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Nous étions lycéens (Partie 12)

mardi 22 octobre 2013, écrit par : Toufik Gasmi, mis en ligne par : Boutebna N.

ORGANISATION

L’organisation et le fonctionnement du lycée était réglés comme du papier à musique : tous les musiciens connaissaient parfaitement leurs partitions sous la direction d’un chef d’orchestre hors pair.

Il faut dire que depuis le temps où ces modestes fonctionnaires sont ensemble, la coordination et la complémentarité sont bien assimilées. Chacun sait exactement le travail qui lui est dévolu et c’est ainsi que nos serviteurs de toutes les années scolaires passées s’affairaient pour nous rendre, à nous élèves, la vie dans le lycée plus agréable .Et ils le faisaient bien. Ils y ont réussi.

Que dire de ces trois agents de service qui, à la fin de chaque année scolaire ne rechignaient pas à la besogne en passant dans toutes les classes ,munis de clés à molettes et de seaux pour procéder à la vidange de tous les radiateurs muraux en prévision de la mise en service de la chaufferie dès le mois d’octobre : il ne fallait surtout pas que les classes ne soient pas chauffées.

D’autres agents se dirigeaient en haut du bâtiment où se trouvaient les citernes hautes de plus de cinq mètres et là, après qu’ils les eurent vidés de leurs eaux, ils entamaient l’opération badigeonnage des parois d’une couche d’omnium afin d’éviter la rouille. Ce travail était épisodique, c’est-à-dire chaque été.

Il ne fallait surtout pas être claustrophobe .Quelle conscience ! Une anecdote qui mérite d’être narrée : l’un des trois agents en charge de cette opération (Fenni Ahmed) était resté à l’intérieur de la cuve ; ces collègues pensant qu’il était déjà sorti ont refermé le grand couvercle. Une demie heure plus tard, ils se sont aperçus que les vêtements de Fenni sont toujours accrochés dans l’atelier, et là instinctivement, ils montèrent et ouvrirent le couvercle : M.Fenni était à la limite de l’évanouissement. Là où vous êtes, vous avez notre plus grande considération.
Et l’Ami de tous les élèves, celui qui nous parlait et nous chérissait comme ses enfants, celui qui a passé plus de cinquante années dans cet établissement et qui chaque jour, le registre d’absence sous le bras, passait de classe en classe et à chaque heure.

Nous sommes témoins que M.Douadi Saadna, car c’est de lui qu’il s’agit, parcourait quotidiennement plus de dix kilomètres sans se plaindre .Il était également présent et à l’entrée et à la sortie des élèves externes à chaque heure. Qui peut aujourd’hui rivaliser en termes d’heures de travail ? Ammi Douadi, tu as été et resteras une icône du lycée, ce lycée qui t’a vu à l’âge de dix huit ans. Merci pour tous les sacrifices que tu as consentis, mais tu nous le répétais souvent : c’est un devoir pour moi que de servir les futurs cadres de mon pays. Tous les camarades qui liront ce recueil, auront une pieuse pensée pour toi, c’est certain, car tu nous as marqués.

M.Bahloul Messaoud, que Dieu ait son âme, le veilleur de nuit n’est pas en reste puisque, muni de ses deux seuls outils de travail : la clé passe partout et ’’le mouchard’’, cette feuille spécialement conçue qu’il faut composter aux différents points de passage, préalablement désignés ;
Il sillonnait le lycée, montant, descendant les marches, n’oubliant jamais de se rendre dans les dortoirs, à une heure tardive, à pas de loup pour marquer sa présence à partir de ce mouchard ; le lendemain matin, à la même heure, à la surveillance générale, on procède à sa lecture. Le contrôle est ainsi fait dans la plus grande discrétion. Quelle imagination !
Que dire encore de nos chères ainées, repasseuses, lingères, qui s’occupaient de notre linge comme le feraient nos mères. Jamais un pantalon, une chemise, une chaussette ne se perdirent. Chaque fin de semaine, nous les récupérions, lavés et repassés.
Sait- on un jour posé la question de savoir comment des milliers d’effets vestimentaires qui transitent chaque jour par la lingerie nous arrivent à destination, presque toujours dans la satisfaction totale ? Les réclamations n’étaient pas courantes.
Mmes Mezaache, Raffaoui, Guettouche, Fanton…, vous avez été merveilleuses tout au long de votre parcours professionnel. Vous nous avez servis lorsque nous étions élèves. Quoi de plus naturel que de vous dire « Nous vous devons toute la gratitude, et nous ne saurons jamais comment vous remercier pour les loyaux services rendus ».
Vous méritez tous les honneurs !
Les maitres d’internat assumaient avec dévotion leur travail à la fois de surveillant, de conseiller et d’éducateur .Ils avaient l’œil partout et …espiègles comme nous l’étions, il nous arrivait de recevoir quelques brimades et punitions lorsque par exemple le sens interdit était ‘brûlé’’. Oui, le code la route était déjà en vigueur au lycée : les élèves ne devaient prendre qu’un seul sens giratoire lorsqu’ils se dirigeaient vers une autre cour : c’était le sens inverse des aiguilles d’une montre et cela pour éviter les collisions entre nous. Il fallait y penser.
Nous devons également rendre hommage à ses maitres d’internat ou d’externat qui n’hésitaient nullement à aider les élèves en difficulté scolaire.
Les toilettes, ces endroits très fréquentés pour griller une cigarette furtivement, avaient cette particularité qu’une fois à l’intérieur et la porte fermée, la chasse d’eau se déclenchait automatiquement au bout de trois minutes. Qui de nous n’a pas sursauté de son siège et … mouillé en plus ? Et on se lavait avec du savon liquide .Oui, nous l’avions découvert à cette période déjà. .
Parole d’élève : ce lycée nous joue des tours de magie.
Parlant de cigarettes, nous étions peu sensibles au risque de mort ou de maladie, comme maintes fois rappelé par les surveillants .C’est une période où on se croit immortels, surtout que chaque début d’année scolaire, nous étions tous programmés pour la visite médicale annuelle. C’est ainsi que tous les jours, des classes entières, sous l’escorte de maitres d’externat, se rendaient au centre médico scolaire situé à la Pinède. Tous les examens et radiographies étaient passés et lorsque des cas suspects sont décelés, le centre anti tuberculeux, situé un peu plus bas les accueillait. Le suivi était rigoureux et on ne badinait pas avec la santé.
Les plus anciens se souviennent de la pénurie d’eau qui avait affecté la ville de Sétif durant une quinzaine de jours et, bien sur le lycée, malgré ses réserves d’eau n’a pu supporter plus longtemps les affres de cette pénurie.
Par un matin de printemps, les serviettes sous le bras pour certains, les cabas en bandoulière pour d’autres, les internes se dirigeaient deux par deux, vers, soit les douches appartenant à M. Osmani, situées près de Ain Fouara, soit au hammam sis face au théâtre, heureux à l’idée de pouvoir enfin se laver et se raser en vue de la prochaine sortie. Ce défilé a duré quatre journées pleines.
Pour quelques uns de nos camarades, c’était le baptême du feu car de leur patelin point de hammam. Il y en a même qui se sont abonnés à ce cérémonial.
Décidemment, dans ce lycée, on pense à tout .
En parlant de pénurie d’eau, nous ne pouvons occulter l’élan d’entraide des pompiers de la ville, à leur tête le regretté Lamri Sellami, celui qui a fait partie de la glorieuse équipe de foot ball du FLN, qui sont venus alimenter les citernes du lycée, puisant cette eau de leurs réserves propres. Quelle solidarité !
Nous avons écrit plus haut que les deux lycées enregistraient des résultats scolaires à la hauteur de leur réputation qui n’est surement pas surfaite : jugez en : 98 % de réussite aux différents baccalauréats et 95% dans les épreuves du BEPC. L’Inspection Académique et l’Administration des lycées peuvent s’enorgueillir.
Le mérite revient tout d’abord aux chefs d’établissements qui se sont succédés, ensuite aux professeurs qui ont su, de par la pédagogie particulière qui est la leur, et la maitrise de leur discipline, nous inculquaient ces connaissances qui nous servent aujourd’hui.

Un fait qui mérite d’être souligné : les élèves préparant le baccalauréat étaient soumis à un régime de faveur : il fallait qu’ils soient prêts tant physiquement qu’intellectuellement le jour de l’examen et, dans cette perspective, les repas, leurs repas étaient améliorés :
Chaque matin au petit déjeuner : œufs au plat ou steak suivi d’un bol de lait avec tartines beurrées et confiture à volonté,
Cette faveur débute un mois avant les épreuves.
Et lorsque ne restent que les internes préparant leurs examens,- les autres sont déjà en vacances- ,les cuisines ne fonctionnant pas , l’administration a tout prévu :une convention est signée avec le ‘’restaurant algérien ‘’ situé prés de la caserne ,où les repas les plus copieux sont servis aux futurs bacheliers. Les maitres d’internat sont également de la partie.
Les sportifs, ceux qui étaient présélectionnés pour une compétition, qu’elle soit collective ou individuelle, n’étaient pas en reste puisque la même faveur leur était accordée ; bien plus ils devaient se présenter chaque matin à 6h dans la cour Sud, pour la préparation physique et tactique, sous l’œil des professeurs.
Cette mise au vert était concluante car les résultats suivaient.
Pour la mémoire, les tenues (jaune et noire étaient les couleurs) étaient lavées et repassées avant chaque compétition.
En écrivant ce passage, il nous a paru juste de relater l’éclosion d’un champion alors qu’il n’avait de 13 ans.
Ce jeune lycéen, mesurant à peine 1,50m, avait un potentiel qui ne demandait qu’à être pris en charge sur le plan technique .Il courrait pieds nus et effectuait le 100m en un temps record, ce qui lui permit d’être remarqué et sélectionné pour les championnats scolaires qui ont eu lieu à Constantine sur le terrain en tuf du stade Benabdelmalek.
Bien sur, il remporta le titre, toujours en courant pieds nus.
L’après midi, à la piscine de Sidi M’Cid eut lieu la cérémonie de récompenses aux différents lauréats ; Notre camarade, le gai luron Messai Nacerdine, c’est de lui qui s’agit, reçut des mains de M.Sadek Batel, alors ministre de la Jeunesse et des Sports son prix : une paire de pointes et un sac.
C’était le gamin le plus heureux.
Ses pointes lui ont encore servi pour remporter d’autres challenges.
Nacir avait d’autres prédispositions : il faisait partie de l’équipe de basket Ball du lycée et était un titulaire à part entière. Comme quoi Sétif a toujours eu une élite sportive.
Nacir, tu as toujours été un boute en train, et on appréciait ta compagnie !maintenant un peu plus.

Il y avait un autre élève au gabarit d’athlète performant qui excellait et dans la vitesse et dans le saut en hauteur. D’ailleurs, il assurait les fonctions d’éducateur physique au lycée.
Toujours disponible, il n’hésite jamais à conseiller les jeunes sportifs et il avait le don de déceler des talents cachés.

Nous revoyons Nouredine Douar s’élancer pour un ventral sur le sautoir du stade Gassab .Il fut champion d’Algérie du saut en hauteur. Merci Nouredine de nous avoir donné quelques frissons, alors que nous étions dans les tribunes, lorsque tu prenais ton élan. On t’applaudissait très souvent.

A SUIVRE


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