grande offensive dite « Opération Duffour » de la soldatesque coloniale où 85 blessés de la 3 eme Wilaya qui se faisaient soigner dans des casemates faisant office d’infirmeries de fortunes à travers la foret ,avaient été impitoyablement massacré en 3 journées d’enfer dans leurs repères ,souvent gazés aux substances mortelles ou achevés à coup de balles de gros calibres en réaction à d’autres succès des révolutionnaires dans des contrées toutes proches.

Le vieux Moudjahid , rescapé et témoin des atrocités qui nous relata les faits, avait la gorge nouée et les yeux larmoyants. Entrecoupé par de profondes respirations, Il eut du mal à achever cette évocation pour dire que les habitations incendiées et bombardées sont restées en l’état depuis.

Le retour vers l’auberge pour le repas de midi s’est effectué, pour la moitié du chemin à pied , dans un silence quasi religieux tellement le groupe était marqué et très affecté par la description de ces horreurs et de ces événements tragiques.

Mzeyen, la coquette.

Dans l’après-midi , juste après la pause café au centre de Beni Ourtilane où nous étions attendu comme de grands invités par des associations locales qui nous concoctèrent un programme de variétés pour après la visite du « Village abandonné » ,de ravissantes jeunes filles accoutrées de leurs plus belles robes traditionnelles kabyles, nous gratifièrent de l’immortel « A Vava Inouva » et d’autres morceaux musicaux et chants tirés du répertoire local où s’entrecroisent les chansons modernes et traditionnelles avec les instruments adaptés .
Le grand hall du centre culturel était consacré à l’exposition de divers travaux artistiques, de robes ,de photos ,d’instruments et autres outils de champs et pièces ayant jalonnés la vie d’antan .
Il nous fut gracieusement offert des mets et des gâteaux locaux accompagnés de la très célèbre huile d’olive de Beni Ourtilane, la meilleure d’Algérie dit-on au regard des caractéristiques physico-chimiques de son terreau, de l’exposition de l’oliveraie et de certains facteurs climatologiques et atmosphériques.

Mais auparavant, nous eûmes à découvrir le village Mzeyen . Sans avoir connu les mêmes horreurs du village précédant ,bien que la lutte armée révolutionnaire fût toute aussi intense ,ici la vie est maintenant suspendue pour toutes autres raisons.
Le temps semble avoir été définitivement figé ou totalement arrêté .Pas âme qui y vive. Bien que les maisons soient toujours intactes, elles sont totalement vidées de leurs occupants, comme si elles avaient été frappées par un mystérieux malheur .
Juchées les unes sur les autres , dans un enchevêtrement presque indescriptible sur un nid d’aigle, au sommet d’un précipice, ces demeures multicentenaires pour la plus part ,aux lourdes portes closes, condamnées par de grosses chaines rouillées, nous rappellent ces anciens villages d’ermitages de vieux moines grecques, où, comme pour ici , le silence est la règle d’or.Il n’est ponctué que par quelques cris d’animaux , de chants d’oiseaux invisibles ou par la brise qui vient fouetter les joues des rêveurs que nous sommes devenus.

L’un des propriétaires en visite des lieux était très remonté contre le fait que ce village ait été qualifié « de Village abandonné ».-Ma présence atteste du contraire ,ne cessait-il de vociférer violemment .Il nous expliqua en fait que c’est les difficultés d’accès , et des contraintes multiples qui contraignirent les habitants à déserter les lieux pour se fixer ailleurs,juste en contrebas dans la vallée , sur les berges du Bousselam ,pour bénéficier des bienfaits de la vie moderne entre la scolarité des enfants, l’accès aux soins ,les déplacements etc.

En ce petit village typique de la Kabylie profonde, caractérisé par ces nombreuses maisons qu’on nomme AXXAM ou lieu de vie (Prononcez AKHAM), l’institut d’Architecture de l’Université de Sétif, en a « découvert » un véritable filon, une superbe niche d’études, très riche et très variée pour ses travaux . Une équipe de spécialistes venue directement d’Afrique du Sud assiste à ces travaux par des relevés photographiques au scanner et autres moyens à la pointe de la technologie pour une étude aux dimensions architecturales, sociologiques, ethnographiques artistiques et historiques bien sûr. http://www.youtube.com/watch?v=_jOHTxKFAWc

Ms Saïd Chouadra et Nadir Alikhoudja architectes enseignants à l’université et accompagnateurs des jeunes étudiants nous confient que les deux équipes travaillent avec pour objectif de tenter de faire en sorte que ce village soit d’abord classé en tant que Patrimoine National pour sa préservation . L’idée finale est de promouvoir ce joyau pour une classification future auprès de l’UNESCO pour son inscription au patrimoine matériel mondial.

Contre les réticences de certains habitants qui sont allés jusqu’à ériger une plaque d’interdiction aux visiteurs étrangers au village, le restant est convaincu que l’idée constituerait sans doute un moyen efficace de promotion de la région pour la sortir définitivement de son isolement .

Nous ne terminerons pas sans renouveler nos remerciements au personnel du Musée de Sétif , initiateur de ces belles journées et de remercier également les admirables habitants des contrés visitées, des associations ainsi que les maires ,les services de sécurité et la protection civile qui ont veillé à notre confort tout au long de notre présence ici dans les montagnes et sur les routes de notre belle et rebelle Kabylie .

première série de photos : Visite du hameau Chelhab.

Seconde série:Photos relatives à la visite du village Lemzeyen .


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