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Nous étions lycéens (Partie 8)

mardi 8 octobre 2013, écrit par : Toufik Gasmi, mis en ligne par : Boutebna N.

LE LYCEE

Nous faisions notre cartable pour demain : (les internes rentraient deux jours avant les externes). Le jour que nous pensions être le plus important de notre vie… nous allons entrer en 6ème, autrement dit, par la cour des grands, il suffirait d’une pichenette pour que nous nous sentions adulte.

Nous veillions à ne rien oublier, pas même le moindre manuel scolaire, nous bourrions nos cartables de tout ce qui nous tombe sous la main, et nous voilà à porter fièrement les dix kg de manuels scolaires sur nos épaules toutes chétives.
Nous pensions déjà à demain, le jour tant attendu, mélange d’angoisse et de renouveau. Plusieurs interrogations surgissent en nous. Allons-nous réussir à nous faire des amis ? Est-ce que tous les profs seront gentils ? Oui, parce que désormais nous aurons plusieurs professeurs et plus de maitre ou de maitresse.
Le jour J, nous sommes debout avant que le réveil ne sonne et /ou que l’un de nos parents vienne nous réveiller ; nous avions une grosse boule nouée au fond de notre ventre, tout en ayant une furieuse envie d’aller aux toilettes, tout de suite, immédiatement.

Cette fois-ci le cartable est porté devant un panel de nouveaux lycéens dans le même état que nous, avec le même poids inutile qui nous courbe le dos. Nous nous demandions dans quelle classe nous allons y être, tout en regardant les nouveaux 5èmes, 4ème, 3ème avec un œil envieux.

Nous nous rendions compte que maintenant, nous ne sommes plus les ‘’grands’’ de la cour de récréation, comme nous l’étions en CM2, mais que nous sommes les plus jeunes à présent.

Nous ne savions pas encore, mais le lycée nous fera vivre nos premières déceptions, nos premières sorties, nos premières camaraderies, nos premières rebellions, nos premiers flirts peut être…bref, quelques unes de nos premières fois.
Nous voilà devant la grande porte en fer forgé de ce lieu qui va transformer notre vie d’adolescent et qui nous marquera jusqu’au crépuscule de notre vie.
Nous gardons l’image quasi impérissable de ces murs et façades immaculés, de ces salles éclairées naturellement, de cette salle de dessin en forme d’amphithéâtre, de ce beau et grand gymnase avec ses nombreux agrès, de ces arbres centenaires qu’on appelle ‘’robiniers’’, de ces cours bitumées qui nous rappellent notre école primaire ; nous avons su par la suite, la raison pour laquelle ce matériau anti dérapant a été utilisé : c’est tout simplement pour éviter les glissades : le froid glacial légendaire de Sétif entretenait la formation de verglas, d’où le risque d’accidents.

Aujourd’hui nous pleurons à l’idée de savoir que le carrelage a remplacé le bitume ; pire encore c’est sur le goudron que ce matériau a été posé. C’est encore la faute à la stupidité humaine.
L’Algérie est devenue ainsi, le seul pays où les cours des établissements scolaires sont carrelées.

Allez savoir pourquoi !

Un peu plus tard, également l’on apprit que, chaque été, le ravalement des salles de classes et des préaux du lycée était l’affaire des agents de service de l’établissement. Avec les moyens que l’on peut qualifier aujourd’hui de rudimentaire : la chaux et le gros sel permettant la préparation de ce liquide blanchissant et nourrissant, ils activaient quotidiennement, même les jours fériés.
Ce travail entrant dans le cadre de leurs taches professionnelles, était effectué sans rechigner outre mesure. Bien plus, c’était avec la plus grande humilité qu’ils l’entamaient.

Les citadins se souviennent également, lorsque très tôt, ils remarquaient les agents de service de la commune sur leurs échelles, s’affairant à rendre encore plus gaies les façades du lycée, de notre lycée.
Chers ainés, nous vous rendons le plus bel hommage pour nous avoir montré, à votre manière le gout du travail bien fait et …la propreté ;
Deux jours nous séparent de la rentrée officielle. Il faut au plus vite avoir les fournitures scolaires et les livres.

Qu’à cela ne tienne !les librairies Monin et Venys situées l’une en face de l’autre dans la rue Valée (décidément cette rue), non loin du lycée affichaient combles .Plusieurs vendeuses, portant des tabliers jaunes floqués du nom de la librairie, aimables et souriantes, telles des abeilles, s’affairaient autour de nous. Certains revenaient deux à trois fois pour se faire servir. Nous devinons pourquoi.
Nous étions agglutinés aux portes de ces librairies pour acheter pour la première fois le’’ Lagarde et Michard’’ et les ‘’classiques de Molière’’ manuels incontournables, qui nous ont fait aimé la littérature dans son ensemble. Qui les a oubliés ?
Il est bon de rappeler chers lecteurs et lectrices, que les programmes n’ont jamais changé d’une année à l’autre : et par voie de conséquence, les livres et autres manuels sont restés les mêmes pour toutes les classes, de la 6ème jusqu’en terminale.

Ainsi on pouvait avoir à bas prix les livres ayant appartenu à un élève d’une classe supérieure et ainsi de suite pour toutes les autres classes.
De cette formidable programmation pédagogique réfléchie, nous sommes sortis de ce lycée, grandis, formés et surtout cultivés. Nous rivalisions sans aucune difficulté avec nos camarades dont la langue enseignée était leur langue maternelle. Bien plus, nous étions souvent les meilleurs ; inconsciemment, ils avaient créé en nous cette émulation.

Par ailleurs, nous prenions beaucoup de précaution quant à la manipulation des livres : nous sommes prévoyants. L’année prochaine, ce sera notre tour d’être vendeur pour la première fois.

Sur le prolongement des deux librairies, des livres et des classiques étaient étalés à même le sol et classés par année d’enseignement et par matière.
Ainsi, on y voyait des jeunes et moins jeunes, des listes à la main s’affairer autour de ce marché aux livres.

Quelle ambiance ! Les marchands d’un jour étaient fatalement des élèves –externes pour la plupart- chacun y trouvait son compte, même les malins ou opportunistes, c’est selon, qui, profitant de cette aubaine, vendaient des illustrés (Bleck le Rock, Micky le Ranger, Buck John, Kit Karson …) .Certains faisaient de la vente concomitante. Oui, déjà on savait cela. Au fait qui n’en a pas acheté ? Aujourd’hui, on aimerait bien en avoir un entre les mains.

A SUIVRE


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1 commentaire(s) publié(s)
Commentaire n°206465 :
Tiens ! rebelote avec les commentaires ! C’est curieux on bloque les commentaires pour les articles qui méritent d’être débattus tels celui des résidents....Un toubib qui a 4 de moyenne est plutôt un charcutier ,vous ne pensez pas ! Le lycée Albertini n’aurait jamais formé pareil rebut !

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