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Nous étions lycéens (Partie 18)

mercredi 13 novembre 2013, écrit par : Toufik Gasmi, mis en ligne par : Boutebna N.

L’ENSEIGNEMENT - 2

Nous attendions avec impatience les séances d’éducation physique qui nous permettaient deux fois par semaine de pratiquer maintes disciplines, du volley-ball au saut en longueur en passant par la corde de 13 mètres qu’il fallait monter à la force de nos maigres bras. La cour Sud où nous produisions ces prouesses athlétiques était adjacente au réfectoire. Il y avait deux terrains où l’on pouvait pratiquer des activités collectives et un magnifique gymnase au parquet bien ciré à l’intérieur duquel nous nous mesurions à la barre fixe, au cheval d’arçon, aux espaliers, aux roulades sur le tatami et même à l’escrime, discipline enseignée par M.Foucheyran.
D’ailleurs Kamel Boudjemia excellait dans cette discipline et a été sacré champion d’Algérie au fleuret.
Il y avait à chaque extrémité du gymnase un vestiaire avec des douches où l’on pouvait à loisir se débarbouiller après les efforts endurés.
Demander une dispense à ces cours aurait été une idée saugrenue qui jamais, n’effleura notre esprit. M Jauffray, en fin pédagogue, savait déceler les potentialités et aptitudes sportives de ses élèves : il prenait ces derniers en aparté, pour les perfectionner et cette façon d’éduquer a permis l’éclosion de beaucoup d’élèves dans toutes les disciplines sportives. Nous nous souvenons d’un élève natif de Bougaa, Ali de son prénom, obèse, qui n’arrivait pas à monter 2 mètres à la corde. Il était complexé à l’idée de pratiquer le sport. M. Jauffray, à force de persévérance et d’encouragement, a réussi la prouesse de le faire monter jusqu’à… 13 m, en un temps record, battant ainsi tous ses copains. Il a ainsi pris sa revanche sur le sort.
Il faut dire qu’immense était le plaisir de se retrouver entre camarades dans un même terrain autour de Messieurs Jauffray et Chapuis nos professeurs .Plus tard Mattem Lounis, le stratège de l’Entente a pris le relais, avec abnégation. Il était l’idole de toute une région car il était d’une extrême gentillesse.
Lounis doit également se souvenir, alors qu’il était encore élève, en cours d’histoire géographie , matière enseignée par Mr. Dufour, ce professeur craint par tous les élèves tant il était sévère, lorsqu’il passa au tableau pour des questions-réponses ; Alors qu’il hésitait sur nombre de questions, le professeur lui adressa ,pédagogiquement cette boutade « M.Mattem , on doit briller sur tous les stades même en classe d’ histoire –géo » . Il avait bien appris la leçon.
Il y eu cependant un ravissement qui surpassait de loin tous les autres et qui faisait qu’à chaque fois que nous nous rendions aux vestiaires nous implorions le ciel afin que notre éducateur prononce la phrase tant espérée : « Aujourd’hui, direction stade Gassab ».
C’est sur ce terrain en tuf, que nous exercions notre discipline favorite, c’est sur cette aire que nous pratiquions le roi des sports, c’était là que nous jouions au football. Onze contre onze, du papier journal sous le maillot, les jours de froid, des souliers jamais cramponnés, nous nous adonnions à cet étrange bonheur de caresser du pied la balle en cuir sous l’œil amusé et admiratif de feu Layasse, ce monsieur, portant constamment un béret qu’il relevait sur le front, légendaire figure du sport qui était à la fois gardien du stade, basketteur, entraineur de football et … fondateur de l’Entente Sportive de Sétif en 1958. Quel Homme et quel Educateur ! Le plus bel hommage doit lui être rendu par toutes les générations qui l’ont connu. Il le mérite.
Une fois ces rencontres achevées, nous nous dirigions épuisés vers les vestiaires .Nous nous débarrassions de nos tenues imprimées par la sueur et la boue. Nous avions de la peine à imaginer nos mères les laver, encore une fois, de leurs mains usées par tant de travail. Jamais, elles ne se plaignirent. Au contraire, elles nous encourageaient, sans cesse, à poursuivre notre apprentissage. Leur amour et leur affection ne firent jamais défaut, nous étions leur fierté et la lumière jaillissant de leur séraphique regard nous le rappelait… reposez en paix, courageuses et magnifiques mères !
Certains d’entre nous brillaient par leur talent à manier le ballon ce qui fit d’eux des titulaires indiscutables dans leur club fanion alors qu’ils n’étaient que de simples adolescents. Nous fûmes d’ailleurs sacrés champions d’Algérie en 1965 sous la houlette de notre entraineur et professeur d’éducation physique Mouloud Manamani. Quelques uns évoluaient au SAS, certains à l’USMS et d’autres à l’Entente. Parmi ces talents, rayonnait un joueur d’exception, un dribbleur de génie et un homme d’une rare gentillesse qu’on appela plus tard Monsieur Fair-play. Aucun carton jaune ne le sanctionna durant toute sa carrière, pas un arbitre ne l’avertit et en classe, c’était pareil ; Salhi Abdelhamid fut certainement l’un des meilleurs joueurs que connût l’Algérie.
Dans les derbys Entente-USMS, c’était mon adversaire préféré,. D’ailleurs, nous étions constamment ensemble et continuons à l’être jusqu’à ce jour lors de rencontres amicales.
Les lycéens qui eurent la chance de jouer pour le doyen des clubs sétifiens se souviennent certainement de Douadi Sâadna. Cet agent de service du lycée, fervent supporter de l’USMS était considéré comme un grand frère. Ses fréquentes lectures de « les aventures de Miki le Ranger » lui valurent le pseudonyme de « Nevada » : le nom de la revue qui reprenait le récit du célèbre héros western. Parfois, quand nous nous déplacions pour des rencontres à l’extérieur, « Nevada » se portait spontanément volontaire afin de nous accompagner. Nous étions ô combien ravis de partager la route avec lui, à bord d’une voiture qui aurait fait pouffer André Citroën. Il faut croire que la 2 CV de « Nevada » était unique en son genre : elle n’avait pas de siège passager avant. Combien de fois avions nous chanté dans cet étrange véhicule, surtout le jour où Douadi a oublié ses sandales dans le vestiaire du stade de Béjaia ! Il conduisit son teuf teuf en souliers de foot Nous préférions sa 2 cv plutôt que les voitures plus récentes .Nous aimions sa compagnie. Paix à ton âme grand frère.
Le lendemain, nous commentions le match joué la veille en attendant impatiemment le week-end pour reproduire nos prouesses. Les internes attendaient quant à eux la balade hebdomadaire du samedi qu’ils entamaient après le repas de midi pris dans le réfectoire sous un tohu-bohu amplifié par le tintamarre des fourchettes venant se cogner contre les tables en signe d’impatience. Il faut croire que nous fumes à certains moments irrespectueux par ces odieux gestes envers les serveurs qui pourtant, faisaient de leur mieux pour servir les gourmands étudiants que nous étions.
Bien plus tard, nous apprîmes que pas moins de mille quatre cents rations quotidiennes étaient minutieusement préparées par le chef cuisinier Alliche Md et ses adjoints lesquels ont été félicités plusieurs fois pour les prouesses qu’ils faisaient en confectionnant ces nombreux repas.
Nous étions injustes envers eux. Il ne nous restait plus qu’à reconsidérer notre forfaiture et rendre hommage à ces honorables personnes. Depuis, une sincère amitié, s’était nouée entre nous.
Il est bon de rappeler que les menus des repas étaient confectionnés et imposés par le Dr Epifanie, médecin du lycée qui, souvent, se déplaçait jusqu’aux cuisines pour une visite d’inspection et s’enquérir des menus et leur qualité. Sa conscience professionnelle le pousse à faire analyser très souvent, un échantillon de repas à l’insu des cuisiniers.
Il savait qu’il avait prés d’un millier d’élèves sous sa responsabilité. C’est aussi cela le serment d’Hippocrate !
Il arrivait, quoique rarement, à certains d’entre nous de se diriger, suite à un repas, vers l’infirmerie pour cause d’intoxication alimentaire ; nous avons souvenance de la fameuse nuitée où tous les internes étaient pris d’une diarrhée. Là, le docteur Epifanie et son infirmière Mme Viguier, nous administraient des remèdes dont eux seuls détiennent la formule de guérison miracle. Il y avait aussi des simulations d’élèves qui ne voulaient pas aller en classe, préférant le lit de l’infirmerie et les mots réconfortants de l’infirmière ; mais le simulacre est vite découvert et la remontrance signifiée.
Par ailleurs, nombreuses étaient les familles sétifiennes qui ont eu recours aux consultations de ce médecin hors pair. Dr. Epifanie n’hésitait jamais à se rendre à leur domicile où qu’il se trouvait et peu importe les conditions climatiques. Ce fabuleux médecin qui parlait parfaitement l’arabe, communiquait plaisamment avec nos parents et sauva nombreux d’entre nous.

A SUIVRE


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