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Nous étions lycéens (Partie 16)

mercredi 6 novembre 2013, écrit par : Toufik Gasmi, mis en ligne par : Boutebna N.

AU LYCEE

Nos enseignants, quant à eux, avaient le privilège de traverser l’espace de quelques pas l’allée centrale d’un jardin bordée d’arbres d’égale hauteur et qui se terminait par une imposante porte en fer forgé. Se tenait ici , solennellement et à la même heure le chef d’établissement qui, dès l’aube avait déjà fait la tournée du lycée.
Ainsi, il se rendait chaque matin que Dieu fait, d’abord à l’infirmerie pour s’enquérir de la situation sanitaire de ses élèves, ensuite le retour était synonyme d’inspection, en empruntant un autre itinéraire .C’était le rituel quotidien ;
Il lui arrivait même de se rendre dans les dortoirs bien avant le lever du soleil alors que les élèves sont encore endormis, utilisant le passe partout pour ne pas faire de bruit .Quelle conscience professionnelle !

D’une posture rigoureuse, chaussures cirées, costume sombre sur chemise amidonnée traversée d’une cravate aussi droite que les aiguilles de la discrète montre qu’il portait à la main. Ses lunettes, parallèles à la fine moustache qui interrompait un rasage soigné, amplifiaient son regard flânant habituellement dans la rue de Constantine à la recherche d’une quelconque frasque.
D’un bonjour sincère ponctué d’un hochement de tête quasi-furtif, notre proviseur M.Lakehel Abdelhamid, a dirigé l’établissement d’une main de maitre pendant 12 ans ; sous sa férule, le lycée connaitra la période la plus faste de son histoire ; cet Homme qui a su allier respect, rigueur et droiture. Il maîtrisait l’art de saluer les enseignants et ces derniers le lui rendaient bien.

Au dessus de sa tête et face au mess des officiers, sur le fronton de pierre noble, était marqué fièrement et en relief le mot « LYCEE ». La largeur de chacune de ces lettres dépassait la toise, faisant ainsi le bonheur des pigeons de Sétif venant y construire leur nid. Beaucoup de pigeons et de moineaux virent le jour dans cet espace qui leur était ô combien familier. Des années plus tard, ces cinq lettres furent détruites par des mains assassines .Ainsi, les volatiles qui égaillaient jadis notre ciel ont émigré vers des endroits plus cléments.
Une fois à l’intérieur de l’établissement, nous nous dirigions vers les salles de cours après que celles-ci eurent été minutieusement contrôlées par Zahraoui Md et Semèche Md. Ces deux agents de service faisaient chaque matin la tournée des classes, munis d’un escabeau et de quelques outils.
Ils veillaient à ce que les salles où nous passâmes la meilleure partie de notre vie, soient constamment opérationnelles. Jamais une ampoule ne manqua de nous éclairer.

Dans un silence de cathédrale, nous absorbions les mots surgissant de la bouche des professeurs à qui nous voulions tous ressembler. Leur compétence ne laissait personne indifférent, car la maitrise des cours était évidente et ne leur permettait point d’improviser.
La ponctualité était leur nature. Qui se souvient de l’absence de l’un d’entre eux ? Aujourd’hui même, nous les évoquons constamment dans nos rencontres et cinquante ans plus tard, chacun de nous garde en lui les noms, les visages, les paroles et même les gestes de ceux qui nous considéraient déjà comme les citoyens formés de l’Algérie naissante. C’étaient de vrais, de bons et loyaux éducateurs, car ils n’ont jamais fait la différence entre deux, voire trois communautés.

Nous sommes toutes et tous, fiers d’avoir appartenu à cette génération et d’avoir eu cette race de professeurs hors du commun.
Comme nos professeurs, rares étaient les absences des élèves, surtout les externes .Et pourquoi donc aurions nous l’envie de faire l’école buissonnière ? Le lycée nous offrait tout ce dont l’élève a besoin. Toutes les activités culturelles, sportives, récréatives sont présentes. L’on pouvait ainsi à loisir, après les études surveillées, se consacrer à notre passion sans difficulté. Bien plus, nous étions encouragés. Nos parents savaient que le lycée accaparait notre temps. Point d’inquiétude !

Ainsi, comment pourrions-nous oublier ce lycée ? Il nous a donné beaucoup de joie, de la tristesse également ; mais nous l’avons aimé et l’aimerons pour toujours, pour ce qu’il a produit en nous, c’est-à-dire la joie d’étudier.

A SUIVRE


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