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Nous étions lycéens (Partie 13)

mardi 29 octobre 2013, écrit par : Toufik Gasmi, mis en ligne par : Boutebna N.

LE COMITE CULTUREL

Le comité culturel du lycée a joué un grand rôle dans notre vie de lycéen et, aujourd’hui avec les cheveux blancs et les quelques rides trahissant notre âge, nous ne cessions de nous échapper dans ce monde tumultueux pour nous réfugier dans un autre univers, celui de la joie de vivre, de la camaraderie et de l’insouciance.
Très souvent, les moments passés dans ce comité reviennent. Les images qui défilent dans notre lointaine imagination nous font replonger dans un monde qui n’est plus des nôtres. D’aucun aurait aimé que ce temps s’arrête, se fige pour ne plus avancer.

Il y a ainsi les souvenirs que l’on convoque, ceux qui reviennent brusquement et ceux qui ont une place déterminante dans nos relations. Ces instants de retour sur soi se multiplient souvent en prenant de l’âge.
Et c’est alors que resurgit cette période qui restera gravée dans notre mémoire, une période emprunte d’émotions et de joie lorsque par un printemps de l’année 1966, un comité culturel issu d’une élection libre et démocratique vit le jour à la suite d’une assemblée générale.

Ce comité formé de représentants des différentes classes s’attelait à mettre en œuvre et à concrétiser les désiratas des potaches.
Le plan d’action mis en œuvre par ce comité et approuvé par la direction du lycée, a permis l’éclosion de talents dans le domaine culturel.
C’est ainsi que la troupe théâtrale du lycée vit le jour et nous gratifiât de nombreuses représentations, les applaudissements nourris des spectateurs du théâtre municipal résonnent encore dans nos oreilles ; Et que dire de la chorale, dirigée par notre ami Tribèche, formée par les élèves des deux établissements.
Les voix mélodieuses de nos camarades du lycée de jeunes filles faisaient vibrer nos cœurs, déjà mal en point de par leur présence, lorsqu’elles chantaient une complainte andalouse.

Les excursions, ah ces sorties attendues par nombre d’élèves : il faut dire que la présence des filles du lycée M.Gaid y était pour beaucoup.
Notre condisciple qui est devenu notre ami à tous, le dynamique et sympathique B. Salah se démenait comme nul autre pareil afin de réussir ces sorties effectuées dans les cars de couleur bleue stationnés non loin de l’Hôtel des Finances, prés du lycée et appartenant à M. Ait Chaalal Idir.
Faisant fi de la rentabilité de ses cars, ce généreux personnage n’hésitait pas à supprimer des lignes pourtant régulières pour les mettre à la disposition des jeunots des lycées.

Pour M. Ait Chaalal, permettre à des jeunes élèves d’avoir un peu de bonheur, valait plus que toute autre chose matérielle, et on le lui rendait bien, la propreté était de rigueur : pas un papier n’est laissé dans le car, sachant que la prochaine excursion était pour le mois prochain.

M. Ait Chaalal Idir , vous avez toute notre gratitude.
Le trajet, s’effectuait dans une atmosphère de fête, les tenues sportives étaient de rigueur, les casse croutes confectionnées la veille au lycée, étaient surveillés de prés et acheminés sous bonne escorte.

Les mélomanes avaient leur place à l’arrière et rendaient l’itinéraire encore plus joyeux en jouant de leurs instruments des airs d’alors : pour les rêveurs et rêveuses, leur place habituelle se trouvait du coté de la vitre, ce qui, à ne pas en douter favorisait le défilé des images virtuelles ; les beaux paysages qu’offrait la région de Sétif faisaient le reste.
Nous nous souvenons particulièrement d’une excursion effectuée au sud, belle région de la datte deglet nour ; trois cars se suivaient sur une route où le sable jaune contrastait avec la verdure des palmeraies qui s’étiraient à perte de vue. A l’entrée de la ville, une pancarte nous indiquait TOLGA.
Le désir de boire nous prenait soudainement, les bouteilles d’eau passaient de mains en mains, la visite de la ville et de ses palmeraies commençait à peine lorsqu’un homme en bermuda, se dressa sur notre chemin, au milieu d’une palmeraie, un chapeau en paille sur la tête, souriant à peines dents. Il avait les bras grands ouverts comme pour nous souhaiter la bienvenue. Il était aimable à souhait.
Il nous racontait l’histoire du palmier, car cet arbre séculaire a une histoire et il serait présomptueux de la raconter aujourd’hui. Nous avons beaucoup appris ce jour.
Cet homme si courtois et si agréable, ne trouva pas mieux que d’inviter cette colonie d’élèves à venir partager le repas dans sa palmeraie.
Pour des invités de marque, nous pensons que nous l’étions, car devinez le menu :
Un couscous au miel local, donc pur.
Ce miel est récolté des ruches qui bordaient l’enceinte de la palmeraie.
Inutile de décrire la goinfrerie qui nous a pris ce jour. Toutes les assiettes ont subi le même sort : raclées à la dernière cuillère. Le bon petit lait accompagnait ce merveilleux repas.
Comme la générosité des gens du Sud est légendaire, plusieurs régimes de dattes, les meilleures au monde sans aucun doute, étaient offertes à l’ensemble des élèves.
Ceux qui n’ont pu y participer car, consignés ou empêchés ont eu quand même leur part de sucreries. L’entraide et la générosité étaient notre point commun. C’était l’allégresse au retour d’abord dans les cars puis un peu plus tard dans les deux lycées.
Cet Homme à qui nous rendons hommage après quelques décennies, était un élève du lycée : il avait pour nom : TABBI. Merci l’Ami, on ne t’oubliera pas !
Quelques photos, jaunies par le temps existent encore ; sans aucun doute, en les revoyant, une pointe de nostalgie fera surface.
Des camarades, au détour de conversations nous rappelaient également les sorties effectuées à Darguinah lorsque l’on visitât la centrale électrique, à Timgad, à Djemila où nombre d’entre nous ont gravé sur la pierre, comme les ancêtres, certaines initiales et dates, et l’on devine à quoi elles correspondent.
Mal leur en a pris, car nous les avons quelque part dans notre mémoire, et combien de fois ces balades merveilleuses ont été évoquées, et dans le moindre détail.
Combien de fois l’expression ‘tu te rappelles, tu te rappelles’ a été prononcée, comme pour solidifier la mémoire.
Toutes ces excursions étaient effectuées avec le même rituel et l’engouement était d’autant plus grand que les demandes de participation étaient sans cesse en nette croissance.
Elles avaient néanmoins, un point commun : la joie de se retrouver tous ensemble garçons et filles.
Le ramadhan était particulièrement attendu, surtout après la rupture du jeune ; une grande salle face à l’économat, jadis fermée-nous n’avons pas su pour quelle raison-, fut ouverte et mise à la disposition du comité culturel et servait donc de lieu de convivialité après les heures de classe : on l’a baptisait ‘’foyer’’.
Les élèves internes, aimaient à se rencontrer dans cet espace dont les horaires d’ouverture et de fermeture étaient réglementés.
Des groupes d’élèves se formaient naturellement, soit par affinité, soit par région. Pratiquement tous les soirs, on entendait les vociférations et autres cris des joueurs de belotte ou de dominos ; certains, plus calmes sirotaient le fameux thé préparé par un certain Amar accompagné de la zlabia achetée un peu plus tôt par les plus volontaires à la pâtisserie Boudraa, située en face du théâtre ou chez notre ami le tunisien du coin de la rue Valée.
Et dans tout ce charivari, des rires fusaient d’une table située dans le coin droit de la salle faisant face à l’entrée : dés lors on savait que des illustrés se trouvaient entre les mains de ces férus de BD et c’était bien sur les périodiques ‘’les pieds nickelés’’ ou ‘’Tartine’’. Qui ne se souvient pas de Croquignol, Filochard et Ribouldingue, ces trois petits filous, à la fois escrocs et hâbleurs, et de la vieille dame chevaleresque ?
Micky le Ranger, Buck John, Zembla, Blek le Rock et autre Butch Cassidy captivaient des lecteurs assidus certes, aussi, ces derniers étaient bien plus concentrés donc plus silencieux.

Ces bandes dessinées étaient d’autant plus prenantes que l’on se hasardait à terminer les histoires dans les salles d’études, en permanence, en évitant les soupçons et regards du maitre d’internat, car il ne fallait surtout pas se faire prendre .La confiscation de ce précieux document et la privation de sortie étaient le tarif appliqué et que l’on aimerait pas subir.
Et Dortus, quel oubli ! Dortus, l’homme qui nous a tous endormis alors que ce n’était surement pas l’heure de la sieste ; Dortus est l’homme venu d’ailleurs- de Tunisie, nous le croyons- qui, par un après midi automnal a déshabillé l’assistance, certains sont restés en slip, seulement en prononçant quelques mots magiques « il fait très chaud dans cette salle, vous êtes sur la plage » alors que la température extérieure avoisinait les 10°. Dortus était à la fois hypnotiseur et prestidigitateur.
Ainsi, l’hypnose a eu raison de notre énergie débordante. Tous les élèves obéissaient au maitre de séance qui demandât à un camarade de classe, devenu plus tard apiculteur sur les terres de ces aïeux, à Mesloug , d’imiter Enrico Macias et de fredonner quelques chansons de son répertoire, ce qu’il exécutât fort bien d’ailleurs, sous les yeux amusés et rieurs d’une partie de l’assistance dont l’hypnose n’a pas eu d’effet . Nous avons découvert en lui un talent caché.
Nous passâmes ainsi de la chaleur suffocante au rythme mélodieux des chansonnettes.
Les virtuoses du violon, de la flute, de la guitare et de l’harmonica se donnaient rendez vous quant à eux, soit au lycée M.Gaid, soit au théâtre municipal pour des répétitions, préludes aux rencontres futures. De tous ces instruments, l’air de la cornemuse était le plus envoutant.

Nous nous souvenons tous d’un camarade originaire de BBA, un garçon aux cheveux blonds et frisés avec des yeux expressifs et rieurs, portant constamment une blouse grise aux poches larges dans lesquelles il dissimulait sa flute couleur acajou, qu’il sortait à chaque occasion. C’était notre condisciple, c’est devenu notre ami et il nous arrive encore de lui demander de nous rejouer l’air de la chanson que nous avions tous fredonnée quelque part :
‘’Et j’entends siffler le train’’ de Richard Anthony
Merci Abdesslam .S.

Un autre camarade de BBA également, virtuose et du violon et de la guitare, démontrait son talent, soit lors d’excursions, en jouant quelques airs enchanteurs, sonnant ainsi la décharge des soupirs, soit dans une des cours, au milieu de copains qui écoutaient les mélodies en pensant surement aux filles d’à coté. En plus de ce talent, il en avait un autre que nous avons découvert un peu plus tard : il avait ce don de raconter des histoires qui n’ont rien à envier à celles de Coluche .Merci Kamel pour ces intermèdes !
Nous aurions commis un impair si nous ne parlions pas d’un autre élève de la même classe qui jouait excellemment du luth .Ses fans étaient tous des amoureux de la chanson orientale, n’est ce pas Saïd ?
Les acteurs et actrices en herbe n’étaient pas en reste puisqu’ils se mouvaient sur le parquet de la salle de sport sous l’œil et les conseils de M. Charbonnel, ce professeur de dessin et de théâtre, metteur en scène avéré, qui a su avec le sens de la communication et les conseils prodigués faire de ses élèves les meilleurs acteurs.
Il avait ainsi projeté de faire jouer la pièce « Monserrat » d’Emmanuel Roblès par ses élèves. Les répétitions se succédaient à un rythme effréné car la date de représentation était proche, il fallait redoubler d’effort pour être fin prêts le jour J.
La salle des fêtes de la mairie, mitoyenne à Ain Fouara, lieu choisi pour cette première, affichait comble dés le début de l’après midi.
La particularité de cette pièce, jouée sous l’égide du croissant rouge algérien, qui parle de la guerre civile au Venezuela, retrace le parcours révolutionnaire de Simon Bolivar recherché par les services de sécurité, Monserrat étant un officier espagnol qui refuse de donner la cache de Bolivar. Démasqué, Monserrat est soumis à la seule torture qui puisse l’atteindre, la torture morale. Se taire ou parler.
Le décor était l’œuvre des acteurs eux-mêmes dirigés par le réalisateur, M.Charbonnel

Sa mise en scène nécessitait le port des armes sur les planches.
La Gendarmerie Nationale, sollicitée par l’Administration du lycée, a bien voulu accéder à cette demande en prêtant des mitraillettes –des MAT 45- des vraies, oui des vraies. Pour l’anecdote, c’est Mr. Tir Ahmed qui signa la décharge de remise de ces armes. Bien sur, il les a toutes restituées.
Nous étions transportés par la troupe qui nous a fait vivre cette pièce avec délectation. Elle était formidablement bien jouée.
L’ovation nourrie à la fin du spectacle était l’apothéose .M. Charbonnel, en coulisse avait du mal à contenir son émotion. Il avait réussi l’exploit. Merci de nous avoir fait partager votre passion Professeur, on ne vous oubliera pas.

A SUIVRE


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1 commentaire(s) publié(s)
Yakov Cohen :
quelle merveille ! le souvenir de Dortus que vous avez réveillé j’ avais 14 ans ( il y a 60 ans) et les exploits de Dortus, a Tunis ont laissé un souvenir impérissabe le coup de la chaleur et les copains qui se deshabillaient.... le coup des guêpes qui les harcelaient .... INOUBLIABLE !! surtout a cette époque, ou a part le cinéma et pour les plus fortunés le théatre ...il n’ y avait pas grand chose pour les mômes des banlieues campagnardes environnant la capitale... merci pour cette évocation :lol :

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